SAINTE CÉCILE
la dualité de ces personnages est fondée sur la dualité de leurs tombeaux qui ont été retrouvés 1 . C’est parce qu’ils ont été confondus que Cécile a été placée au temps de Sévère. Deux autres faits ont facilité, du reste, l'attribution de la sainte à cette époque: la proximité de l’église de Saint-Calliste, mort en 222, grâce auquel le souvenir des empereurs illyriens a déjà pris racine dans le quartier du Trastevere ; la confusion du Gordien 2 des gestes avec le prêteur urbain, qui devint plus tard consul en 229 et empereur sous le nom de Gordien III en 232 et qui avait été mêlé au procès intenté par l’Eglise romaine à la corporation des cabaretiers. Ces deux faits contribuèrent sans doute à affermir la croyance que Cécile était morte au début du m e siècle 3 .
La vérité, c’est qu’elle vécut et mourut sous Marc-Aurèle : la date du martyre doit être placée entre l’élévation de Commode à la dignité d’auguste et la mort du grand empereur, c’est-à-dire entre juin 177 et mars 180 : « Cette date est suggérée par une indication précieuse du martyrologe d'Adon. Le compilateur du ix e siècle termine un résumé des actes de la sainte par ces mots : Passa est beata virgo Marco Aurclio et Commodo imperatoribus . Cette phrase ne saurait être de l'invention d'Adon, car elle contredit d’autres passages de son récit. Ainsi il croit que l'évêque Urbain est le pape de ce nom, contemporain d'Alexandre Sévère. Pour être logique, il eût
1 Allard, I, 427-439. Nous nous rangeons comme lui à la solution proposée par de Kossi : R. S., I1,XXXY1I et 150. Il nous parait très difficile d'admettre qu'un contemporain de Symmaque, ayant à dater un martyr, ait préféré Marc-Aurèle et Commode à Dioclétien, Dèce ou Valérien.
2 Comme le remarque Neumann, nous n'avons aucun indice d'une inscription mentionnant Gordien à Sainte-Cécile; l’inscription aurait peut-être gêné le développement de la légende; conçoit-on une inscription n'étalant pas tous les titres du personnage? — Malgré l’avis deM Erbes, dans son très beau mémoire sur sainte Cécile, nous la plaçons à l’époque de Marc-Aurèle. Lorsque le rédacteur dit qu'elle a été ensevelie dans la chapelle papale, c'est le langage de son temps qu’il parle; et M. Erbes n'a rien à tirer du fait que cette chapelle n’a été affectée aux papes que lorsqu’on eut à ensevelir Pontien et Antcros. Il est vain, étant donné ce que nous connaissons de la grande catacornbc appienne, de prétendre que sainte Cécile n'a pu y trouver une sépulture: il est très probable que sa famille possédait là un domaine funéraire (R. S , II, 143-157). Et il est impossible d'expliquer la donnée d'Adon, si l'on ne veut pas qu’il l’ait prise dans une recension aujourd’hui perdue (Cf. Erbes: Die heilige Caecilia im Zusammenhany mit (1er Papstcrypta sowie der altesten Kirche Roms. — Z. S. fur Kirchengeschichte, IX Band. 1 Ileft. 1887, p. 1).
3 Croyance attestée aussi par YEpitome Carlhnginiensis (M. G. Chronica Minora 1, 494).
dû reporter au règne de cet empereur le martyre de la sainte. Il ne le fait pas, mais reproduit, au contraire, une formule chronologique incompatible avec cette date. Cette formule provient évidemment d’un document qu’Adon eut sous les yeux, et ce document est indépendant des Actes. » Ce qui nous autorise à y ajouter foi, c’est qu’il est en harmonie parfaite avec certains faits bien établis. Le trône occupé par 'deux empereurs, la sépulture refusée aux martyrs, la citation presque textuelle des rescrits d’Hadrien et de Marc-Aurèle 1 , ces traits réunis conviennent à la fin du règne de ce dernier souverain, tandis que, dans le cours du siècle suivant, la mention des deux rescrits par le magistrat eût été un contresens : la situation légale des chrétiens avait totalement changé.
La réalité du martyre d’une Cécile peut être déterminée avec certitude 2 . Ce qui le prouve, ce n’est pas l’emplacement du tombeau retrouvé auprès de la crypte papale, dans une area appartenant aux Caecilii; le fait lui-mcme inviterait plutôt à croire le contraire : on aurait imaginé le martyre pour expliquer la place d'honneur occupée par la sainte auprès des évêques, sans penser que ce furent les évêques qui furent ensevelis auprès de la chapelle privée des propriétaires primitifs de la catacombe. Mais cette certitude qu’infirmerait plutôt la découverte du tombeau, elle nous a été rendue par la découverte d'un cadavre. En 822, Pascal I er trouva une Cécile dans un cercueil de bois de cyprès, revêtue d’une robe tissue d’or, des linges sanglants roulés aux pieds, et la transporta lui-même dans la basilique transtibérine 3 . En 1599, pour la seconde fois, le corps fut mis au jour devant Baronius 4 et Bosio 5 : sur la robe d’or, on voyait encore les taches de sang, et la tête était à moitié détachée du tronc.
1 « Ignoras quia domini nostri invictissimi principes iusserunt ut qui non negaverint esse christianos, puniantur; qui vero negaverint, dimittantur. » Sur le rescrit d’Hadrien à Minucius Fundanus, cf. Allard, I, 239 sq.
2 Quoi que dise Neumann, p. 310.
3 L. P., Il, 56... « Aureis illud vestitum indumentis, cum corpore venerabilis sponsi Valeriani, pariterque et linteamina martiris illius sanguine plena. »
4 Baronius, Annales , 821, §12-19.
& Bosio, IHstoria passionis sanclae Caeciliae , p. 155, 170.— C’est sans doute à Prétextât qu’eut lieu l’invention des reliques par Pascal (L. I. II. 56) : il y avait donc eu peut-être une première translation de Calliste à Prétextât. — Mais comme il y eut vraisemblablement un certain nombre de Caecilia chrétiennes et plusieurs Caecilia martyres, il est très possible aussi qu’il y ait eu confu sion de cadavres.
Gestes de saint
Chrysogone.
Gestes de saint Rufus.
SAINT CITRYSOGOXE 421
« Anast mie, fille du Romain Prétextât vir illustris est ins - « truite par Chrysogone , qui a passé deux années dans la « charge de vicaire et a gagné au Christ le vicaire Ru/inus et « sa famille; il la réconforte par ses lettres lorsque son mari « Publias, avec lequel elle a cessé la vie commune, apprend « qu'elle est chrétienne et la persécute ; il dirige son zèle « charitable, lorsque, Publias étant mort, elle donne sa for - « tune aux pauvres . Survient alors la persécution de Dio - « clé tien, qui ordonne de tuer tous les chrétiens . Chryso- « gone, quil se réserve et qu'il fait conduire à Aquilée où « il se trouve, refuse la préfecture et le consulat, « dignité « de sa famille »; conduit ad aquas Gradatas, il est déca- « pité, son corps , jeté sur le rivage, est enseveli iuxta pos- « sessionem quae dicitur ad sa/ tus, où demeurent trois « vierges, Agape, Chionia et Irene, par le saint vieillard « Zoïle, dans sa demeure, sub interraneo cubiculo: celui-ci « retrouve la tête du saint et meurt à son tour après que le « Christ lui a annoncé le prochain martyre des trois vierges et « celui d' Anastasie . Chrysogone a été décapité le 23 novembre « ( sub die nono kal. decemb .) et a été enterré le 27 (sub die « quint o...) »
La légende déguise à peine l'histoire. Que Chrysogone ait été décapité à Grado, comme elle Y assure, ou bien ailleurs, il reste que c'est un saint d' Aquilée, ainsi qu’elle le raconte : le férial l’atteste. La donnée qu’elle fournit relativement à la date est exacte, à un jour près; le même document le prouve; l’inexactitude s’explique aisément par une erreur de transcription.
La romanisation un peu vague et comme diffuse de la légende s’explique aussi historiquement : il y avait à Rome, il y a encore, au Trastevere, une église de Saint-Chrvsogone ( titulus Chrysogoni), attestée à la fin du v* siècle par les signatures du concile de 499 1 Le culte du saint d’Aquiléc a été importé sans doute, dans la première moitié du v® siècle, en même temps que celui des saints de Milan, Gcrvais et Protais, auxquels la matrone Yestine élevait une église (vers 417) 2 ;
1 Duchesne, Mélanges , VII, 227.
2 Jd. 223. — Le codex Caimotensis 190 (XI1I-XIV) nous a conservé un texte distribué en trois leçons, relatif à saint Rufin. « Dioclétien ayant « entendu parler de Grisogonus », « viri inter contemporaneos clarissimi ». le
ce qui explique la donnée du férial hiérominien [codex Epternacensis), au 24 novembre :
« Rom nt crisogoni. »
De la genèse de la légende nous ne pouvons rien dire.
Tr .«li lions
iU r-es. l c pons lapideus des gestes de Simplicius et de Viatrix, le pons maior des gestes de Vibbiane, ne sont qu'un seul et même pont, semble-t-il, qu'il faut identifier avec le Ponte Rotto d'aujourd'hui 1 .
L'insula Lycaonia des gestes de Calliste, d’Eugénie, des Martyrs Grecs, de Maris et Marthe 2 , est la fameuse île du Tibre 3 , où s'élève l'église de Saint-Barthélemy ; l'expression populaire insula Lycaonia est en rapport avec des légendes aujourd'hui perdues, qui s'étaient épanouies sans doute autour des anciens temples subsistant alors'*.
« retint deux ans en prison : et , pendant ce temps , par ses paroles et par ses « lettres , Grisogone réconfortait les confesseurs. Il convertit ainsi un vicaire « Rufus , chez lequel il était détenu. Après sa mort , Dioclétien revint d'Aqui- « lie à Rome ; apprenant la conversion de Rufus. ne pouvant vaincre sa u constance, il le fit mettre à mort , IIII kal. decemb. » Les mêmes événements sont rapportés, en résumé, par Adon, à cette même date (P. L., 123 r - 405). 11 faut probablement voir dans ce vicaire Kufus, le vicaire Rufinianus de nos gestes : les Romains employaient volontiers l'un pour l'autre Rufus et Rufinianus, Kaustus, Faustinus et Faustinianus, Clementinus et Clementianus (de Rossi: Bull., 1869, 7. — R. S., III, 657). L’hypothèse est vérifiée par le codex Yintlobonensis 357, folio, 81’ : on y lit, non Rufinus, mais Rufus.
1 Kurnmer, De Urbis Romae pontibus antiquis. Schalke, 1889, p. 24. — Allard, IV, 368.
* 14 octobre 401. — P. L.,21, 1105. — /?. 5., III, 202. — 19 janvier 578.
3 Tite-Live. 11,3. — XI, sommaire. — Denys d’Ilalic., V, 13.— Suétone, Claude 25. — Cf. M. Resnier, De Insula Tibenna (à paraître).
4 On ne sait à quelle époque précisément fut ouverte l’église Saint-Nicolas in Carcere, établie dans ou près l'insula lycaonia ; elle date sans doute de l’époque byzantine. Qui sait si lycaonia ne serait pas une déformation do nicalonia't Noter que le codex Vindobonensis 357, folio 71 r -78 r , 2* colonne, quatrième ligne (bas) porte « in tiberim ante insulam nichaoniam. » — D’autre part, d’après le Breviarium Apostolorum, saint Barthélemy aurait évangélisé la Lycaonie ; est-ce que cette donnée ne serait pas la cause de la localisation du culte romain de saint Barthélemy à l'insula Lycaonia? ou ne serait-ce pas plutôt le contraire? Nous avons démontré ailleurs que le Breviarium et les Gesta Bartholomaei avaient été rédigés à Rome au début du vr siècle (De Manichaeismo apud Latinos V- VI* saecul. 2* partie, chapitre 111].
SAINTE VIBRIANF.
Gestes de sle Vibbiane.
Comme les traditions du Truste vere, les traditions chrétiennes de la ville haute 1 , localisées dans les quartiers qui s'étendent sur la lisière orientale de Rome, illustrent toutes les origines des églises qui s y sont établies : sainte Vibbiane, saint Eusèbe, sainte Praxède, sainte Potentienne, sainte Susanne.
« Pigmeniusa été le maître de Julien dans son enfance ; « Flavianus , ancien préfet , se convertit avec toute sa famille , « Dafrosa sa femme , Demetria et Vibbiane ses filles; il est « dénoncé à Julien pour avoir recherché les corps de Crispas, « Crispinianus et Benedicta , mis à mort , la nuit , dans leur « maison , ainsi que le lui ont révélé Jean et Paul ; ses biens « sont Confisqués, lui-même exilé ad A quas Tauranas , via « Claudia, au 60° mille : il meurt tranquillement le 2 des ka - « tendes de janvier . Dafrosa est confiée à un certain Faustus « son parent, qui doit la ramener au paganisme ; mais cest « lui qu'elle gagne au Christ . Faustus , traduit devant Julien , « meurt subitement en sa présence , le 6 des ides de juillet, et « est enseveli par Dafrosa dans sa maison , à lui, à côté de la « domus sanctorum iohannis et pauli peu après , elle rend « f dme à son tour, aux ides de janvier . — Julien se fait alors « présenter ses deux filles : Demetria, qui meurt de peur en « sa présence , Vibbiane , qui est confiée à une femme sacri - « lège Bu/in a. Elle ensevelit Demetria dans sa demeure, à « côté de Dafrosa sa mère, résiste aux instances de Bufina, et « est à peine soumise à la torture quelle rend J dme. Son « corps est recueilli au forum Tauri par le prêtre Jean et « est enseveli par lui dans sa maison , à côté de sa mère et « de sa sœur, dans un cubiculum, à Borne , ad caput Tauri « iuxta palati heinianum , ad formant claudiam , le 4 des
1 Ce n’est pas arbitrairement que nous groupons ensemble les traditions de la ville haute. Cette région a une physionomie distincte et une : ce sont les Monti ou les Colli ; cf. ce que dit M. Gatti, qui est désintéressé dans la question : « Quelia vasta zona, che dalla Via Yenti Settembre si estende alla Piazza Vittorio Emmanuele ed ove sono sepolti i documenti délia più arcaica civiltà ed arte latina... (Atti del sesto Congresso Storico , p. 247 ).
« noues de décembre. — Jean et Pigmenius avaient coutume « de se rencontrer dans la maison de Vibbiane . Jean est dé- « capité, sans même avoir été entendu , Voie Sa lara, devant « la statue du Soleil, au C/ivus Cucumeris ; il y est enseveli, « dans une crypte , par le prêtre Coneordius, iuxta conci/ium « martyrum, le 8 des kalendes de janvier. Quant à Pigmenius , « revenant à Borne , aveugle , après quatre ans de séjour en « Perse , il croise Julien sur la Voie Sacrée, P insulte , est jeté « dans le Tibre; son corps, recueilli par la matrone Candida , « est enseveli par elle dans une crypte du cimetière de Pontien « le 12 des kalendes de mars . Après la mort de Julien, une « parente de Flavien , appelée Olympia, recherche dans sa « demeure les corps de Dafosa, Demetria et de Vibbiane; elle « la transforme en une basilique qiéon appelle Olympina et « y demeure jusqu'au temps de l'évêque Sirice. Ici finit la pas - « s ion qu'a écrite Donatus , subdiaconus rcgionarius sanctae « se dis apostolicae. »
Il est évident que les gestes reproduisent la légende de fondation de l’église Sainte- Vibbiane, consacrée par Simplicius entre 468 et 483 V
Que cette église ait été d’abord une habitation privée, c’est ce que nous invitent à croire et l’histoire de la fondation de saint André, à la même époque 2 , et notre connaissance topographique de cette région de Rome : là s’étendaient les jardins de P. Lieinius Gallienus, désignés sous le nom de palatium licinianum 3 ; notre texte confirme du reste cette hypothèse.
Que cette église ait été consacrée au culte, avant d’être dédiée à sainte Vibbiane, c’est ce que peut indiquer le texte du Liber Pontificalis : « hic... dedicavit ... aliam basilicam intra urbe Roma », et c’est ce qui ressort du texte des gestes : la maison de Dafrose, Demetria et Bibbiana, devint la basilica Olympina.
Il est aussi facile de vérifier l’exactitude d’une autre indication topographique contenue dans les gestes. Le forum Tau ri , le caput Tau ri intra formant Claudii et Palatium Licinii 4 se
* /</., I, 249, 230, note 2.
3 Bull... Communale , 1874, p. 35. — Nibby, Ântica , II, 238.
‘ 4 Bosio, p. 584; — Aringhi, II, 124; — Jordan, II, 319.
SAINTE V1BBIANE
trouvent non loin de l'église Sainte-Vibbiane et de la porte Tiburtine 1 , tout près des propriétés de T. Statilius Taurus 2 .
Mais, en quittant ces questions de topographie locale pour aborder l'analyse de la formation légendaire, nous quittons le domaine des certitudes pour entrer dans celui des hypothèses. Aucun texte antérieur à nos gestes ne mentionne les martyrs dont ils retracent l'histoire. Le prêtre Jean est certainement le prêtre ensevelisseur des persécutions dioclétiennes ; — ce qui nous donne la date probable des martyrs. Pigmenius vient de la Voie de Porto (cf. infra ) et Flavianus, de la Voie Claudia, ad Agitas Tau ruinas ; je soupçonne fort que Faus tus n’est qu’une transformation du Faustus, qui, au temps de Symmaque, combattit seul pour l’Eglise 3 et qui dut bénéficier de la vénération qui s'attacha au pape dont il défendit la cause avec tant d'ardeur 4 . De Dafrose, Demetria et Vibbiane, l'on ne saurait rien dire.
Entrevoit-on, du moins, pourquoi ces saints ont été groupés ensemble et placés à l’époque de Julien, puisque le silence des auteurs du iv* siècle nous empêche de penser qu'ils aient effectivement souffert alors? Il est à croire que c'est la découverte de trois corps, reposant à l’intérieur de la ville comme ceux des saints Jean et Paul, qui suggéra à plusieurs que le même emplacement de sépulture s'expliquait par le même genre de mort, sous le règne du même persécuteur aux allures perfides et secrètes. L'influence des fameux martyrs du Celius est manifeste : le rédacteur de Vibbiane les avait lus, il les a sans doute corrigés (Crispus, Crispinianus et Benedicta).
Mais faut-il admettre que c’est au temps de Simplicius que furent trouvés trois corps de femme dans la basitica Olym pitia? L’hypothèse pourrait rendre compte du changement de nom du titu/us, du groupement des saints principaux, enfin de l'époque qui leur a été assignée. Elle se heurte, il est vrai, à deux difficultés : le silence du Liber Pontificalis , qui est assez
1 Cette porte était désignée au moyen âge sous le nom de Porta Taurina (Cf. Urlichs : Codex topogr ., 115, 127, 135, 141, 150).
,J Entre saint Eusèbe et la porte Tiburtine, on a trouvé un cippe délimitant les horti tauriani (Lanciani, Bul. Comm ., 1871, p. 57; — Visconti, *rf., 1875, p. 153; — dé Rossi, Bull. Comm., 1890, p. 283). Sur le cippe funéraire de Publius AElius Taurus, on avait sculpté un taureau. C. I. L., VI, 9011. — (Cf. C. 1. L., VI, 1875, les Aper). — Guasco, Musco Cajiitolino , 143.
4 Cf. infra, Gestes de Gordien.
Gestes de saint Eusèbe.
surprenant, le silence surtout du sacramentaire Léonien, qui parle, avec une si solennelle émotion, de la sépulture « intra urbem » de Jean et Paul, et ignore jusqu'aux noms de Vibbiane, Demetria et Dafrose. Néanmoins le peu de diffusion de chaque# légende 1 , la composition particulière du sacramentaire Léonien, doivent nous empêcher de conclure. Il se pourrait que la découverte des corps fût survenue seulement au temps de Symmaque ou d'Hormisdas.
« Au temps où Libère et Constance persécutaient les « catholiques partisans de Félix , un prêtre , Eusèbe, osa leur « tenir tête ; enfermé dans une étroite cellule , il y mourut .
« Grégoire et Orose , prêtres , qui étaient ses parents , Pense - « ve/irent le 19 des /calendes de septembre. Voie Appia, au « cimetière de Cal liste, à coté de saint Sixte et inscrivirent « sur sa pierre: « Eusèbe, homme de Dieu ». Pour se venger ,
« Constance enferma Grégoire dans la même cellule et P y « laissa mourir de faim ; Orose recueillit son dernier soupir « et P ensevelit à côté d' Eusèbe ; et la persécution de Cons - « tance et de Libère continua son cours . »
Rien ne confirme, rien n'infirme les données de la légende quant à l'emplacement du tombeau du prêtre Eusèbe. Celui qui est mentionné par Damase 2 et les Itinéraires 3 est le pape de ce nom, qui reposait dans une crypte, assez éloignée de la crypte papale 4 . Mais la précision du détail donné par les gestes invite à en admettre l'exactitude ; tout le monde pouvait contrôler la teneur de l’inscription que rapportait le rédacteur.
La date qu'il donne se retrouve dans le férial, suivie de ces mots : tituli conditoris . La date est donc certaine. Et il apparaît clairement que ces gestes, comme ceux que nous avons étudiés déjà, prétendent raconter l’histoire du saint, titulaire de l'église de ce nom, attestée dès 499 5 .
Quant aux détails qu’ils rapportent, ils sont empruntés à la légende de Félix et de Libère rapportée par le Liber Ponti -
1 Cf. infra , Gestes de Clément.
2 lhm, 18, p. 23.
» De Rossi, H. S , I, 180.
4 Rossi, R. S Il, 193. — L. P., 1, 167, note 3.
6 Mentionnée aussi en 593. — On a l'épitaphe d’un lecteur de l'Eglise au v\ Cf .Bull., 1882, p. 112.