‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 107 sur 161 · DATE DES GESTES DE U T FINE ET SECONDE · texte numérisé non relu

DATE DES GESTES DE U T FINE ET SECONDE

Des faits du môme genre pourront, par analogie, nous servir à dater d’autres textes : ne témoignent-ils pas de l’époque où ils ont été rédigés ? C’est ainsi que les Gestes de Gordien sont contemporains, sans doute, de Symmaque : car c’est au Gordien qui vivait alors qu’il faut demander la raison de l’époque assignée au martyr par la légende. Comme l’ami de Svmmaque était prêtre de Jean et Paul, il est tout naturel de faire remonter à cette circonstance l’association du nom de Gordien et du souvenir de Julien l’Apostat.

Quant aux gestes de Vibbiane, qui sait si le Faustus qui s’y trouve mentionné n'a pas été emprunté à la grande famille qui donnait a Rome des cousuls de ce nom en 483, en 486, en 490 et en 502 ! . Ils sont certainement assez notablement postérieurs à Simplicius (468-483), le fondateur de la basilique, puisqu’on l’y confond avec Sirice (384-399) ; d'autre part, ils sont manifestement parents des gestes de Jean et Paul : on peut donc, avec assez de vraisemblance, en reculer la rédaction aux dernières années du régime ostrogothique. Il estànoter qu’en 541 on trouve encore, et pour la dernière fois, un Faustus consul 2 .

C’est, au contraire, au début de cette période qu’il faudrait rapporter la composition des gestes de Calliste, de ceux de Maris et Martha 3 et de ceux de Rufine et Seconde : le Turcius Asterius de ceux-ci, l’Asterius de ceux-là, ne viennent-ils pas en droite ligne du consul Turcius Rufius Apronianus Asterius de 494 4 . — C’est de la même époque, enfin, pour la même raison, qu’on peut dater, semble-t-il, les gestes de Marcel, d'Anthime et ceux de Rufus : en 492, nous trouvons un Rufus sur la liste des consuls ; quant aux Anicii, — les gestes d’Anthime nous entretiennent longuement d’une Anicia Lucina, — c'était la plus puissante peut-être des familles romaines au début du vx e siècle: elle donne des consuls à l’état en 489, 510, 513, 521 , 522 , 523 , 525 , 526 5 .

1 Klein, Fasti consulnres .

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8 Le Gelasixu iudex de Marius n’aurait-il pas été suggéré par Gélase (492- 496).

4 Klein, Fasti consulares. — Noter que les gestes de Cécile ont été rédigés entre Victor de Vite et Symmaque ; qu’entre Victor de Vite et Svmmaque, précisément en 494, Turcius fut consul; et que les gestes mentionnent un Turcius Almachius [Cf. Bull., 1868, p. 34. — Ins. Ch., 1. 146). Les gestes d’Abdon et Sennen mentionnent un Turtius Apollonius; les gestes de Marcel un Apronianus.

Klein : Fasti consulares. — Dès 380, un Anicius Paulinus est préfet de Rome; jusqu'en 408, les Anicïï fournissent un grand nombre de hauts fonc-

Est-il étonnant que l’esprit de flatterie ou l’esprit de rancune ait poussé nos rédacteurs à chercher parmi leurs contemporains les descendants d’odieux persécuteurs ou d'illustres martyrs?

La collection canonique éditée par Denys le Petit date des pontificats de Symmaque et d’Hormisdas. Le prestige du moine scythe, dont Cassiodore 1 nous est un sur garant, nous invite à penser qu’on se préoccupa alors, un peu partout, dans les milieux romains, du canon des Ecritures. L’histoire du concile pseudo-damasien 2 autorise le meme soupçon.

Or voici, en substance, ce que porte le prologue des gestes d’Anastasic (ou de Potentienne) 3 . «Rechercher les « gestes des saints passés et présents, c’est faire un travail « édifiant pour soi et pour les autres : on l’approuve. Nous « écrivons ce que nous trouvons dans les gestes, ce qu’ont fait,. « ce qu’ont dit, ce qu’ont souffert les saints. Montrez que vous. « êtes des catholiques en aimant à lire les victoires du Christ. « Car, je vous le demande, vous qui voulez ranger les gestes « parmi les apocryphes, qui est-ce qui fait se tenir les canons. « des Saintes-Ecritures ‘ ? Est-ce que ce n’est pas ceux qui sont « morts pour ces mêmes canons ? Les martyrs tenaient pour la « vraie foi qui est contenue dans les volumes, en nombre « déterminé, des livres sacrés. Les Saintes Ecritures leur « rendent grâces : c’est ce qu’ils ont enduré qui fait leur « force. Aussi veulent-elles que leurs gestes soient rédigés. « afin qu’ils soient loués en présence de Dieu et des hommes r

tionnaires à l’Empire. — Malgré deux Anicii, consuls en 431 et 438, la famille paraît perdre de son influence au cours du v* siècle pour se relever A la fin.

i [nst. Div. Lilt. 23 (P. L , 70, 1137).

- Cf. notre travail De Manie haeismo apud Latinos.

3 II est vraisemblable que le prologue s'applique aux deux gestes de Potentienne et d’Anastasie. Les manuscrits l'attribuent aussi indifféremment à plusieurs autres textes, (gestes des martyrs Cantiens, gestes de Galla); noter que tous deux présentent cette particularité, assez rare, qu’ils prétendent reproduire une correspondance authentique.

4 « Per quos constant canones Scripturarum omnium divinarum» (Mombritius, I, 198).

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« ceux qui ont, pour leur défense, souffert d'immenses tour- « ments en présence des incrédules. C'est donc sans rien « recevoir qui soit en dehors du canon des Saintes Ecritures « que nous rédigeons les gestes des martyrs catholiques qui ont « gardé le dogme catholique 1 . » Je soupçonne que ce prologue — et les gestes qu'il annonce — est contemporain des éditions de Denys le Petit et du Décret damasien.

Dans onze gestes* romains, au moins, ceux de Gordien (éd. bollandiste ), de Processus ( Codex Augiensis, 32, l v . — Cod. Vindobonensis 3ol), d e Pancrace [Cod. YindohonensisoUS, 59*), de Paul [Ps-Linus, éd. Lipsius, p. 44.) <1 e Simpliciuset Viafrix [Cod. Augiensis 32, 5 V ), de Sérapie et Sabine [C od. Augiensis 32, 7 V . — Cod. Vindobonensis 357, 158" '), (Y Eugénie [Cod. San Gallensi?) 577), de Clément [Cod. Vindobonensis, 358, 54 r . — Cod. Vindohononensis , 498, 121 r ), de Félix Homanus [Codex Vindobonensis 357 et Codex Monacensis , 3810, 3 r ), de Sébastien [Cod. Vindobonensis, 552, 4 07 r ) et d'Agnès (Cod. Monacensis, 3810, 16 r ), les doxologies présentent une particularité curieuse : « qui vivit et régnât in uni/a/e Spiritus Sanc/i (ou in unitate virtutis) »...

1 Voici la suite de ce curieux prologue — qui rappelle le prologue des gestes de Nérée — : « Nous donnons un exemple à nos pelits enfants, un aliment aux âmes pieuses. Ceux qui ne veulent pas lire les batailles, ceux-là ne veulent pas combattre à l’occasion. Que les infidèles nous commandent le silence, s’attachent aux combats du diable, refusent de regarder les luttes des athlètes de Dieu! Nous, nous parlons de ses merveilles, nous les écrivons, nous les prêchons... qu’on nous attaque, nous et ceux qui prennent plaisir à nous lire, soit. Les blessures reçues au service du général font la gloire du soldat. Les triomphes du Christ, les travaux vainqueurs de son armée étaient cachés dans l’ombre ; nous les publions au dehors (Cf. Gestes d’Agnès et de Cécile.) Les combats qu’ils ont livrés dans ce monde visible, nous le savons, chaque jour nous attendent au fond de nos âmes, et ceux qui combattent mollement sont plus grièvement blessés. Donc, pour bien manier tes armes, regarde ceux qui s’en servent I »

- Auxquels on peut ajouter les gestes de Mennas, {Cod. Augiensis . , 32^ f # 30, vénéré à Rome) et les gestes de saint Jean (Meliton). En rapprocher l’elogium Retri et Pauli, de la femme de Boèce. Klpis. — l’ne homélie inédite sur saint Nicomède (Cod. fiern , il 4, f # 63) qui présente la même doxologie, invite à croire que l’auteur avait sous les yeux un texte des gestes de Nicomède la présentant.

Cette doxologie insiste sur la place qui revient au Christ dans r unité trinitaire. Pourquoi cette insistance ?

Quelques-uns de ces textes, ceux de Gordien, par exemple, et de Processus, sont datés avec assez de vraisemblance de l'époque d'Hormisdas (514-523); il semble que les autres puissent-ètre rattachés à cette même époque : ne voit-on pas s'élever alors des controverses, dont notre doxologie serait un écho ?

La grande révolte de l'Orient contre Chalcédoine, qu’attestent l'Encyclique de Rnsiliskus, l'Hénotique de Zenon, le schisme acacien, s’apaise à ce moment, ou parait s'apaiser: plus heureux que Sy mimique. Hormisdas réussit à éteindre le schisme, à faire rayer des dyptiques le nom d’Acacc, à imposer les canons de 452, touchant les deux natures du Christ, unies sans confusion, distinctes sans séparation (513-520). De ces événements, on peut trouver la trace, sinon peut-être dans les gestes de Calliste, d'Urbain, de Cécile et des Martyrs Grecs qui s'occupent d'expliquer le dogme trinitaire, du moins, dans les gestes de Censurinus, où on lit le passage suivant : « Fides « christiana horum trium quos audisti Patris et Filii et Spi- « ritus Sancti ita divisionem in personis confitetur ut tamen « unitatem substantiae non dividat (5 septembre 520, § 3). » Il n'y a pas lieu de s'étonner que ces questions aient été connues de nos rédacteurs : toute la correspondance d'Hormisdas atteste l'importance qu'avait prise, dans les préoccupations romaines, le schisme byzantin; or nos rédacteurs étaient des clercs. Qui sait s'ils n'ont pas été attachés à la grande ambassade pontificale des évêques Germain et Jean?

Une controverse particulière s’était ranimée tout d’un coup au moment où se concluait l'accord entre l'Orient et Rome : elle avait failli le détruire. L’un des chefs de l'anti-chalcédonianisme monophysite, Pierre lé Foulon, évêque d’Antioche, avait ajouté au Trisagion les mots 5 ŒTaupwOsi; et l'em-

pereur Anastase en avait ordonné l'insertion dans les prières liturgiques. La formule nouvelle continuait dignement la lutte détournée, inaugurée contre Chalcédoine par Zénon et l'Hénotique; si elle pouvait se justifier par la communication des idiomes, la tendance monophysite n’en était pas moins patente. C’était la réalité humaine pleine et entière du Christ Jésus que les Pères de Chalcédoine avaient de nouveau proclamée et confirmée; et n’était-ce pas étrangement la méconnaître et insi-

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