DATE DES GESTES DE JEAN ET PAUL
Si Ton admet que tous ces indices réunis nous permettent de dater des environs de l'an 500 les g esta Laurenti , on reportera sans doute à la même époque la rédaction des gestes d’Eusèbe et de Pontien : ils nous présentent, comme ceux-là, le miracle de la langue; ils nous parlent d’un prêtre du Capitole \ Lupulus, qui parait avoir été suggéré par le prêtre du Capitole Claude, dont nous entretiennent ceux-là. N’est-il pas vraisemblable qu’ils ont été rédigés à la même époque, peu de temps après eux sans doute, peut-être même par le même prêtre? Comme les gestes d’Abdon et Sennen qui ouvrent le cycle Iaurentien, ne groupent-ils pas les détails secondaires autour d’un même épisode central ; un ensevelissement de martyrs?
Les travaux exécutés dans les églises semblent avoir été l’occasion qui décida plusieurs fois de la rédaction de diverses légendes. On l’a vu déjà à propos de Nérée ; on peut l’admettre de môme à propos d’Etienne ; la basilique fondée par Simplicius (408-483) sur le Caelimontium 1 fut embellie par Jean et Félix IV 2 . Qui sait si ces embellissements n’ont pas ravivé la curiosité des milieux ecclésiastiques et mis la plume à la main de quelque moine pieux?
Il en pourrait être de même des gestes de Pancrace. Depuis le moment où Symmaque lui a construit une basilique 3 , il semble que son culte soit devenu chaque jour plus florissante de fait, sa popularité est attestée par deux inscriptions de 521 et de 522 4 et surtout par Procope 5 : grâce à lui, nous savons qu’au temps des Goths la Voie Aurélia prit le nom du martyr. N’est-il pas naturel de rapporter à l’époque de l’extension du culte la rédaction des gestes?
C’est encore par l’histoire de l’église et du culte que nous pouvons dater les gestes de Jean et Paul. Ils mentionnent
2 De Hossi, Ins. chr ., Il, 152.
* De Hossi, Ins. chr., I, 97:;, 977. — R. S., III, 522.
& Bell. Goth I, 12.
l’église de Celius sous le nom de titillas Pammachi : d’autre part, ils sont évidemment contemporains de la grande renommée dos deux martyrs de la persécution de Julien. Or, c’est en 499 que, pour la dernière fois, la basilique célienne est désignée par le nom de l’ami de saint Jérôme; et c'est du début du vi e siècle que date la popularité de Jean et Paul, ainsi que l’atteste la notice de Symmaque dans le Liber Ponti ficalis [ , sinon la préface fameuse du sacramentaire Léonien’ 2 . C’est donc, sans doute, à l’époque de Symmaque (498-514), alors que le souvenir de Pammachius déclinait devant l'astre grandissant des nouveaux martyrs sans avoir encore disparu, qu’il faut rapporter la rédaction des Gesla Johannis et Pauli .
Dans les gestes de Processus, que nous avons datés de l’époque d'Hormisdas, le magistrat païen porte le nom de Paulinus. Or, nous voyons qu’au temps d’Hormisdas (514-523) et d’Agapet (535-536) vivait un Paulinus, vir clarissimus 3 qui fut consul et se montra très dévoué aux intérêts de l’église de Rome : il appartenait à une grande famille romaine qui comptait plusieurs de ses membres parmi les consulaires et les sénateurs 4 . Il est probable que, devant donner un nom au magistet officiorum , qu’il introduisait dans la légende ou qu’il trouvait déjà dans la tradition, le rédacteur a pensé à cette grande famille, chez qui, pour parler avec Athalaric, le consulat était devenu un honneur domestique 5 .
2 Sacrai» . Leon, (édition Feltoe), p. 32-36.
3 Justinien à Hormisdas. Exempt, litt. « Vitalionus per Paulinum virum sublimem defensorem vestrae ecclesiae rescripsit » (P. L., 63,476). — Relatio Epiphanïï Hormisdae. «Paulinus, vestrae sedis defensor, qui vestram retulit epistolam, suani sollicitudincm communibus consiliis actibusque contulit » (P. L., 63, 507). — Agapit., Ep. 111 ad Reparatum (P. L., 66, 45).
4 Athalaric à Paulinus en 534 (Cassiodore, Variai', IX, 22; P. L., 61), 789).
« Neque enim fas erat, ut quem familia tanta produxerat, sententia nostra in eo corrigendum aliquid inveniret. Semen generis morum fructibus reddidisti ».
5 « Per indictionem duodecimam, sume insignia consulatus, honorem qui-
dem arduura, sed fumiliae vestrae doniesticum curia romana completur
paene familia vestra. (Athalaricus, Pauino, P. L., 69, 789).