LES C» ESTES ROMAINS ET LAURENT LE MAGNIFIQUE
pas ce qui caractérise son œuvre. Il est plus curieux de noter avec quelle liberté nouvelle il adapte la vieille légende.
Comme on l’a vu par l’analyse, il ne craint pas d’en enrichir les données : il ne consulte pas seulement les Gesta lohannis et Pauli ; il puise encore dans les Gesta Agnetis et dans les récits qui courent le monde sur la mort de Julien ; il use en même temps des mêmes droits que ses devanciers et « met en action » la campagne contre les Scythes et l’invocation de Gallican à Jésus-Christ. On devine qu’emporté par la spontanéité de sa pensée il remanie la légende, il la «re-pense », si j’ose ainsi dire.
Et ceci se marque encore précisément dans l’évolution des caractères des personnages mis en scène. Sans doute, Laurent parle encore, comme nos gestes, du vœu qu'a fait Constance de consacrer sa virginité à Dieu : pourtant, ce n’est pas là, semble-t-il, la raison de l’ennui qui saisit Constantin, à la demande de Gallican : il regrette de se séparer de sa fille, si belle et qui lui est si chère ; il regrette de la donner à un « sujet », dont il craint fort, d’autre part, le mécontentement; à de certains moments, il rappelle les personnages de la tragédie classique, notamment le Félix de Polyeucte.
O ignorante capo, o ingeguo vano O superbia inaudita, o arroganza,
O cosi hauer vinto m’è molesto,
Se la vittoria arreca seco questo.
Che farê, dar<> io à un suggetto La bella figlia mia, che m'è si cara !
Se i<\ non la dû, in gran pericol metto Io stato e chi è quel che ci ripara!
Misero a me, non c’ è boccon del netto tanto fortuna è de suoi bieni avara spesso chi cliiama Constantin felice sta meglio o assai di me, e ’1 ver non dice.
Et la transformation du personnage de Constance n’est pas moins curieuse à suivre. Elle dit à son père de promettre à Gallican sa main, lorsqu'il reviendra vainqueur; mais ce n’est pas un miracle qu’elle attend, c’est du hasard, des circonstances nouvelles, du « temps » qu’elle espère un incident quelconque qui lui permettra de rester auprès de son père. Ce n’est pas une
chrétienne qui parle, c'est une politique italienne disciple de Machiavel :
Io veggo onde ti vien tal pena al cuore :
se dai a Gallican quel che ha presunto oflendi te e me, e s’io nol piglio per mio marito, el regno è in gran periglio.
Quando el partito d'ogni parte pugna ne sia la cosa ben sicura e netta , io ho sentito dire che 7 savio a lunga e da buone parole e tempo aspetta; benche Tmio ingegno molto funon giunga padre y io direi che tu migli prometta d'assicurarlo bene ogni proua , e poi lo manda in questa impressa nuova .
Ici, du reste, comme dans les autres « rappresentationi », les anachronismes pittoresques ne sont pas rares : Gallican promet mille ducats h qui sautera le premier sur les murs de l’ennemi :
Chi sarà primo aile mura montare mille ducati per premio gli mando, cinque cento e poicento all’altra coppia e la condotta tutli si radoppia
Et le trompette répète :
Da parte delT invitto capitano
si fa intendere a que che intorno stanno, etc...
Mais ce qui fait le charme de cette pièce curieuse, ce qui lui donne une saveur souvent délicieuse, c est l’élégance et la délicatesse du tour. Lorsque Constance voit venir à elle son père tout soucieux, avec quelle grâce simple et charmante elle le prie de lui dire sa peine :
O padre, i veggo in mezzo aile tue ciglia un segno che mi dice c’ hai dolore, che mi da dispiacere e maravaglio.
o padre dolce, se mi porti amore dimmich 1 è la cagion di questo tedio e s’ io ci possa posso fare alcun rimedio.
Laurent de Médicis rappelle parfois le Canzoniere .
Au moment ou il écrit, Slorabritius imprime son Sanctuarium prolongeant ainsi jusqu’à l’aurore des temps modernes la popu-