‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 26 sur 161 · CARACTÈRE GÉNÉRAL DES SOURCES · texte numérisé non relu

CARACTÈRE GÉNÉRAL DES SOURCES

patronage 1 ; nous lisons encore les autres, la Chronique et surtout Y Histoire ecclésiastique .

On pourrait croire que les rédacteurs ont puisé dans la faineuse traduction de Y Histoire ecclésiastique faite par Rufin 2 . Les tendances ascétiques qu’il avait rapportées d’Aquilée dans sa jeunesse, qui s’étaient fortifiées dans sa retraite de vingt ans au Mont des Oliviers, qu’il avait déployées dans ses ouvrages 3 devaient lui concilier la faveur de nos rédacteurs; d’autant qu'ils y trouvaient un tableau général des événements au milieu desquels ils devaient placer leurs récits et faire vivre leurs personnages. Il n’en fut rien cependant. Si c’est Rufin qui, le premier avec Zosime, accorde à Clément les honneurs dii martyre, il ne s’ensuit pas que les Gesta démentis en dépendent : le fait s’explique sans peine par le recours à la tradition orale 4 . D’autant que l'indépendance des deux textes apparaît clairement, lorsqu’on se rappelle les erreurs et les confusions de toute sorte qu’on a, dès longtemps, signalées dans nos gestes : la lecture de l’histoire traduite et continuée par le rival de saint Jérôme les eût épargnées à nos rédacteurs 5 .

Il est alors, semble-t-il, bien peu vraisemblable qu’ils aient voulu recourir aux Archaïon ; et les mêmes erreurs et les mêmes confusions nous contraignent de croire qu'ils n’en ont rien fait. Peut-être même serait-il imprudent, ici, d’accuser leur négligence; eussent-ils voulu consulter cette précieuse collection, ils 11e l’auraient pu sans doute. Saint Grégoire nous atteste qu’il en ignore l’existence ; il n’en a même pas entendu parler; 011 n’en a pas trouvé trace dans les bibliothèques romaines. Ce n’est pas tout; les Archaïon sont écrits en grec, et, dès le m* siècle, le grec est, à Rome, une langue savante; les erreurs signalées dans nos textes attestent à la fois que les rédacteurs 11e sont rien moins que savants et que les gestes

1 Cf. A. Dufourcq : Ve Manichaeismo apud Latinos , ... l r * partie, i or chap.

2 Nous n’avons pu nous procurer l'édition de Cacciari.

3 Ebert, tr. fr , I, 318 : « Dès qu’il s’agit de glorifier l’ascétisme... »

4 II est vraisemblable que l’évêque Ilelenus des Gesta Eugeniae vint de l’Helenus dont Ilufin nous dit la sainteté. Cf. Tillemont, H. E ., IV, 08 o. (Sur Clément, cf. Funck : Opéra patrum , app., I, xxi.) Et ce fait rend plus remarquable encore et plus significatif l’ignorance où se tiennent nos rédacteurs vis-à-vis de YHistoire ecclésiastique.

" Cf. notamment avec les Gesta Jokannis et Pauli , les chapitres xi et xxxii du 1 er livre tP. L., 21, 482 , *> 01 ). Cf. ce que dit de Possi H. S.: III, 211 : « Gli autori di leggende... non si brigarono di consultare rari fasti dei prefetti di Hoina. »

ont été vraisemblablement écrits après les persécutions, partant après le m e siècle 1 . Il est donc établi que leurs auteurs anonymes ne pouvaient consulter la grande collection d'Eusèbe, et qu'ils ne lont pas consultée.

Reste le Martyrologe attribué à l'évêque de Césarée. Il était écrit en latin. D'autre part, l’historicité d’Æmilianus et l'exactitude de la date consulaire dans les gestes de Calocère et Parthenius, l'historicité de Julius Donatus dans les gestes de Rufine et Seconde, l'exactitude du récit que donnent du martyre de Maximus les gestes de Cécile, nous invitent à penser que le rédacteur disposait d’un document authentique : le martyrologe donnait les noms des juges et la description des supplices : il est possible qu'il ait été parfois utilisé. Quoi qu'il en soit à cet égard, il est certain qu'il ne fournissait aucun autre renseignement que ne fournit déjà le férial; il est certain que les gestes ne lui ont pas emprunté, non plus qu'aux Archaion ou à Rufin, les épisodes qu’ils nous rapportent ; comme ils sont indépendants du pseudo- Jérôme, ils sont, dans leur ensemble, indépendants du pseudo-Eusèbe. Il est bien vraisemblable que c'est aux seules traditions locales qu'ils puisent, à celles qui sont attachées aux églises comprises dans l'enceinte, comme à celles qui s'épanouirent dans les sanctuaires des catacombes.

1 Les textes grecs que nous avons, et qui ont si fort troublé les critiques, ont été traduits sur les originaux latins au temps des Byzantins et, plus tard, à Saint-Alexis, A Grotta Ferrata et en Calabre.

Page 1