‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 143 sur 161 · LES GESTES SUSCITENT DES ÉGLISES · texte numérisé non relu

LES GESTES SUSCITENT DES ÉGLISES

« la trace de leurs genoux et de leurs prières. Vers la fin du « vi* siècle, Grégoire de Tours, sans indiquer précisément la « Voie Sacrée, sait qu’il yak Rome deux petites cavités dans « une pierre, sur laquelle les bienheureux Apôtres, fléchissant « le genou, prièrent le Seigneur contre Simon le Magicien. » Le biographe du pape Paul (756-767) rapporte que ce pape fonda une église sur la Voie Sacrée, près du temple de Rome, en l’honneur des saints apôtres Pierre et Paul, là où peu avant leur martyre, ils avaient fléchi les genoux. Il ajoute qu’en ce lieu on voyait encore l’empreinte de leurs genoux dans une grande pierre, in quodam fortissimo silice. Nul doute que les expressions de Grégoire de Tours et du Liber Ponlificalis ne se rapportent au meme endroit de Rome et au même point de la Via Sacra 1 . — Les saints Abdon et Sennen avaient été massacrés dans le Colisée par des gladiateurs et leurs corps, traînés en dehors de l’amphithéâtre, avaient été abandonnés. Or il est fait mention dans le catalogue dressé sous Pie V d’une église SS. Abdon et Sennen ab Coliseo dont l’emplacement nous est tout à fait inconnu; il est même à noter que le catalogue de Turin parle simplement d’une eccle sia SS. Abdon ei Sennen. Cette église est évidemment une église urbaine ; il semble bien qu’il faille en chercher l’origine première — comme celle de l’église construite par Paul I er — dans l’influence de la tradition préservée parles gestes; et dans quel endroit de Rome était-il aussi naturel de la construire qu’au lieu où avaient été abandonnés les martyrs, près de ce Colisée où ils avaient souffert 3 ?

1 Duchesne : Le Forum chrétien , P. 15-17. — Gregor. Tur., Gl. Mort., 27. — Les pavés sacrés ont été transportés à Santa Maria Nova, avant 1375 (Duchesne., op . ci/., 19). Il est clair aussi que, jusqu’au temps du pape Paul, ce souvenir, si populaire qu'il fût, n’avait pas encore été consacré par la construction d’un édifice religieux. Encore celui du pape Paul ne pouvait-il s’élever sur la Voie Sacrée elle-même, qui, pendant tout le moyen âge, demeura ouverte à la circulation. C’est tout prés des pavés miraculeux, mais non précisément au-dessus, que s'éleva la nouvelle église, rendue en quelque sorte nécessaire par le développement de la légende.

* Analecto , 1897, p. 240.

3 Le pape Zacharie (741-752), était fils d’un certain Polychronius (L. P., I, 426), « natione Graecus ». Cette origine grecque est-elle bien certaine; et l’introduction à Rome du nom de Polychronius ne serait-elle pas due à l’influence des gestes de Laurent ?

Cependant l’action des gestes devenait chaque jour moins efficace pour conserver aux cimetières leur antique prestige et contrebalancer l’indifférence des Romains 1 et l’insécurité des routes: la désolation toujours croissante de la campagne écartait les fidèles des tombes des martyrs. Aussi commençait-on à parler, dans le haut clergé romain, d’un transport général des reliques à l'intérieur de la ville. Longtemps Jean et Paul avaient été seuls vénérés en deçà de l’enceinte. Au vn e siècle, pour la première fois, au temps du pape Théodore (042-648) on avait solennellement procédé à une translation de reliques: Primus et Felicianus avaient été tranportés de Nomentum à San Stefano 2 de Rome, où les suivaient en 682 Simplicius et Viatrix 3 . Plus d’un siècle après, devant l’indifférence croissante, les dévastations et les sacrilèges qu’avait amenés l’invasion lombarde, Paul I er , élu pape en 757, se décidait à ouvrir les plus illustres tombeaux et à transporter à Romeles plus saintes reliques. « Depuis l’invasion, écrivait-il, « dans la Constitution du 2 juin 761, les fidèles ont cessé par « indolence et par négligence de rendre aux cimetières le culte « qui leur est dù ; on a laissé les animaux y pénétrer ; on les a « transformés en étables et en bergeries, et on a permis qu’ils « fussent souillés par toute sorte de corruption. Etant donc « témoin de cette indifférence pour des lieux si saints et la « déplorant profondément, j’ai cru bon, avec l’aide de Dieu, (( d’en retirer les corps des martyrs, des confesseurs et des « vierges du Christ, et, au milieu des hymnes et des cantiques « spirituels, je les ai transportés dans cette cité de Rome et « je les ai déposés dans l’église que j’ai récemment construite « en l’honneur de saint Etienne et de saint Sylvestre, sur « l’emplacement de la maison dans laquelle je suis né, où j’ai « été élevé et que mon père m’a laissée en héritage' 1 . »

1 Noter que l’église construite par Paul sur la Voie Sacrée ne parait pas avoir duré longtemps (Ducht&ne, Forum chrétien , 17).

* Mai, Script. !>/., V, 5t. - Allard, R. S., 145.

Page 1