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LES GESTES ROMAINS ET LES « R APPRESENTATIONI

Mais nos poètes en sont quittes avec leur conscience, — comme avec les exigences de leurs spectateurs, — lorsqu’ils ont travaillé ainsi à réconforter leur bonne volonté et à réchauffer leur foi. Aucune invention littéraire chez eux ; c’est tout au plus s’ils osent mettre en action les incidents racontés dans la légende. Des traits de mœurs, dénonçant l’époque à laquelle ils écrivent, donnent seuls quelque pittoresque imprévu à leurs monotones tirades. Lorsque le préfet de Rome apprend que son fils est malade, il fait venir les médecins ; on interroge la « cameriera » ; on apprend que le jeune homme n’a pas fermé l’œil de la nuit. Et les médecins consultent entre eux ; ils parlent latin ; et voici la sentence qu’ils rendent : « Filius t'ester multum patitur corpo morbum ut ex urina et pttlsu preximus [sic], sed duntaxat amore ardentissimo captus est... qui omnia vincit ». Sur ce souvenir classique, le père conclut :

D'hauere Agnese tu sei sbigottito.

On a vu des oracles plus mal informés.

Il est possible que ces pièces aient obtenu quelque vogue ; ce qui semble assuré, c’est que Laurent le Magnifique ne dédaigna pas de les imiter.

En des vers charmants, d’une aisance exquise, le plus glorieux des Medicis nous retrace l’histoire des saints Jean et Paul, la Rappresentatione di santo Giovanni e Paolo e di santa Costanza, 1489 ! . Le prologue, inspiré des prologues de Térence, invite au silence les spectateurs, leur conte la pièce en deux mots et leur demande leur indulgence pour la « compagnie de... saint Jean » qui joue la pièce,

Silentio a voi che ragunati siete,

Voi vedrete una storia nuova, e santa,

Diverse cose e devote vedrete Exempli di forluna varia tanta.

1 W. Creizenach, op. cit I, 321.

Senza tumulto stien le voci cliiete Massimamente poi quando si canla;

A noi fai ica, a voi cl piacer resta :

Perù non ci gunstnte quesla festa.

Lorsque la pièce commence, les parents d’Agnès veillent au tombeau de leur fille. Survient Constance, qui pleure sur la lèpre horrible qui la ronge et qui l’oblige à renoncer au mariage ; comme on l’engage à invoquer la sainte, voici qu’elle s’endort, et Agnès lui apparait et la guérit. Elle se réveille, emerveillée, et chante sa joie, au moment même où arrivent Constantin, puis Gallican vainqueur. L'empereur est heureux de voir sa fille guérie, mais Gallican lui demande sa main; le père hésite à se séparer de sa fille: il l’aime, et puis, Gallican n'est pas prince. C'est Constance qui le tire d'embarras : elle décide son père à promettre au général et à l'envoyer dans la Dacie que l'ennemi conquiert. — L'acte suivant (s’il est permis d'employer ici un mot moderne) nous transporte en Dacie : mais l’action est désormais moins dense, moins haletante. Nous assistons à la bataille livrée par l'armée romaine; Gallican, abandonné de toutes ses troupes, invoque le Dieu de Jean et Paul qui l’ont accompagné: et l'ennemi est mis en déroute, le fils du roi est pris. — Un courrier porte la nouvelle à Rome ; Gallican arrive bientôt lui-méme, raconte sa victoire, mais rend à l'empereur sa parole. 11 consacre sa vie à Dieu et se retire à Ostie; Constantin suit son exemple et laisse l’empire à ses trois fils. — Loin de se quereller, ceux-ci abandonnent le pouvoir à l'aîné ; comme il meurt en blasphémant le Christ, à la nouvelle d’une révolte, ils s'entendent encore pour appeler Julien à l'empire : et Julien occupe le trône et prépare une persécution générale contre les chrétiens. Jean et Paul lui ont été dénoncés ; ils comparaissent devant lui, refusant d'encenser Jupiter ; et dix jours après, ils sont décapités par Terentianus. — Mais la vengeance ne se fait pas attendre : la Vierge apparait à saint Basile et envoie saint Mercure sur la route que Julien doit suivre pour aller combattre les Perses: quand Julien passe, en effet, saint Mercure le tue.

C'est un auteur bien inexpérimenté que Laurent le Magnifique. Tantôt l’action traîne et s'allonge en tirades interminables, tantôt elle se précipite au contraire à faire perdre haleine. Mais ce n’est pas ce qui nous intéresse; ce n’est même

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