‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 153 sur 161 · LES « SAINT SÉBASTIEN » A LA RENAISSANCE · texte numérisé non relu

LES « SAINT SÉBASTIEN » A LA RENAISSANCE

On soupçonne, en regardant ces toiles, que l’artiste qui les a peintes se souciait fort peu des détails de l’histoire, — tout comme les orateurs sacrés dans les panégyriques des saints; on s’en convainc en étudiant les représentations figurées du martyre de saint Sébastien. Il n’est pas un saint romain qui ait eu plus de peintres : la raison n’en est pas dans la vénération spéciale dont il aurait été entouré : elle n’est autre qu’une habitude prise par le premier d’entre eux : celle de représenter le martyr à peu près nu. Comme, à cette époque,, pour faire reconnaître son talent, chacun doit montrer, — c’est l’usage, — qu’il est capable de faire « une académie », chacun demande le plus souvent à la légende de saint Sébastien le moyen de faire ses preuves et l’occasion de déployer sa virtuosité. Et voila pourquoi nous pouvons admirer les toiles de Santi 1 , de Costa 2 , de Grandi 3 , de Timoteo délia Vite d’Antonello 0 , de Marescalio 0 , de Liberale 7 , de Foppa 8 , de Dossio 9 , de Girolamo d’Udine 10 , de Pordenoue H , de Pollajuolo ,2 , de

rent), même sujet, par Au#. Bronzino, et (à Sainte-Croix : quatrième chapelle à gauche du chœur) par Bem. Daddi; à Emma, même sujet (à la Certosa : capella del Capitolo) ; à Munich, même sujet, par Ghirlandajo ( Vieille Pinacothèque , VIII, 101*2 (1899), et Rubens (w/ , VI, 7*26). — A Bibbiena (église de Saint-Lorenzo), j'ai trouvé un curieux tableau, de 30 centimètres sur 20, représentant le martyre de saint llippolyle : le martyr est entraîné par des chevaux ; au fond, les murailles crénelées d’une ville : l’empereur, couronné, assiste à l'exécution ; au-dessus de ce petit tableau, qui borde un plus grand, le saint est représenté en pied, revêtu du costume militaire, avec cuirasse et jambières. (Non loin, saint Sébastien est représenté à son tour.) — A Brescia, un beau tableau de saint Clément , entre deux saints et deux saintes, debout, mitre en tête, les yeux au ciel, d’où la Vierge le regarde, tenant Jésus dans ses bras : le mouvement est gracieux plutôt que naturel — A Florence, au Bargello (VI* salle), un reliquaire en bronze noirci, par L. Ghiberti. coulé pour recevoir les restes de Protus Hyacinthus et Nemesius. — A Pérouse (Pinacothèque, salle des Stacchi), le n* 10 représente une très curieuse 8. biymnnerita {sic). — A Florence, (Académie., VI, *288), une Storia de S. Aynese de Granacci. — Mentionnons aussi les fresques odieuses dont Tempesta l'Ancien et Roncalli delle Pomerance ont couvert les murs de San-Stefano Uotondo.

1 Burckhardt. Ciceione, 11, 577, A.

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San Spagnoletto 1 , de Schidone ? , du Dominiquin 3 , du Guerchin '* ; et c’est à cette raison que nous devons les chefs-d’œuvre de Pinturricliio aux appartements Borgia, de Sodoma, puis de Rubens. Au palais Corsini, on garde de celui-ci un saint Sébastien remarquable par la même liberté de peinture qu’on admire dans le tableau du palais Rospigliosi, le Christ et les douze apôtres ; plus beau peut-être par la clarté et l’éclat du coloris, plus curieux encore par l’influence du Corrège qu'il laisse deviner. A San Spirito, à Sienne, Sodoma peignit, en 1530, à côté d’un saint Antoine abbé, un saint Sébastien, Tune de ses plus belles créations ; mais il se surpassa lui-même dans le saint Sébastien qu’il peignit plus tard, merveilleux par la simplicité de son attitude, la noblesse de l’expression douloureuse, la pure beauté des modelés (aux Uffizi, n° 1279 5 ).

Les gestes de sainte Cécile, à la différence des gestes de saint Sébastien en particulier, et des gestes romains on général, ont, au contraire, directement inspiré les peintres : un détail du texte est même devenu le point de départ d’une légende nouvelle et d’un culte nouveau, très vivant aujour-

1 Burckh&rdt, Cicerone . 11, 790, I.

2 Id. 800, I.

2 Id. 80:>, D. — On en connaît la reproduction en

mosaïque à saint Pierre.

4 Id. 808, M. — Nous avons des statues de lui par

Rossellino (382, B), Maini (403, A), Campagna (444, H), Giorgini (479, B). Cf. aussi les toiles de Ilolbein le Vieux à Munich (Vieille Pinac., 111,219) etcelui de Van Dyck ( id ., III, 824). Plus intéressant encore que ce dernier est le tableau conservé à Vienne, à l'Académie des Beaux Arts (salle 1, n* 1128. Ecole de Padoue, xv°) : un fond de rocher domine une place, au milieu de laquelle, saint Sébastien est attaché à un poteau : tout autour, des archers s’exercent. — Je trouve une preuve non moins convaincante que les représentations de saint Sébastien, du discrédit où les gestes sont tombés, dans les six grands tableaux où Rubens a reproduit l’histoire de Dèce (à Vienne: galerie Liechtenstein, salle IV) : aucun détail n’y rappelle les martyrs.

6 Je n’ai pas pu déterminer à quelle époque prédomine le type du saint Sébastien nu etjeune. Le Dominiquin le représente comme un homme d’âge moyen, barbu. Noter que le saint Sébastien de l’image votive qui se trouve à Saint Pierre au x Liens et qui date au plus tard de la peste de 680 est un vieillard drapé, cheveux blancs, barbe blanche, tenant d’une main une couronne : mais celui de la chapelle du palais archiépiscopal de Ravenne est imberbe. On peut signaler encore les Sébastien de Genga Girolamo da Urbino (Galerie reliant les ITfizi au Pitti, 2205) à Florence, ceux de Montefalco (à rilluminata, à saint Leonardo, surtout à saint Fortunato).

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