SAINT CYRIAQUE
Légende
de
: extus Sestius.
C’est encore une légende de fondation d’église. Celle-ci est bien connue : le titulus Cyriaci est mentionné dès 499 ; il est détruit dans le cours du xv c siècle; lors de la construction du palais des Finances, on en retrouve les fondations « Via di Porta Pia 1 ».
Les thermes de Dioclétien, dont on voit encore les ruines énormes entre le Grand-Hôtel et la Gare Centrale, sur le Viminal, ont été construits au début du iv c siècle : on ne saurait dire à quelle date exactement 2 .
L'histoire elle-môme est très obscure. L’époque à laquelle on place Cyriaque ne soulève aucune objection; l’ensevelissement Voie Salara est très douteux étant attesté, non par les Itinéraires, mais seulement par Pierre Mallius au xn e siècle ; la date de sa très douteuse translation ou celle de sa mort est confirmée par le férial : h L’association de Cyriaque à Largus et Smaragdus, k Menunia et Juliana, est également confirmée par ce même texte. Mais c’est tout ce que l'on peut dire : l’histoire du voyage de Perse et do la guérison de Jobia parait absolument légendaire; elle rappelle non pas le voyage d’Abercius 4 , mais les aventures de Pigmenius, le maître de Julien 5 .
1 Armellini, le Chiese di Borna, p. 189.
2 C. I. L., VI, 1130. — Bull . Communale , 1872, p. 66 ; 1886, p. 194; 1888, p. 36; 189.7, p. 301.
3 La localisation de Cyriaque sur la Voie d’Ostie est également mentionnée à l’époque d’Ilonorius (623-638) par le L. P., 1, 324; mais notre texte est antérieur. Peut-être la légende de Cyriaque Sextus Sestius a-t-elle rapport à la fondation de l’église.
4 À. Harnack, Abercius und Cyriacus , Séria Harteliana , Wien, 1896, p. 142, 444.
5 Nous avons une autre légende de Cyriaque. La voici ( Analecta Boll ., II, 247) : « Se.rlus Sestius , fils de Quintus Se.it us, grand personnage de Toscane , <t lui-même esprit fort distingué , fait ses premières armes sous Thrason , « magister militum, déjà gagné au christianisme. Après huit ans et dix mois « de service , l'immoralité du paganisme lui répugne; il se trouve qu'il entre « un jour dans le temple de Mars , que ses doutes habituels lui reviennent à € l'esprit et que , la nuit suivante , un songe lui apprend que , le lendemain, il « trouvera le Christ. Gaius est prévenu miraculeusement de lui donner au « baptême le nom de Cyriaque , qui , au dire de Marcellin, veut dire en « syriaque, le philosophe. Sur quoi , Sestius entend le lendemain le prêtre « Jean lire l'Evangile ; il est touché de la grâce et va trouver Thrason : celui-ci, « par ses aulici Sisinnius , Smaragdus et Largus informe Gaius, qui baptise « Sestius du nom de Cyriaque. Il devait être martyrisé dans la persécution de « Dioclétien. »
Le texte est postérieur à 597 : il parle quelque part de la septième année de pontificat de Grégoire I #r , 590-604. II n’est qu’une reprise et un développe-
Ce ne sont pas les souvenirs chrétiens qui manquent sur les collines qui s’élèvent, ni dans les quartiers qui s’étendent au cœur même de Rome : ils y sont plus nombreux peut-être que sur le pourtour de la ville: mais leur physionomie est toute différente. Tandis que là, nous l’avons vu, chaque tradition monumentale a servi comme de noyau à plusieurs autres, dispersées un peu partout, se les est, si j'ose dire, agrégées, de telle sorte que, ce qui fait l’imité interne du récit, comme ce qui en a constitué le noyau primitif, c’est l’édifice et que, à chaque basilique, peut-on dire, correspond une légende, celle qu’elle a fait naître; — ici, tout au contraire, on constate que plusieurs traditions sont attachées à un seul et même édifice et que ces traditions monumentales, loin d’en grouper d’autres autour d’elles, se sont elles-mêmes laissé attirer par d’autres, de telle sorte qu’elles constituent, non le fond d’une seule légende, mais des épisodes secondaires de plusieurs.
Et le fait s’explique sans peine. Au cœur de la ville, il n'v a pas une église, pas un grand centre chrétien, pas de grande légende par conséquent ; les édifices païens s’v pressent, palais, temples, places publiques, où les chrétiens étaient traînés pour sacrifier aux idoles ou périr dans les tourments: les souvenirs accessoires devaient donc seuls s’v trouver attachés et fournir les détails qui enrichissent et précisent les traditions. Il est donc intéressant de noter que le même fait qui a déterminé la répartition topographique des premières églises romaines — je veux dire la force de résistance du paganisme
ment de la légende rapportée plus haut : les mêmes personnages se retrouvent dans les deux textes. Le rédacteur du vu* (?) siècle connaît et utilise le Liber Pontificalis *. La localisation du temple de Mars est, sans nul doute, fantaisiste: les gestes de Marcel et d’Anthimc l'ignorent; enfin la célébrité du temple de Mars était telle qu’il n’y a rien d’étonnant à ce qu’un rédacteur l’ait introduit dans son œuvre.
* Notices de Gaius, de Marcellin et de Marcel mises à contribution. Analecta, II, 254. — Un autre texte écrit a dû aussi être utilisé : cf. p. 25(» (VI* leçon) : « ... Sicut scriptura testatur »,