SAINTE P0TENT1ENNE
Gestes des saintes Potentienne et Praxède (etdePastor).
ficalls 1 : si Libère, qui fut aussi populaire de son vivant que Félix le fut peu, prit bientôt dans l’imagination populaire la place qu’y occupait son rival, c’est que celui-ci fut peu à peu confondu avec le saint Félix de la Voie de Porto. — Mais pourquoi le souvenir de l’Eusèbe inconnu qui avait donné son nom au titulus — sans doute, parce qu’il l’avait fondé, ainsi que l’indiquent lçs analogies, ainsi que le prouve le férial, — pourquoi fut-il mêlé à ces histoires? Le plus simple est d’admettre qu’un Eusèbe était mentionné dans les traditions confuses qui couraient sur saint Félix.
« Le 'prêtre Pastor écrit à Timothée , le disciple de saint « Paul , pour savoir s il confirme la donation que Novatus , son « frère , a faite de tous ses biens à lui-même, Pastor , et à « Praxède y sœur de Pudentienne , fille de Pudens , également « disciple de Paul; ce Pudens a changé sa maison du Viens « Patricus en un titulus Pastoris, auquel Pie a joint un baptis - « tère. Timothée répond en ratifiant la donation de son « frère. — Pastor reprend alors la parole et raconte comment « les thermes de Novatus ont été changés en une seconde « église , le titulus Praxedis. »
Cette légende illustre la fondation des deux basiliques ‘ qu’elle mentionne. On peut indiquer avec certitude quels faits historiques elle représente; on peut indiquer avec vraisemblance quelles évolutions successives elle a subies.
Les. faits historiques, germes des traditions, sont le double rôle que jouèrent dans la primitive Rome chrétienne, les deux familles des Acilii Glabriones et des Cornelii Pudenies. L’œuvre des premiers se résume toute dans la fondation du cimetière de Priscille : les dernières découvertes de de Rossi ont mis hors de doute' que l’hypogée privé des Acilii a été le premier noyau de la fameuse nécropole salarienne 2 . Or, on sait qu’un Acilius Glabrio est mort chrétien sous Domitieu M , que
1 Duchesne L. P., I, CXXV, note 3.
2 Les Acilii avaient des terrains sur le Pincio (Bull, hliluto 1868, p. 119). — (But., 1889, p. 104 et sq). 11 y avait des Priscus et des Priscilla dans la gens Acilia avant le mariage de Aria Plaria Vera Priscilla avec M 9 . Acilius Glabrio consul en 186. Cf. C. I. L., XIV, 2481 (Dans un fragment de Marini concernant le Glabrio de 152, on a H«'MC1LLA AGI L1 AN A.
3 Dion, 67, 13. — Suétone, Domitien , 10.
certaines parties de la catacombe ont certainement été creusées de son vivant, qu’il a eu une femme dont nous ignorons le nom, que le nom de Priscille se rencontre chez ses descendants, dès le milieu du 11 e siècle 1 et qu’enfin il y avait, dès 58, des Priscilla chrétiennes 2 : il est donc possible que la Priscille éponyme du cimetière établi sur les terres d’Acilius Glabrio ait été sa propre femme. La Priscille dout nos gestes font la femme de Punicus, la mère de Pudens, la grand’mèro de Pudentienne et de Praxède ne serait que la transformation de ce personnage qui dut laisser une trace profonde dans l'imagination populaire, et par l’époque reculée de sa vie, et par l’importance exceptionnelle de son rôle.
L’œuvre des Corne lii Pudmtes est représentée par VEcc/esia Priscae (cf. infra) et par Y ecclesia Pudentiana . Le christianisme de cette famille est attesté dès 221 3 ; l’expression même d "ecclesia pudentiana révèle un adjectif dérivé du nom propre Pudens : notre connaissance des premiers temps du christianisme à Rome explique cette constatation philologique : les premières églises urbaines étaient-elles autre chose qu’une salle de réunion dans la maison d’un riche chrétien? V ecclesia pudentiana était l’église installée dans la maison des Pudentes. De quelle époque date la conversion de cette famille? La mention d’un Pudens dans les épîtres de saint Paul 4 ne suffit pas à la placer avec certitude au t T siècle : elle est très vraisemblablement du second au plus tard.
Quant à l’union de ces deux familles, elle n’est pas démontrée en fait. Elle était rendue possible par la communauté de croyance qui les rapprochait ; elle est rendue probable par 1 équivalence de Prisca = Priscilla 5 , par l’existence d’une Prisca chez les Pudentes 6 et d’une Priscilla 1 chez les Acilii, par
Ï G. I. L., XIV, 2484. — De Rossi, Bul., 188», p. 119.
2 Saint Paul, Rom., XVI, 3. — 1 Corinth., XVI, 19. — II, Tim., IV, 19.
a L’épitaphe d’une CORNELIA PVDENTIANA a été trouvée à Saint-Calliste, R. S ., 1,312. — Diplôme de Marius Pudens Cornelianus, consul en 222, trouvé à Sainte-Prisca, Bul ., 1867, 46.
4 Saint Paul, Il Timothée, IV, 21.
6 Saint Paul, Rom., XVI, 3. — I Corinth., XVI, 19. — II Tim., IV, 19. — Actes, XVIII, 2, 26.
6 La plaque de bronze mentionnant Manius Pudens Cornelianus a été trouvée dans la maison de Prisca, sur l’Aventin. Bull., 1867, p. 46.
7 ACILIA PRISCILLA, C. F: trouvé sur un sarcophage à Priscille. Bull., 1889, p. 118, fille de Aria Plaria Vera Priscilla, femme de Manius Aciiius Glabrio, consul 11 um en 186.