‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 20 sur 161 · Première partie : Apologie négative de la virginité, ou · texte numérisé non relu

Première partie : Apologie négative de la virginité, ou

» Cécile (Momb., I, 188).

* Nérée et Achillée, Protus et Hyacinthe, Calocère et Parthenius, Jean et Paul, Rufine et Seconde, Agnès, Sabine et Sérapie, Hermès et Balbine, Chrysanthe et Darie, Anastasie, Cécile, Susanne, Lucie et Gerninien, — Digna et Mérita, Lucilla et Flora, Luceia et Auceias, Ilestituta, Bonosa.

* Cf. infra.

4 Cf. Aubé, Histoire des Persécutions... (Paris, 1813), p. 430 sq.

LÊS G ESt ES DES MARtYRS ROMAINS

attaque virulente contre le mariage. Premier point : Inconvénients du mariage pour la femme en tant qu’épouse : a) jalousie des maris; b) légèreté et débauche des maris; — Second point : Inconvénients du mariage pour la femme en tant que mère : a) ennuis de la grossesse; b) douleurs de l’accouchement L

Seconde partie: Apologie positive de la virginité, éloge de cette vertu : Premier point : C’est un bien qu’il n’est plus possible de recouvrer une fois qu’il a été perdu ; — Second point: C’est la vertu qui approche le plus du martyre.

Le même esprit se retrouve, sinon la même argumentation, dans les gestes dont je parlais tout à l’heure. Le haut prix qu’ils attachent à la vertu de chasteté résume bien et met en pleine lumière leurs tendances moralisantes.

Les doubles tendances, dont nous avons relevé la trace dans un grand nombre de gestes romains, trouvent leur expression la plus remarquable dans les onze prologues que nous lisons en tête des gestes de Nérée-Achillée, Potentienne- Praxède, Cécile, Cvriaque, Pontius, Anthimius, Urbain, Susanne, Anastasie, Chrysanthe-Darie, Basilide 2 . La tendance moralisante perce dans celui de Nérée : le rédacteur dissimule mal la colère un peu rageuse qu’il éprouve, lorsqu’il constate l’activité des hérétiques et la négligence des catholiques, et il gourmande la paresse de ceux-ci, et il leur prêche que, pour garantir le troupeau des atteintes de l’hérésie, on ne saurait

1 Cf. saint Jérôme, à Eustochium, ép. 22 (I, 395, Migne) : f ... molestias nuptiarum, quomodo utérus, intumescat, infans vagiat, cruciet pellex, domus cura sollicitet.. ». Cf. aussi : Adversité Helvidium de beatae Marias perpétua virqinilate. C'est le môme accent qu'on retrouve dans le Pute h errimum Carmen — c’est saint Isidore qui parle — qu'Avitus adresse à sa sœur Fuscinia, on sait dans quelles circonstances :

Cum long» decem tulerint faslidia menées Perfecluque gravis fétu distenditur alvus Semina quae palri* fuerant, haec pondéra nialri Infligunt dures utero turgenle dolorcs Nain cum luctato solvuntur viscera partit,

Una luit, tanto carnis discrimine pendens Quod coiere duo...

{De Consolatoria laude Caslitatis. — P. L., 59. 372.)

C'est au roman naturaliste que nous fait penser le Pulcherrimum Carmen du saint évêque ; mais ce n’est pas ici, comme tout à l’heure, association d’idées par contraste.

* Je laisse de côté les prologues des II II Couronnés et de Digna et Mérita, composés par Pierre de Naples.

PARENTÉ PSYCHOLOGIQUE DES LÉGENDES

mieux faire ni plus efficacement agir qu’en répandant le culte, en prêchant l’exemple des saints. Le rédacteur du prologue de Potentienne-Praxède insiste de même sur le profil moral qu’on retire de la lecture de ces histoires ; et celui qui écrivit la préface des gestes de Cécile et de ceux d’Urbain insiste encore sur la même idée 1 . L’auteur du prologue de Basilidc, enfin, ne voit pas de moyen plus efficace de promouvoir la piété des fidèles que d’écrire et de répandre les gestes des martyrs. Le souci d’édifier le lecteur et de l’aider dans l’œuvre de son salut apparait donc ici de diverses manières, mais aussi manifeste que dans ces hymnes enthousiastes qui disent l’excellence et la douceur de la virginité, reine des vertus.

Le souci d’accréditer certains faits n’est pas moins marqué dans les prologues. Si l’on en excepte celui de Cyriaque, où l’on trouve, tout au long développée, cette thèse — sans doute proposée par quelque ancêtre inconnu de Jean de Launoi — que, durant les troubles de la persécution, les chrétiens n’avaient pas le loisir de faire des histoires détaillées, et que c’est seulement depuis le triomphe de l’Eglise que l’on a vu apparaître les récits relatifs aux martyrs, si l’on excepte, dis-je, le prologue de ces gestes, une autre théorie réunit l’unanimité des suffrages de cinq autres textes et est implicitement contenue dans un sixième^ : les Gesta Marty rum, quoi qu’on dise, sont authentiques. Qu’on en juge par le prologue de Praxède, où nous avons vu que se trouvent insérées les lettres de Pastor. Pourquoi, écrit le rédacteur, rejeter ces lettres parmi les apocryphes? Les gestes sont authentiques. Cette même idée ressort du prologue de Pontius, de celui de Chrysanthe, dont les auteurs se disent, on l’a vu, témoins oculaires des faits qu’ils rapportent. Elle anime encore le prologue d’Anastasie, dont le rédacteur nous apprend que c’est pour nous édifier, pour faciliter notre avancement dans la vertu, que Dieu a sauvé de l’oubli la mémoire des premiers saints. Elle est enfin expressément développée dans les gestes de Susanne : le pieux Thrason, modèle que nous devons tous imiter, passait la nuit à visiter les pauvres, le jour à écrire les gestes. Et maintenant, par

1 Celui qui racontera les aventures de Mélanie donnera mieux qu’un conseil, l’exemple même de la sainte : chaque veille de fête, elle avait la très pieuse coutume de lire cinq leçons tout entières.

2 Celui de Nérée : le rédacteur n'attacherait pas une telle importance aux Gesta i s’il ne les croyait authentiques.

CG

LES GESTES DES MARTYRS ROMAINS

quelle audace sacrilège voudrait-on en discuter la valeur? — C’est ainsi que la tendance historiciste des Gesta s’accuse aussi nettement dans les prologues que dans la multitude des détails qu’ils racontent.

Aussi dirons-nous que ces prologues nous font véhémentement soupçonner que nos légendes sont apocryphes. On donne de ce terme une définition de fait 1 , lorsqu’on en fait un qualificatif des livres dont l’autorité n’était pas assez généralement établie pour qu’ils fussent lus aux offices. Si l’on cherche à en formuler une définition explicative, on verra bientôt qu'il est peu de livres auxquels elle s’applique qui ne contiennent cette double tendance historiciste et moralisante, que nous nous sommes efforcés de dégager des gestes romains. Tous ou presque tous tendent à accréditer des faits dont l’Eglise universelle conteste l’exactitude, tandis qu’un grand nombre tendent à accréditer des doctrines dont elle conteste la moralité. Tous ou presque tous, aussi, présentent cette psychologie enfantine et cette uniformité de composition qui nous ont frappés en les lisant. L’étude intrinsèque de nos textes nous incline à croire qu’ils sont apocryphes: on n’y sent pas vibrer l’âme des martyrs.

1 Variot, Evangiles apocryphes , p. 11.

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