ASCÉTISAT10NS » DE TRADITIONS
et d’Athanase, — des conditions de vie faites à la communauté chrétienne que naquit la polémique ; à moins qu’elle ne se rattache directement à la vie de Mânes, elle eut donc, sans doute, une origine purement littéraire. Elle dut être provoquée, soit par la lecture des écrits de Tertullien, soit plutôt par un commentaire manichéen du fameux verset de saint Mathieu, touchant la fuite (X, 23), ou du passage de saint Jean sur Joseph d’Arimathie, disciple occulte du Sauveur, ou du passage prédisant la mort de saint Pierre, ou enfin du passage des Actes rapportant la fuite de St-Pierre 1 .
Et il est vraisemblable aussi que, si tel fut le point de départ de la polémique, le développement n'en fut pas sans rapports avec les controverses suscitées par le culte des martyrs. Méritent-ils vraiment les honneurs qu'on leur rend, disaient peut-être certains alliés de Vigilantius ou de Jovinien ? Si leur sacrifice a été contraint, de quelle valeur peut-il bien être, et leur culte n’est-il pas une dérision? Et il est vraisemblable encore (pie le développement de. cette polémique particulière ne fut pas sans se ressentir non plus du mouvement ascétique , parallèle, on l’a vu, au mouvement marti/rien. Les adversaires de celui-ci pouvaient-ils manquer de lui opposer celui-là? Le sacrifice des martyrs n'a rien de spontané, et leur culte est une duperie, mais quels honneurs ne doit-on pas rendre aux ascètes dont nul ne contestera que le sacrifice, incessamment renouvelé, soit évidemment et nécessairement spontané?
A l'appui de cette hypothèse, on peut citer deux faits précis. C’est d’abord la tendresse particulière des manichéens pour l’ascétisme, — tendresse peut-être platonique, — mais dont témoignent tous leurs écrits, et qui contraste vivement avec leur sévérité pour les martyrs. — C’est aussi, c’est surtout l’importance des épisodes à tendances ascétisantes qui émaillent les gestes romains. Le fait nous a frappé, tandis (pie nous en commencions l’étude : quatre d’entre eux encadrent symétri-
1 Peut-être pourtant la polémique a-t-elle un point de départ strictement dogmatique et manichéen : les Manichéens insistaient sur la spontanéité de la vie de l'Ame: « Priscillianistae... maxime Gnosticorum et Manichneorum dogmata permixta sectantur. . Animas dicunt eusdem naturae atque substantiae cuius est Deus, ad ago ism quemlam sponfaneum in terris cxercendum per septem caelos et per quosdam gradatiui descendere principatus et in malignum principem incurrere, a quo istum uni nd uni factum nolunt {S. Augustin, Haeres., LXX. — P. L., 42, 44).
quement, entre deux eunuques, une vierge consacrée à Dieu, et beaucoup d’autres, particulièrement ceux d’Agnès, de Cécile, et de Darie, insistent avec une complaisance surprenante sur la sainteté de la chasteté. Comme il est évident qu’ils émanent de catholiques, on en vient à soupçonner que les rédacteurs ont voulu donner à leurs saints, non seulement la couronne des martyrs, mais celle encore des ascètes : leur confiante piété n’a pu admettre que leurs saints patrons n’aient pas ('•gaiement remporté la palme dans « le combat de la chair » et dans « le combat du sang », pour parler avec Cassiodore ; et ils ont, sans doute, d'autant moins hésité à embellir ainsi l’histoire des martyrs quï/.v ne pouvaient laisser r ascétisme devenir le monopole de la piété manichéenne, sous peine de voir baisser leur prestige et d'exposer les âmes « aux morsures des loups rapaces ». Nous sommes, il ne faut pas l'oublier, au moment oii les artisans, à Rome, arborent, comme enseigne, sur la façade de leurs boutiques, l’image ce Simeon Stylite ; où le consul romain de 505, Théodore, vit avec sa femme comme avec une sœur; où Maurus, le fils du sénateur romain Equitius, s’enfuit avec saint Benoît et prépare avec lui et ses disciples romains, dans les splendeurs solitaires de Subiaco, la vraie réponse de l’Occident aux ascètes orientaux. La présence des Manichéens à Rome, contribuait certainement à y entretenir le mouvement ascétique: peut-on s’étonner d'en saisir l’influence chez nos rédacteurs — aussi bien que chez leurs contemporains?
Il est vraisemblable que des polémiques d’une autre nature, agitèrent encore les milieux oii se rédigeaient les gestes romains.
Les gestes de saint Pancrace, où nous avons aperçu déjà comme un reflet d’une autre controverse, contiennent un curieux passage relatif au libre abitre. « Si (les idoles) sont « des dieux, dit le saint à l'empereur, il est évident qu’elles « sont douées du libre arbitre... Si elles ont leur libre arbitre... « respectez leur pouvoir..., pour qu’elles se vengent elles- « mêmes de ceux qui ne leur rendent pas un culte. » Ce pas-