V'-VIT SIÈCLES J
Le néo-manichéisme n’exerçait pas seul son action sur les traditions martyrologiques au moment où elles s'incarnaient dans les gestes : on y saisit aussi comme un reflet du prestige dont brillait Byzance L
Les gestes romains utilisent des traditions locales ; ils puisent à des sources essentiellement romaines; aucun épisode, aucun personnage, peut-on dire, n’a trait à l’Afrique, ni à la Gaule, ni à l’Espagne, encore que des rapports intimes fùssent noués entre les églises de ces divers pays et l’église de Rome, métropole de l’Occident. Il n’en est que plus remarquable de voir quelle place tient l’Orient dans ces gestes. Tantôt ce sont des Orientaux qui sont mis en scène, tels Maris et Marthe, Audifax et Abacuc, Maromenius et Cusines, ou encore Abdon et Sennen, Olympiades et Maximus, Polochronius évoque de Babylone avec ses clercs, Parmenius, Elimas et Chrysotelimus, Lucas et Mucus. Tantôt ce sont les
i Cf. Charles Diehl : Elude sur l’administration byzantine dans V exarchat de Havenne. (Paris, Thorin. 1888, in-8), surtout livre 111, chapitre II. — Augusto Gaudenzi : Sui rapporti tra Vltalia e ilmpero d'Oriente fra gli anni 470 e551 D. C. (Bologna. Tipografia mililare, 1888, in-8). — Ferdinand Gregorovius. Geschichte der Stadt Itom vom V bis zitm XVI Jahrhundert (I et II B. Stuttgart, 1889, in-8).
Occidentaux qui entrent en rapports avec l'Orient : Gallican est vainqueur des Perses qui envahissent la Syrie, puis se retire en Egypte ; comme le diacre Cvriaque, le prêtre Pigrnenius voyage quatre ans en Perse, et c’est auprès du roi de Perse que Publius, le mari de sainte Anastasie, est envoyé en ambassade; saint Clément est exilé en Chersonèse; Aurelianus est appelé cornes utriusque mi/itiae de Seleucia Ismtriae et Theodulus est dit de Oriente presbyter ; Adrien revient d’Orient lorsqu’il juge Eleuthère, et c’est en Orient que guerroie Basilide ; Chrysanthe qui, par son père Polemius, est originaire d’Alexandrie, est martyrisé au moment où Numérien fait la guerre en Orient ; Æmilianus est rappelé d'Orient au temps de Philippe, après que Dèce a fait exécuter Babylas d’Antioche, et c’est à deux eunuques arméniens, Calocere et Parthenius, qu’est confiée Anatolia Callista ; Martana et Yaleriana, parentes de Paulina et d’Hadrias arrivent de Grèce à Rome ; Pancrace est, par son père, originaire de Phrygie ; Faltonius Pinianus, mari de Lucine, est proconsul d’Asie ; Boniface va chercher en Orient des reliques de martyrs pour apaiser les remords d’Aglaé, sa maîtresse ; Gordien est enterré à côté d’Epimaque d’Alexandrie; comme Gallican, Eugénie se retire en Egypte, dont Philippe son père était gouverneur; Sérapie, originaire d’Antioche, est livrée à deux jeunes Egyptiens; à plusieurs reprises, nos rédacteurs emploient le mot mages [ dans un sens défavorable : c’est le terme que les païens et leurs pontifes emploient souvent pour désigner les martyrs.
L’attention des Romains semble donc être assez éveillée sur tout ce qui concerne l’Orient. Sans doute, certains personnages — ceux dont l’origine orientale est dénoncée par leurs noms — sont réellement venus de ces pays lointains ; sans doute, certains épisodes — comme les aventures de sainte Eugénie — ont été suggérés par lo prestige des ascètes orientaux; sans doute, enfin, des faits particuliers — comme le bruit
1 II est intéressant de rapprocher des passades de nos gestes relatifs aux Mages, deux passages au moins de Cissiodore dans ['Histoire tripartile : « Mugis enim appellant Persae eos qui eiementa deificant Quorum fabulas in alia conscriplione monstravimus. » (X, 30; P. L.,69, 1184) — Cf. Theodoret. V, 39. On ne voit pas que Cassiodore ait traduit l’ouvrage de Theodoret sur les Mages. — « Post cuius (luliani) mortem eius magiae compertae sunt... •» (VI, 47; P. L., 6), 1062.) — Ces textes semblent bien être contemporains de ceux où Agnès est traitée de maga et Alexandre de magus.