‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 99 sur 161 · DATE DES GESTES DE CÉCILE · texte numérisé non relu

DATE DES GESTES DE CÉCILE

Dans les gestes et dans Victor de Vite (II, 95), on lit : de pâtre procedit spiritus sanctus ; ou ex pâtre procedens spiritns sanctus . Le filioque est omis dans l’un et l’autro texte.

Dans l’un et l’autre enfin, on trouve certaines constructions rares, identiquement les mêmes : petitionem insinuare dans les gestes, laudem insinuare dans Victor (II, 74, 79); inqtrirere pour quaerere dans les gestes, inquisitio pour quaesilio dans Victor (II, 51). Il arrive souvent enfin que Victor de Vite construise absolument, à l’ablatif, un participe qui devrait s’accorder avec le sujet de la phrase, ou avec un complément.

Exemple: « Ubivero munitiones aliquae videbantur, con-

gregatis in circuitu castrorum innumerabilibus turbis, gladiis feralibus cruciabant (I, 9, p. 6). Pareille construction est deux fois employée dans les Gestes. Modo te credente promereberis , et, plus loin, haec dicente Tiburtio , Caecilia osculat a est pedibus eius.

Il est donc clair que l’un des deux auteurs a copié l’autre, qui lui devait être assez familier. Il est clair que ce n’est pas un évêque, racontant des faits auxquels il a pris part , qui a négligé de puiser dans ses souvenirs pour copier un rédacteur inconnu : les gestes de Cécile sont postérieurs à l’œuvre de Victor de Vite, 486.

Us sont antérieurs d’autre, part, au Liber Pontificalis rédigé sous Hormisdas (514-523). « Le pape Urbain joue dans les « gestes un rôle important ; c’est lui qui instruit et baptise les « personnes que convertissent, par la parole ou par l’exemple,

« les héros du récit, Cécile, Valérien, son mari, et Tiburce son « beau-frère. Cette situation est indiquée, dans le Liber Pontifi - « calis , par la phrase suivante : Hic sua traditione multos « convertit ad baptismum, etiam Valerianum , sponsum sanctae « Caeciliae et multi martyrio coronati sunt per eius doctri- « nam (première édition). Urbain est présenté, au commence- « ment de l’histoire, comme ayant déjà confessé la foi à deux c< reprises : Qui iam bis conf essor factus inter sepulcra marty - « rum latitabat . Ce titre de confesseur illustre est rappelé au « début de la notice : Qui etiam clare (c/aruit ?) conf essor ternit poribus DioclelianiK » Cette dernière indication chronologique est absente des gestes ; sur d’autres points, d’ailleurs,

1 Duchesne, L. P., I., xcm.

histoire générale des traditions romaines

il y a quelques divergences entre ceux-ci et le Liber. Il n'en reste pas moins — et cela seul nous intéresse — que le Liber Pontificalis a utilisé la passion de Cécile.

Celle-ci a donc été rédigée après 486, avant 523 L

Il est très probable que les gestes de Corneille sont postérieurs à saint Léon, mort en 461. Le Liber Pontificalis nous apprend, en effet, que ce pape éleva une basilique à Corneille, à côté du cimetière de Calliste, via Appia : « fecit autern basilicam beat o Corne lio episcopo et martyri üixta cymiterium Calisti via Appia 2 ». Or cette basilique se trouve vraisemblablement mentionnée dans les gestes : « in cymiterio Calisti , ubi hoclie orationes eorum /forent ad laudem et yloriam et honorem Domini Nostri Jesu Christi. » Il s’agit de la sépulture du pape: n'est-ce pas comme si les gestes disaient: « orationes a clero et populo in basilica Cornelii habitas in yloriam et honorem Domini Nostri Jesu Christi 3 » ?

Il est certain, d'autre part, que les gestes sont antérieurs au Liber Pontificalis 4 : celui-ci y puise les détails topographiques qu'il donne sur le chemin suivi par Corneille du Forum Palladis au Templum Aîartis en passant par l’Ara/s Stillae 5 ; il y emprunte encore le détail des rapports épistolaires de Cyprien et de Corneille et la mention de Celerinus ; il y copie enfin la légende du martyre du pape.

Les gestes ont donc été rédigés après 461, avant 523.

1 Les gestes dépendent peut-être d’Avitus, en raison de l’inscription du fitulus : unus dominus , una fides , unum baptisma (Cf. P. L., 59, 311). Mais il est imprudent d’affirmer : c’est peut-être Avitus qui dépend de notre texte {Cf. infra (Gestes d’Eugénie).

3 Schelstrate : Antiquitates Ecclesiae , I., 191.

4 Duchesne, L. P., I, xcvi.

Cf. supra , p. 174.

DATE DES GESTES d’eUSÈBE

Les gestes d'Eusèbe rapportent que, au temps où Libère et Constance persécutaient les catholiques partisans de Félix, un prêtre Eusèbe osa leur tenir tête : « eodem tempore quo Liberius de exilio revocatus fuerat a Constcintio Augusto haeretico , in eo tantum dogmate ut non rebaptizarent populum, sed una

communione Eusebius presbyte? urbis Romae coepit decla-

rare Liberium haereticum et amieum Constantii ejicitur

Félix de episcopatu , subrogatur Liberius . »

Ces quelques détails portent leur date. Il est évident qu'ils sont contraires à l'histoire, que je rappelle en peu de mots. Libère eut réellement affaire à Constance 1 . Sur son refus d’entrer en rapport de communion avec les évêques orientaux soupçonnés de complaisance envers l'arianisme, il fut enlevé de Rome et n’v revint que trois ans après. Son clergé, l'archidiacre Félix, le peuple avaient juré de ne pas déserter sa cause : et le peuple, en effet, et la grande majorité du clergé lui resta fidèle. Mais Félix l'abandonna et accepta l’épiscopat des mains d'évêques fort suspects. Au retour de Libère, rappelé par le peuple, il se réfugia dans la basilique de Jules, au Trastevère, mais il en fut chassé. Après sa mort (22 novembre 365) et celle de Libère (24- septembre 366), ses adversaires élurent un certain Ursinus : mais tout le monde se rallia à Damase qui eut à combattre, durant son long règne, outre les Ursiniens, les Lucifériens qui, après le triomphe de l’orthodoxie, n'avaient pas voulu recevoir les signitaires du concile de Rimini, et les Hilariens qui allaient plus loin encore et les voulaient faire rebaptiser. Ursiniens, Lucifériens, Hilariens étaient donc plus orthodoxes, plus rigoureux, plus anti-féli ciens que Damase. Il est clair que ce n'est pas de leur côté qu’il faut chercher les origines du mouvement d’opinion auquel on doit attribuer cette étrange condamnation de Libère : et les éloges que lui donnent saint Jérôme et la préface d eLibel-

1 Saint Jérôme, Chronique; P. L., 27, 683. Libellus Precum , Préface; P. L., 13-81.

lus Precnm , l'enthousiasme qui accueillit son retour 1 , rendent, semble-t-il, le problème insoluble.

On en vient à soupçonner 2 que, si l’histoire du pape a été défigurée, c’est que celle de son ennemi a été vraiment transfigurée. Félix a été identifié avec 1'un des saints les plus populaires de Rome : de ce moment, il était inévitable que les rôles fussent intervertis. Sur la Voie de Porto, on vénérait un saint Félix, à vrai dire peu connu de nos gestes, mais qui est le seul dont le nom figure isolément comme celui d’un éponyme, dans lan tique index des cimetières de Rome : « Cymiterium ad insalatos , ad scum Felicem via Portuense » ; — le seul encore qui ait eu l'honneur de donner son nom à l'une des voies romaines, la via Portuensis , que la description du Tibre, insérée dans les manuscrits d’Æthicus Ister et de Julius Honorius appelle via Sci Felicis 3 .

Cette transposition des événements historiques nous avertit que notre texte doit avoir été rédigé à une époque assez postécieure à Libère et à Damase. La comparaison qu’il en faut faire avec le Liber Pontificalis montre qu’il est contemporain de cette compilation et, sans doute, un peu postérieur.

La notice de Libère raconte que Constance imposa à celuici, lors de son retour, non le renouvellement du baptême, mais simplement des rapports de communion avec les ariens; et que le pape, après son entrée à Rome, se mit en rapport de communion avec l’empereur et les ariens, s’empara des basiliques et persécuta avec cruauté les partisans de Félix.

« Constanlius una cum Ursacio et Valente convacaverunt a/iquos qui ex fece ariana eranl et, quasi facto consilio ... revocavit Liberium... Ingressus Libéria s in Urbe Roma 1111 non , aug, consensit Constantio Augusto. Non tamen rebap tizatus est Liberius, sed consensum praebuit , et tenait basili cas,, , et persecutio magna' fuit in Urbe Roma, »

Le récit du Liber Pontificalis, comme il convient, est beaucoup plus complet et circonstancié que celui des Gesta Eusebii ; les expressions elles-mêmes y ont une saveur primitive qu’on ne retrouve pas dans ceux-ci ; ce sont les gestes

1 Sur l’éloge métrique rapporté à Libère ;?) Cf. de Rossi, Bul., 1883, p. 8.- Ins. Chr., Il, 83.

4 C’est M. l’abbé Duchesne qui a résolu le problème, L. P., I, exxm.

3 Pertz, De Cosmogr ., Ælici Berlin, 1883. — Bul., 186 J ; p. 11.

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