‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 151 sur 161 · INFLUENCE DES GESTES ROMAINS SUR LA LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES GESTES ROMAINS SUR LA LITTÉRATURE

larité dont ont joui les gestes romains pendant tout le moyen âge. A cette époque, en effet, comme les prédicateurs s’en inspirent sans cesse, les copistes ne se lassent pas de les transcrire, avec le même zèle, par toute la chrétienté; les manuscrits qui les conservent sont innombrables ; ils forment le fonds commun de tous les passionnaires, ils sont le noyau autour duquel sont groupés les textes originaires du pays où écrit chaque moine.

A l’époque moderne, au contraire, ils tombent bientôt dans un oubli profond. Si l’on met à part Lope de Vega, Desfontaines et Rotrou qui empruntent à nos gestes le sujet de leurs saint Genes, le P. de la Rue 1 et Massillon 1 qui s’en inspirent tous deux dans leurs panégyriques de sainte Agnès, il faut dire que les gestes romains, aussi bien que les autres, sont universellement dédaignés. Il n’y a que les « dilettanti » qui songent à s’en amuser parfois ; de nos jours, l'auteur curieux de Thaïs emprunte à la légende d’Eugénie-Euphrosyne lamatière d’un de ses contes et retrouve, tant son âme raffinée a de souples détours, l’accent de simplicité pieuse des scribes attendris du saint pape Hormisdas 2 . Les élégances prétentieuses du Cardinal Wiseman dans sa célèbre Fabiola 3 rappellent assez bien celles du pseudo-Ambroise qui écrivit les Gestes de saint Sébastien : je n’oserais pourtant y reconnaître l’influence de cette légende. Il semble plus douteux encore que l’auteur du Quo Vadis , Henryk Sienkiewicz qui a ressuscité, semble-t-il, avant tant de succès le roman chrétien, doive rien à nos gestes. — Leur influence littéraire est morte avec le moyen âge : à cette époque, même elle n’a jamais été ni profonde, ni salutaire.

1 Tréverret, du Panégyrique des Saints au xvir siècle, Paris, 1868, p. 189.

2 Anatole France, l'Etui de nacre . Paris, Lévy, 1892, p. 59. — En 1892, un opéra de M AVeingartner a été joué à Berlin, qui a pour sujet l’histoire de Gènes (B. v. der Lage, op . cil., II, 19).

3 Popular édition, London, Burns, 1898.

4 Cf. R. D. Af., l« r février 1899, p. 641, et la traduction que vient de publier M. Federigo Verdinois : Heni'yk Sienkierwiez, quo Vadis Racconto storico dei tempi di Serone (Rouja, Lœscher, 1900, in-12, 479 pages). — La Martyre de M. Richepin atteste, avec une précision curieuse, combien le christianisme lui est étranger. — Nous n’avons pu nous procurer le récent roman de M. F. de Nocé, Cecilia ou les premiers temps du christianisme (Tours, Marne, 1899). — Les gestes de sainte Cécile inspirent encore, assez heureusement parfois, les prédicateurs. Cf. le panégyrique de la sainte, prononcé le 22 novembre 1892, dans la cathédrale de Valleyfield, au Canadapar M. l’abbé G. Bourassa ( Conférences et Discours , p. 83. — Montréal, Beauchemin, 1899, in-8 a , 319 pages).

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