DE L’INFLUENCE DES GESTES ROMAINS SUR LE CULTE
[vn e -vni e siècles]
Si les gestes exercent déjà une telle action sur la pensée du pape, il ne faudra pas nous étonner que leur histoire, aux yu c et vnr siècles, atteste que leur influence s'affermit et s'étend. Lus par les moines dans leurs cellules, ils finissent par être lus aux offices devant les fidèles.
Il est naturel, étant donnée la physionomie qu'ils présentent, que leurs premiers lecteurs aient été les moines, à la chapelle et dans les cellules. Il y avait près d'un siècle que saint Benoit se retirant dans les solitudes de Subiaco, avait essayé d’y renouveler les ascétiques exploits des moines de l'Orient : preuve frappante que le prestige dont jouissait le monachisme oriental au moment où s’élaboraient les légendes était loin de s’ètre affaibli à l’époque où on les rédigeait. Sans doute, le saint de Nursie ne les met pas entre les mains de ses frères, attestant ainsi l’autorité de fait du concile damasien. Mais Cassiodore, dans son traité De Institution# f/ivinarum litterarum , n’a déjà plus, sans doute, les mêmes pruderies : il invite les abbés Clialcedonius et Gerontius à étudier les saintes Ecritures, à pénétrer les mystères de Dieu, afin de pouvoir montrer le chemin à leurs successeurs. «Etideo « futurae beatitudinis memores, Vitas Patrum, confessiones « fidelium, passiones martyrum legite coustanter... qui per « totum orbem floruere 1 » : les gestes romains durent bénéficier
1 Chap.. 32 (Migne, P. L., 70, 11 17). — Cassiodore ne vise pas seulement ici (inter alia) le martyrologe eusébien.
de cette autorisation générale. N’était-ce pas alors, un peu partout, l’usage de lire les actes, comme l’attestent la règle de saint Césaire 1 , celle de saint Aurélien 2 et celle de saint Ferreol 3 , comme l’attestent encore les gestes de Mélanie la Jeune : chaque veille de fête, elle avait coutume de réciter cinq leçons. La lecture des gestes par les religieux remonte sansdoute au vi c siècle par ses origines premières.
Ce ne fut pas avant le vn e siècle, au contraire, que les gestes furent reçus aux offices. Sans doute, ç’avait été une vieille coutume de l’église de lire en public les actes authentiques : nul doute, par exemple, qu’au 111 e siècle, les actes de Jacques et Marien n’aient été lus dans l’assemblée des fidèles; et le troisième concile de Carthage 4 atteste que l’usage s’était conservé de son temps. Mais la différence est trop grande des actes et des gestes pour que ceux-ci aient pu bénéficier de l’honneur réservé à ceux-là avant l’affaiblissement de la culture qui signale le haut moyen âge. Dans un Ordo Cano n is decantandi in eccfesia sancti Pétri , conservé par le Codex Parisinus 5 3836, on voit que les gestes des martyrs sont mis sur le même rang que les Vies des Pères catholiques „ et lus dans les assemblées des fidèles au même titre qu’elles. Une lettre de Théodemar à Charlemagne 0 atteste l’existence du même usage. Voici enfin un texte plus' important encore : c’est d’un pape qu’il émane, et c’est l’autorisation officielle de lire les passions à tous les anniversaires de martyrs. Hadrien écrit à Charlemagne en 794 : Passiones sanctorum martyrum sancti canones censuerunt ut liceat eos etiam in ecclesia legi cum anniversarii dies eorutn celebranlur 1 .
1 Régula ad Virgines. — 12 janvier, Césaire, n. 69.
* Régula S. Aureliani. In ordine psallendi, P. L., 66,273, col. 432.
3 Régula S. Ferreoli , ch. 18.
4 « Legi passiones martyrum, cum anniversarii dies eorum celebrantur. c. 47. — Hardouin, 1. 386, — ou Mansi, III 92i.
5 Cf. L. P., I, ci.
6 Jaffe. Monum. Carolin , p. 360.
7 Jaffe, 2485. — En rapprocher ce passage, antérieur d’un siècle : « Xec praetereunda censeo sanctarum virginum Anatoliae et Victoriae pracconia quanitn rumores et prodigiorum privilégia... crebrescunt, dum scedaruin apicibus,. quando... natalitia earumdem catholici célébrant in pulpito ecclesiae récitaittur. » (AIdhelme, De laudibus Virg ., 52; — P. L., 89, 151.)