LA PERSE
ensemble de la religion du Christ : sur dix textes des écrivains chrétiens où l'Orient se trouve mentionné, huit pour le moins rappellent soit l’histoire des deux Testaments, soit les aventures de ces conquérants et de ces législateurs fabuleux, dont saint Jérôme, Orose et Sulpice Sévère rappellent les noms dans leurs chroniques.
C’est encore le siège du grand empire rival, l'empire Perse : les guerres sanglantes du iv e siècle engagées au sujet des provinces transtigritanes, les luttes incessantes du vi e siècle provoquées par la question des « états tampons » ont appris aux Romains à estimer et à craindre leurs puissants voisins; les relations commerciales, d’autant plus actives entre les deux états que les routes de la Colcliide et de THimyar sont souvent interceptées, ont rapproché les deux ennemis ; le retentissement de la persécution de Sapor, l'accueil favorable que fait Khosroes à tous les persécutés de Byzance, nestoriens d’Edesse ou philosophes d’Athènes, les entreprises communes des deux empires contre les Huns Blancs et les mutuels témoignages d'estime qu’ils se sont parfois donnés consacrent et transfigurent, en quelque manière, leurs rapports militaires et commerciaux et établissent entre eux je ne sais quelle haute fraternité morale* .
L’Orient est enfin pour les habitants de Rome — comme pour le pape — le pays de Byzance, le siège de l’Empire romain, l'heureux rival de la terre latine délaissée; tandis (jue d'obscurs roitelets barbares s’en disputent les lambeaux, la majesté de l'Empire et de Rome s’est retirée en Orient 2 dans cette Rome nouvelle, assise sur les rivages de la Corne d’Or;
1 Entre les deux empires, pour toutes ces raisons, les rapports étaient très étroits : «c Inter Romanos et Persas, semper propter diversas causas mittuntur legationes » (Cassiodore, H. T., XI, 8. — P. L.,69, 1191. — Cf. Socrate, VI 1,8). Cf. Bury : Histonj of the laler Roman Empire (London, Mac Millan, 1889), passim. Deux satrapes persans firent le voyage de Rome et de Milan pour voir Probus et entendre Ambroise (Paulinus : Vita Ambrosii. 25; — P. L., 14, 35). — Arcadius confie à Iezdegerd la tutelle de Théodose II (Tillemont, Emp., VI, 597) (Le tuteur effectif Anthemius a été ambassadeur en Perse). — Le retentissement du désastre de Julien paraît être le second fait qui explique la place que tient la Perse dans les traditions martyrologiques (cf. supra). — C’est par les incessants rapports de Rome avec Byzance et le monde grec doit s’expliquer le fait des rédactions grecques des gestes romains écrites à Rome même. 11 en est un second groupe, formé des textes anté-métaphrastiques, qui a vraisemblablement Byzance pour patrie et le vir siècle pour date. Un troisième groupe serait enfin formé des textes rédigés à Grotta et en Calabre.
* Marcellinus Cornes : « Orientale tantum secutus imperium. »
l’Italie, longtemps inconsolable, demande au Basileus qu’il lui envoie un empereur; Théodoric se déclare son esclave, Clovis reçoit avec joie les insignes de consul, et les Romains sous l'obsédante hantise du passé, comme les autres rêvant toujours de l’Empire, ne peuvent détacher leurs regards de Byzance.