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LES GESTES PROTÈGENT LES CATACOMBES

Cette double action des Gesta devait entraîner une double conséquence. Comme chaque chrétien, moine ou fidèle, désirait lire, la veille de chaque fête, l’histoire du martyr qu’il devait vénérer le lendemain, l’idée naquit peu à peu de découper dans chaque geste les passages qui se rapportaient à ce saint, de les transcrire seuls et de les transcrire aussi à la date de ce martyre. Papias et Maurus, par exemple, sont associés aux aventures de Cyriaque et de Marcel, mais ils ont leur anniversaire distinct; on démembra donc les Gesta Marcelli et l’on constitua, de ces fragments réunis, les Gesta Papiae et Mauri, tels que Bosio les lisait dans un antique manuscrit de la Vallicellane L Le môme phénomène qui se produit à Rome se produit aussi ailleurs : les passionnaires locaux se déforment, tandis que le Martyrologe s’accroît notablement; à l’édition eusébienne, Bède en substitue une autre plus complète.

Mais la plus importante conséquence de l'action des gestes romains, désormais reconnus par l'église, fut sinon de répandre à Rome, au moins d’y entretenir la popularité des saints. Combien leur culte était vivant encore au début du vif siècle, on l’a vu plus haut : c’est ce qu’attestent aussi la mission de l’abbé Jean et le papyrus de Monza, donnant la liste des huiles qui brûlaient devant les tombeaux des martyrs 2 . Il suffit d’ouvrir le Liber pontificaUs pour s’apercevoir que leur influence persiste : en 568, Jean III 3 restaure les cimetières; Boniface 4 , en 619, pour rehausser le prix des Memoriae (?), décide qu’elles seront distribuées non plus par les acolytes, mais par les prêtres eux-mêmes. Honorius (625-63S) se distingue par les nombreux travaux qu’il exécute en l'honneur des saints, restaurant les anciennes églises et les embellissant, ou en construisant de nouvelles 5 . Serge I er (687-701) se fait remarquer parla vénération particulière dont il entoure les tombes saintes :

1 Bosio., R. S ., p. 414. C. — III, 43.

* De Kossi, R. S.. I, 132-131.

4 L. P., 1, 321, note, d'après M. l’abbé Duchesne.

prêtre il était connu par son assiduité à célébrer la messe dans les différentes catacombes ! . Soixante ans plus tard, en 735, Grégoire III « institua un corps de prêtres ayant pour mission « de dire des messes chaque semaine » et décida que, dans les cimetières situés autour de Rome, les lumières nécessaires pour célébrer les vigiles et les offrandes faites pour le sacrifice de la messe seraient apportées du palais par ïob/ationarius qui désignerait en même temps le prêtre chargé par le pontife d’officier solennellement.

Un texte atteste d’une façon saisissante la vénération persistante qui s’attache aux martyrs: je veux dire la translation d’Etienne protomartyr de Constantinople à Rome 2 . Eudoxie, fille de Théodose, est possédée du diable ; et celui-ci annonce qu'il ne lâchera sa proie que devant les seules reliques d’Etienne protomartyr. Pélage va donc demander les reliques à Constantinople ; mais les Grecs ne veulent se dessaisir qu'à bon escient de ces gages sacrés : on leur donnera en échange des reliques de saint Laurent. Le troc est conclu; les Grecs apportent à Rome leurs reliques ; et ils demandent qu’on leur cède, ainsi qu’il est convenu, le premier diacre de Sixte. Mais voici bien une autre affaire : tous ceux qui touchent aux reliques romaines meurent. Les petits fils d’Ulysse n’avaient pas prévu la mauvaise humeur du saint : ils revinrent les mains vides, et Pélage, à propos de cet accident heureux, composa cet elogimn :

Hic duo sanctorum requiescunt membra virorum ;

Stephanus est alter; sibi par Laureutius atque lstorurn meritis scindamus gaudia Christi ;

Et caeli ciues semper vivamus in ipso

Qui cum Pâtre deus régnât per saecula cuncta.

Il est même à croire que, soutenues par les gestes, certaines légendes continuaient de se développer. On en voit, du moins, qui précisent alors leur attaches topographiques. A la place où s’était fracassé Simon le Mage, sur le Forum, « on oublia les « quatre pavés réunis et l’on distingua dans le voisinage, deux « trous où saint Pierre et saint Paul furent censés avoir laissé

9 Cat. Bruxelles , 1, 70 (Cf. Cal. Paris., !.. 130. — P. L.. 41, 817). La légende est évidemment suggérée par l’histoire de Césaire.

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