DATE DES GESTES D’EUGÉNIE
qui dépendent du Liber et non le Liber qui dépend des gestes : ceux-ci sont donc au moins contemporains d’Hormisdas (514-523).
Il est, sinon certain, au moins très probable qu’ils ne lui sont pas postérieurs. Félix n’est pas décapité, mais seulement chassé de sa chaire épiscopale : cette petite divergence qui sépare les deux textes n’indique-t-elle pas qu’au moment où ils ont été rédigés la tradition est vivante encore ? — D'autre part, l’intention du rédacteur de la légende est de glorifier Eusèbe, fondateur du titre qui porte ce nom. Il semble bien que les G es ta Ensebii soient au titulus Easebii ce que sont les Gesta Caeciliae au titulus Caeciliae : la légende de fondation de la paroisse. N’est-il pas naturel d’admettre que c’est à la même époque et sous l’empire des mêmes préoccupations qu’ont été rédigés les deux textes?
Les gestes d’Eugénie mettent en scène un évêque égyptien, Helenus, qui visite le monastère où la sainte s’est réfugiée sous un habit d’homme ; il est bien difficile de n’y pas reconnaître une transformation du moine égyptien Helenus, dont Rufin nous parle dans YHistoria Monachorum 1 : les gestes d’Eugénie sont donc postérieurs à Rufin, mort en 410.
Ils sont antérieurs, d’autre part, il le semble bien, à saint Avit, évêque de Vienne, mort en 526. Au sixième chant de son poème il chante notre légende : l’entrée d’Eugénie au couvent des moines dont elle devient l’abbé, l’accusation infâme à laquelle elle est en butte et à laquelle elle répond victorieusement.
Eugeniae dum loto celeberrima mundo Fama fuit, dum dat Christi pro nomine vitam.
Ante tamen mulier fortes processit in actus,
Cum stipante choro sanctorum fieret abbas Atque patrem complens, celaret tegmine matrem ;
> Tillemont, ü. E., IV, 585.
- Vers 583. — Af. G. Auctores Antiq.,\l y 289.
Sed postquam sancto cunctis praeclaruit ore Et meritis annisque graves longaque verendos Heligione senes iuvenali rexit in aevo :
Impatiens recti totoque tempore serpens Mille nocendi artes stimulis inflammat amaris, Quod famam violare cupit, dédit inde coronam, Commovet insano qui flngat amore puellae Accendi Eugeniam motuque ardere virili...
Les gestes ont donc été rédigés entre 410 et 526 ! .
Le texte des « Gestes des Martyrs Grecs » porte au début : Erat quidam tir nomme Hippolytus Monachus; il est donc probablement postérieur au iv e siècle.
D’autre part, il est antérieur au pontificat d’Honorius (625-638) et, très probablement, contemporain du vi e siècle. Il se trouve cité, en effet, dans une épigramme 2 de cette époque.
Nous avons cité cette épigramme tout au long en étudiant les sources de la légende et son développement. Qu’il suffise d’en rappeler ici les deux derniers vers :
« Horum virtutes quem p.vssio lecta docebit Rite suis famulis discet adesse deum.
et de rappeler que cette passio lecta est, à quelques détails près, le texte que nous lisons aujourd’hui 3 . — Il est dès lors évident que nos gestes sont antérieurs à l’épigramme.
Cette épigramme est antérieure au pontificat d’Honorius, mort en 638 : le recueil d’où elle est extraite ne contient aucune pièce postérieure à ce pape 4 .
Elle est peut-être contemporaine de Vigile (537-555) qui répara, dans les catacombes, les ravages de la guerre
1 11 se pourrait qu’ils fussent seulement postérieurs à saint Avit (et, dans ce cas, antérieurs à Aldhelme qui les cite (De Laude virginitalis , 245). Cf. supra , p. 191-192.
2 Pseudo-damasienne. Cf. Ihm, 77, p. 80. — Cf. 78, p. 81.
3 Cf. p. 181-182.
4 De Rossi, H. S., 111, 196. — 1ns. Chr., Il, pars I, p. xi.i, 42, 207, 246, 247.