LA LÉGENDE DE SAINTE CÉCILE
(Thui : Cécile reine et patronne des musiciens. Le rédacteur qui écrivait au temps de Théodoric nous montrait la sainte, écoutant la voix de Dieu dans son âme : « le jour où Ton mit « en place le lit nuptial, tandis que les instruments jouaient, « c’est au Seigneur seul qu’elle chantait dans son cœur, venit a dies in quo thalamus collocatus est; cantantibus organis , « ilia in corde suo soli domino decantabat K ». Le détail est joli : il est à croire qu’il ne passa pas inaperçu.
Dans un vieux texte allemand du xif siècle, conservé dans la bibliothèque Flirstenberg, aujourd’hui à Donaueschingen*, je crois saisir un premier et décisif développement du détail donné par les gestes ostrogothiques :
ir vasten und ir weinon vor gotte so grosse kraft halte daz si die engel steteklich zu ir latte ir gebet in gottes oren drang aise ein süzes orgenen sanch.
Le rédacteur latin, quand il parle de Cécile, oppose le chant de son âme au chant des instruments; le poète allemand compare à la douceur de la musique la douceur de ses prières : loin de se perdre, le détail s’est précisé : l'idée (f harmonie est désormais associée à l'idée de sainte Cécile . La légende se développe peu à peu : elle apparaît pour la première fois, ce semble, dans les peintures un peu rapidement exécutées, dans le style des Bicci, qui décorent les murs du Carminé
1 « Huius vocem audiens Caecilia... venit dies in quo thalamus est collocatus est, et, cantantibus organis, ilia corde suo soli domino decantabat, diccns... (Mombritius, 1, 188).
- Je me suis servi d’une copie exécutée par C. Greith et conservée à la bibliothèque devienne (Codex latinus, 13 386, xix’s., chartac., 79 feuillets) : le manuscrit appartenait jadis à L. B., von Lassberg. La légende de sainte Cécile est-elle d'origine allemande? Un tableau conservé à Florence (UfÛzi, 1" corridor, 20. — Fin du xiir) représente la sainte sans aucun attribut musical ; de la main droite elle tient une palme, de la main gauche un livre. Les huit petits compartiments qui l’entourent, reproduisent le mariage; Cécile et Valérien; Valérien couronné par les anges; Cécile, Valérien etTiburce; le baptême de Tiburce ; Cécile convertissant les soldats ; Cécile devant Almachius ; le martyre. — Aldhelme avait paraphrasé le détail de notre texte autrement que ne fit la légende postérieure. « Quae licet organica bis quinquagenis et ter quinis sonorum vocibus concreparet harmonie, ac si lethiferos sirenarum concentus cum inexpertos quosque ad vitae pericula pellexerint, sub praetextu integritatis surdis auribus auscultabat. » (Aldhelme, De laud. virginitatis , 40; — P.L., 89, 141.)
(sacristie), à Florence 1 ; elle s'épanouit dans le célèbre tableau peint par Raphaël vers 1515, conservé à la Pinacothèque de Bologne : qu'est-il autre chose, en effet, que la glorification de la musique qui s’essaye il traduire la musique intérieure de l'Ame? A terre on voit des lyres à moitié brisées, tandis que, descendant du ciel, un chœur d'anges entonne les hymnes divins : et tout cède à la puissance de charme que recèlent leurs voix. Si Madeleine ne parait pas s'y abandonner entièrement, saint Paul est profondément ému des accords harmonieux qui parviennent à son oreille, et il s’appuie, pour les mieux écouter, sur une épée désormais inutile ; saint Jean et saint Augustin, écoutent aussi, et leurs physionomies reflètent le divin plaisir qu'ils ressentent; enfin, occupant le milieu de la toile, les yeux au ciel, les mains oublieuses de retenir la lyre qui tombe, sainte Cécile s’abandonne au bonheur d'entendre
i Sur ces fresques, découvertes en 1838, Cécile est représentée jouant de l’orgue. Im lé y en de de Cécile musicienne serait ainsi passée (T A lie mat) ne en Italie l'an 1300. — A Bologne, dans l’église de sainte Cécile, dix fresques, sans intérêt, reproduisent les fiançailles; la conversion de Valérien, son baptême, l ange qui le couronne, son martyre avec Valérien, la comparution de Cécile; Cécile plongée dans l'huile bouillante; Cécile faisant l'aumône, son ensevelissement.
Au cloître de S. Michèle in Bosco, à Bologne, les élèves de Louis Carrache ont peint toute Thistoire de la sainte sur seize fresques: l. Cecilia genuflessa intenta alla melodia che fanno alcuni angioletti (par F. Brizio)
— 2. Valcriano. che porgendo la destra alla sua sposa Cecilia .. s’incamina verso la propria casa (id.), — 3. Cecilia in caméra che discorre con Valériane (par A. Bonnelli*. — 4. Valeriano. che da alcuni poverelli, si fa insegnare la via per ire a piedi dell.., pontefice (B. Galanino). — 5. Il pontefice lo riceve (L. Garbieri). — 6. L’Angelo che offre a Cecilia ed a Valeriano due ghirlande di fiori (id.). — 7. Vari inartiri che per opéra di S. C. sono portati alla sepultura (G. Cavedone). — 8. Valeriano e Tiburzio martyrizati (id.), — 9. Valeriano e Tiburzio decapitati (A. Alhini). — 10 Cecilia gitta a terra l’inutile suo organetto (id.). — tl. S. C. dispensa a poverelli le sue richezze (J. Campana).
— 12. Avanti ad Almachio, S. C. ricusa di sacrificare (id.). — 13. S. C. esposta alla atrocité delle flamme (L. Spada). — 14. S. Cecilia decapitata (L. Garbieri).
— 13 L. C. moribonda in braccia a pietosi cristiani (id.). —16. S. Cecilia portata alla sepultura. — Ces fresques ont presque complètement disparu. Elles sont reproduites dans II Clauslro di S. Michèle a Bosco di Bologna , dé Monaci Olivetani, dipinto dal famoso Lodovico Carracci e da ait ri... des critto ed illustrato da Giampietro Cavazzoni Zanolti (Bologna 1776). A la treizième fresque, je note la remarque suivante — qui atteste qu’on suivait, en général, les gestes de Cécile avec soin: — « Eperû nel modo di abbrucciare la santa Giovinetta si e dilungato alquanto Lionello da ciô che ne racconta la storia (p. 93); pèro si è assentato del vero il nostro Spada nel dimostrare S. Cecilia esposta ad nrdere in tal maniéré; nè si è abusato affatto délia potestâ pittoresca e poco solamente lo ha fatto per servire alla bellezza ed al garbo délia rappresentazione. »