‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 132 sur 161 · LA CHRISTIANISATION DE ROME · texte numérisé non relu

LA CHRISTIANISATION DE ROME

c'est au début du vi c siècle, alors qu'on les rédige, que s'accomplissent les premières transformations de temples en églises ; c'est au vi e et au vii c siècle que fleurissent les pèlerinages, attestation magnifique de la ténacité de la croyance au caractère local des dieux 1 . N’est-il pas à croire que les gestes romains, parce qu’ils témoignent de l'épanouissement du culte des martyrs, témoignent par là du ralliement des foules romaines païennes à Jésus-Christ ?

Les gestes nous découvrent que Rome fut le centre d'un mouvement littéraire très puissant à l'époque de Théodoric : mouvement qui, après s'être ralenti parmi les horreurs de la guerre gréco-gothique, se ranima à l'époque de saint Grégoire et des Boniface 2 . C'est dire que la rédaction des gestes des Martyrs a passé par les mêmes phases et subi les mêmes éclipses que la rédaction des gestes des Papes et des gestes des Apôtres : pour ceux-là le fait est, dès longtemps, connu; pour ceux-ci, il est très probable que saint Philippe et les deux Jacques, dont l'histoire et le culte étaient également peu connus à Rome jusque vers le milieu du vi e siècle, virent alors, en même temps, se rédiger leurs gestes et s'élever leur basilique : la rédaction des textes apparaît toujours comme très étroitement liée à l'érection des sanctuaires.

Il n'y a donc pas lieu de s'étonner de la composition de ce Liber Martyrum dont saint Grégoire nous atteste l’existence et dont nous avons retrouvé la deuxième édition. Tandis qu'on rédigeait les traditions qui ne l'avaient pas été encore, on réunissait dans un même manuscrit celles qui l’avaient été déjà : le compilateur laissait sans doute de côté les gestes qui, par leur étendue, formaient un volume et qui, pour cette raison,

païens honteux qui célébraient les Lupercales ( Adversus Andromachum. — Thiel, I, 598-607).

1 Cf. l'inscription où Achille de Spolète (402-418) démontre que saint Pierre protège Spolète , bien que Spolète ne possède pas le corps de saint Pierre (de Kossi, 1ns. Chr., II, 114) ; en rapprocher le curieux passage de saint Grégoire que nous avons cité plus bas, p. 383, en note. — Sur toute cette question, cf. notre article : Comment , dans l'Empire romain , les foules ont elles passé des religions locales à la religion universelle, le christianisme ? (« Revue d'histoire et littérature religieuses», 1899, tome IV, p. 239 sq.)

2 Noter qu'au temps de Boniface, comme au temps de Symmaque, l’autorité ecclésiastique s'est particulièrement occupée du culte des martyrs : Symmaque décide que le Gloria in excelsis sera chanté à tous les nalalicia comme aussi tous les dimanches, et non plus seulement à Noël (L. P. 1., 263-268, 41), et Boniface réglemente la distribution des reliquiae.

étaient môme parfois divisés en livres 1 : tels les gestes de saint Sébastien, de saint Laurent, de sainte Cécile peut-être et sans doute aussi, des saints Nérée et Achillée.

Les gestes nous expliquent enfin certains faits peu connus ou mal compris dont on voit clairement qu'ils ont été la cause.

1 On peut se demander si la formule, verum quia longum est omnia per - ordinem , etc., ne marque pas la fin du premier livre et le début du second. Elle coïncide souvent avec le début de la passio proprement dite : le premier livre contenait les miracles ( virlules ) ou des dicours et des récits (gesta). Cf. les pestes de sainte Cécile. On ne voit pas que la passio ait été rédigée indépendamment des gesta et antérieurement à eux.

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