LES GESTES DANS LA LITTÉRATURE DU MOYEN AGE
résument et les condensent au xm e et au xiv% Jacques de Voragine et Pierre de Xatali 1 .
Quelques hommes s’en inspirent moins servilement et s’efforcent de saisir la légende à travers le texte et la poésie morale de ces histoires sous les platitudes prosaïques des rédacteurs. Pierre Damien 2 tire des gestes d’Anthime le sujet d’un de ses serinons ; les gestes d’Agnès inspirent l’auteur du
atque diaboli. » Alors Marcel quitte Rome avec Anastase et arrive à Lyon, etc... » — Je lis de même dans les gestes d'Evurce, que le saint, sousdiacre de l'église romaine, envoyé en Gaule à la recherche de son frère et de sa sœur, Eumorphius et Carsia, emmenés par les barbares, arrive dans la ville d'Aurelianum au moment ou... ( Cat . Paris., II, 30-31). — De même encore, je lis dans les gestes de Peregrinus (16 mai 563) : « Cum haec discriminosa in Gallias irrupisset vesania statimque latenter a fidelissimis Christianis ad aures Sixti Papae urbis Romae nuntiaretur, poscentes ut taleiu virum dirigeret qui iam fidei extinctam lucernam suis deberet illuminare eloquiis et barbarorum infidelitatem opitulante divino auxilio compesceret. Tune memoratus vir Sixtus Papa... magnum et praeclarum Dei Servum Peregrinum. ciuem quippe Romanum, ordinavit episcopum ». — Cf. Vita Quirini (Krusch : Vitae Passiones... 111). — C'est évidemment à l'influence des gestes qu'il faut rapporter l’origine de ces épisodes.
Des fragments de légendes romaines ainsi transplantés ont quelquefois pris racine dans le pays. Voici deux faits : « Les anciens de Karnak pourraient ... raconter que saint Cornélius, pape de Rome et patron de la paroisse, a été poursuivi sur la lande de Karnak par les soldats d’un roi impie et que, se voyant près d’être atteint, il fit une prière par laquelle les malheureux soldats, au nombre d’environ 10.000, furent subitement arrêtés dans leur course et changés en pierre. Au besoin, on lui montrerait dans l’église une série de peintures assez anciennes où toute cette légende est minutieusement retracée. (Duchesne : Deux éludes sur les légendes des martyrs).
Et voici le préambule d'une prière bavaroise adressée à Cyriaque Schrecken und Furchl der hôllischen Geister : « Der heilige Cyriacus ist ein besonderer Patron und Fürsprecher bey Gott in allen unseren Nôthen und Betrübnussen,. besonders in den Versuchungen des hôllischen Feinds. » Je l’emprunte à la page 366 du livre suivant : Kurzer Begri/f \ Wahrer | Andachts-Uebengen | nebst beygefüglen Lebens beschreibun | gen und verschiedenen Wunderlha len , | i velche... \ durch die Heilige vierzehn \ Nolhhelfer \ seif vielen labren her | in der , | in dem Hochslift Bamberg gelegenen \ und dem Klosler Langbeim einverleibten | YValfahrts-Kirchen , F rankenthal, | zu würken geruhel hal : | in drei Theilen voi'gestellt, | und auf gnüdigen Befehl | des pi. lit . Ilerrn Herrn Malachiae , des Heil. | und befreylen Cisterzienserordens im erwàhnlen Kloster I Abbten und Prülaten , der Bôm. Kaiserl. Majestât \ geimen Caplan, z z | von F . Adam Bayer , einem Priester daselbst verfestiget , | und auf Kosten des Klosters zum offentliehen Druck befôrdert | im Jahr Christ. 1772. | Cum pri vilegio Caesar. et Superiorum permissu | Bamberg, yedruckt llern J oh. Georg Knetsch, Univ. Buehdrucker.
1 Cf. supra , p. 3. — C’est de leurs compilations que les gestes romains, traduits, passent dans les légendiers français. Paul Meyer: Notice sur un légendiei' français du xnr siècle. — Notice sur trois légendiers français attribués à Jean Belet. Paris, 1898-1899. — Tiré des notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale..., t. XXXVI.
- Sermon 30 (11 mai, 612, 1).
mystère provençal qui porte ce nom 1 ; mais de pareils faits sont rares, même au moyen âge.
Il faut pourtant faire une exception pour l’Italie; plusieurs gestes de martyrs romains ont inspiré des rappresentationi * , tels les gestes de Xérée et Achillée, de Chrysanthe et Darie, d’Agnès: ce sont ces gestes, en effet, qui font la substance de la Rappresentatione di Santa Domiti/la , de la Rappresentatione di San Grisant e e Daria , de la Rappresentatione di Santa Agncse Vergine e Martire di Giesu Christo 3 ; mystères dont il faut rapprocher, peut-être, le Martirio di S . Anatolia, « tragédie, sans nom d’auteur », conservée dans un manuscrit (XLIV, Cod. cart., in-4°, XVII, N. A.) de la bibliothèque Barberini, à Rome. Avec moins de liberté, en effet, que l’auteur du mystère provençal — ou l’on voit se convertir les courtisanes du lupanar d’Agnès — les poètes inconnus qui écrivaient ces pièces, sans doute vers la fin du xv e siècle, versifient les légendes romaines. C’est une pensée d’édification qui les anime : voici comment parle l’Ange qui « annonce » la représentation de Flavie Domitille.
« O buon Giesii per la tua gran potentia Concedi gratia al mio basso intelletlo Si cirio possa mostrar per lua clemenza L’historia si divota e'1 gran concetto Di Domitilla piena di sapienza.
Et voici comment s’exprime celui qui donne congé aux spectateurs » :
O tutti voi che contemplato havete Di Domitilla la devota historia Ail’ elerna bontà gratie tendete...
1 Sardou, le Mystère de sainte Agnès (Paris, 1877, in-8). — Cf. Clédat, le Mystère provençal de sainte Agnès (Paris, 1877). — M Gustav Quedenfeldt a étudié deux mystères de saint Sébastien : Die Mysterien des S. Sébastian (Berlin, Vogt, 1895).
Sur les liappresentationi , cf. Geschichte des neueren Dramas , von Wilhelm Creizenach (Halle. Niemeyer, 1893. in-8°). I* r Band, p. 318. Les collections d’Assise et de Pérouse se font aussi remarquer par leur caractère édifiant. La plus ancienne rappresentatione datée est celle d 'Abraham et d'Jsaac , 1448 ; le plus ancien auteur connu de ces sortes de pièces est Feo Boccari 1410-1481 : c’est surtout à Florence que le genre s’est épanoui. — Noter pourtant que, en 1417, la Compagnia del Gonfulone donna à Rome, au Colisée, il Martirio di P. Pietro e di S. Paolo : je n'ai pu, malheureusement, me procurer ce texte.
3 Nous nous sommes servi d’éditions imprimées à Sienne, sans date; noter pourtant que le texte de la tlapp. di S. Agnese a été édité à Florence, en 1588, chez Giovanni Baleni.