MANŒUVRES DES MANICHÉENS
Et les Manichéens ne bornent pas là leurs manœuvres : comme ils ont interpolé les gestes de Processus, ils interpolent encore les gestes de Nérée 1 — agréable façon de se railler de la haine qu’ils inspirent à leur auteur. — Ils y racontent que saint Pierre sauve deux fois Simon de la colère du peuple et des atteintes des chiens; ils ajoutent que Simon, — comme saint Paul — devient, après un an d’absence, l’ami intime et le conseiller favori de Néron ; et, pour accréditer leur édition linienne, et peut-être aussi ramener l’attention sur celle de Verceil, ils renvoient le lecteur désireux de connaître le conflit du Mage et des Apôtres à une lettre que Linus aurait écrite, en grec, et qu’il aurait adressée aux églises orientales. N’est-il pas vraisemblable qu’ils espéraient faire passer pour des traductions partielles de cette lettre mystérieuse leur édition « linienne » des gestes de saint Pierre et de saint Paul?
Qui sait même s’ils n’ont pas été plus loin et s’ils n’ont pas cherché à ruiner le crédit de l’édition catholique en lançant dans la circulation un texte qui y contredisait? L’édition catholique, on l’a vu, explique le séjour des reliques apostoliques ad Cathecumbas par une tentative manquée des Grecs
tum et omnia ministrabuntur nobis. Cunique orasset beatus petrus apis üico facto signo crucis in monte Tarbeio in custodia mamertini emanaverunt aque de monte.
Lectio 1111. — Tune baptizati sunt beatipcessus et martinianus magistri principes a beato petro aplo Eodem tenipore nuntiatum est paulino magistro officio quod processus et martinianus Xriani etfecli fuissent. Misit ergo milites et tenuit eos, et cum adducti fuissent ante conspectum suum, dixit eis : Sic stulti facti estis ut deserentes deos quos invietissimi principes colunt sequentes vana sacramenta inilitiae vestrae ammittatis. Beati martyres dixerunt Nos Xristiani facti sumus.
Lee. 11111. — Tune paulinus iussit ut cumlapidib; ora eorcontunderentur. Et cum iniovem a*l sacriticandumsibi oblatum tripodam expuisset praecepiteos in eculeo suspendi et a trabi neruis et fustibus cedi flammasque poni circa latera eor. Deinde iussit miiitibus ut scorpionibus eos appensos in eculeo castigarent: eadem hora paulinus amisit oculum sinistruni et post triduum subito arreptus ademonio expiravit — Lectio VI hoc audiensprefectus urbis caesarius intimavit neroni rem geslam. Imperator autem precepit ut celerius extinguerentur. Tune prefectus data in eos sententia iussit eici de custodia et duci foras niuros in via que vocatur Aurélia ibiq ; capita eorum sunt amputata. Sanctissima vero femina lucina collegit corpora eor et condidit aromatibus et sepelivit in predio suo in arenario suo iuxta loeum ubi decollati sunt sub die sexto nonas iulii. — Ce texte est différent de celui d'Adon (P. L.,123, ltKîj et de celui de la Légende Dorée, ch. 89. (Ed. Graesse. 1889, p, 374).
1 11 me parait bien vraisemblable, en effet, que notre texte des gestes de Nérée a été retouché par un Manichéen, — à moins que ce ne soit le contraire qui soit arrivé.
pour reprendre les corps de leurs Apôtres. Les Manichéens n’auraient-ils pas tenté d’expliquer ce séjour d’une toute autre manière — du reste, plus vraisemblable — ? Le Liber Pontifi adis nous parle d’une translation de ces reliques aux catacombes, faite par les soins du pape Corneille ; or, le Liber suit exactement notre édition des "estes de ce pape jusqu à r épisode de la translation, qu'ils ignorent et qui! rapporte L Comme il y a eu deux éditions des gestes de Processus, dont une seule était très répandue et très souvent copiée, n’v aurait-il pas eu deux éditions des gestes de Corneille, dont nous lisons encore l’une, et dont l’autre, aujourd’hui inconnue, et peut-être perdue à jamais, retouchée par les Manichéens, aurait guidé le rédacteur des gestes pontificaux ?
Le succès obtenu par la riposte des Manichéens est indiqué aujourd’hui par le nombre des manuscrits qui la reproduisent. Les Catholiques répliquèrent : la brièveté des gestes manichéens n’était sans doute pas étrangère à leur succès. A côté des éditions « liniennes », les gestes de Pierre et de Paul pouvaient paraître bien longs : de là, les abrégés qu’ils en firent. Celui que nous avons conservé dans le Coder Monacensis 14418 ? , suit très fidèlement la troisième édition catholique ( Codex Sangaflensis) des gestes apostoliques; les mêmes expressions sont souvent reproduites; une seule, mais curieuse variante, a été introduite : si saint Pierre demande à être enterré la tète en bas, ce n’est pas par sentiment d’humilité, en souvenir de la passion da Seigneur, c’est «pour montrer qu’il va au ciel». L’abrégé découvert dans le Code.r F/orentinus *, paraît être une œuvre plils originale — au moins par rapport aux textes que nous connaissons — : c’est la maison de Ponce Pilate que Pierre et Paul fréquentent à Home ; et c’est un parent de Ponce Pilate qui convainc Simon de mensonge, quand il prétend être le Christ. Conformément au récit milanais du pseudo-Josephe, contrairement aux données romaines de l’édition catholique, c’est du haut du Capitole, et non pas au Champ de Mars, (pie Simon tente l'Ascension.
C’est ainsi que, dans l’état actuel de nos connaissances, on peut, semble-t-il, grouper les textes qui nous sont parvenu»
1 Cf. ce que dit M. l’abbé Duchesne, L. P. I., 131, note 1. — Notes de très curieuses analogies de style entre les gestes de Corneille et ceux de Processus.
- Inédit.
3 Lipsius, op. cit p. 2*23.