‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 37 sur 161 · LE CAPITOLE · texte numérisé non relu

LE CAPITOLE

Traditions

Capitolines.

national dans les quartiers centraux 1 — a déterminé par làmême la physionomie différente des traditions urbaines, suivant qu’elles ont germé au cœur de la ville ou sur le pourtour. On l’a déjà vu pour celles-ci, on va s’en convaincre pour celles-là, qu'elles se soient groupées au Capitole, au Palatin, à l’amphithéâtre ou dans le quartier des Nova fora Caesarum .

La double colline du Capitole avec le temple de Jupiter et la citadelle apparaissait nettement comme la double forteresse qui défendait le paganisme national et contre la puissance des idées et contre la puissance des armes. Aussi figure-t-il comme la montagne sainte, symbole du culte des dieux, dans les gestes d’Alexandre 2 , ceux d’Anastasie 3 , ceux de Jean et Paul 4 , ceux de Restitutus \ ceux de Pontius 0 , et, plus tard, dans ceux d’Aurelianus 7 . Dans les gestes des Martyrs Grecs, la valeur symbolique en est plus d’une fois nettement exprimée. « Capitolium deseritur , dit Maximus à Valérien, et omnis cnltura templorum desolatar. » Aussi Decius dit-il : « Jubé mus omnes a cultura Capitolii non recedere » ; aussi les chrétiens, quand ils envisagent l’avenir et escomptent leur triomphe final, parlent-ils expressément de la chute du Capitole : « haec quam videmus Capitolii fabrica cum omnibus destrueltir s . »

Mais c’est surtout dans les gestes de Calliste que le symbolisme du Capitole apparaît plus vivement encore ; il n’influe pas seulement sur l’expression de la pensée ; il détermine encore la conception delà légende. La partie sud du Capitole est incendiée ; la main dorée du Jupiter Capitolin se liquéfie tout d’un coup; l’autel lui-même est dévoré par le feu 9 . C’est au Capitole que le Dieu chrétien a frappé le Dieu païen ; c’est donc au Capitole que celui-ci doit prendre sa revanche : tous

1 Duchesne : Les titres presbytéraux et les diaconies ( Mélanges , VII, 217).

* 3 mai, 376, § 7.

« 28 octobre, 513.

* 25 juin, 33, 138.

'• 29 mai, 10.

6 Baluze, Mise., I, 29, 75.

7 22 mai, 129. 1

» De Rossi, R. S., III, 203.

9 Après l’incendie de 69, et la reconstruction de Domitien, nous ne connaissons aucun autre incendie du Capitole,

Traditions

Palatines.

les Romains reçoivent Tordre de s y rendre pour y sacrifier, le jour de Mercure ; mais c’est au Capitole que le Dieu chrétien, défié, affirme à son tour sa supériorité et sa toute-puissance : au moment où, sous le couteau des sacrificateurs, le sang des victimes coule à flots, une vierge du temple nommée Julienne est tout d’un coup saisie par le diable et le persécuteur, Palmatius, court chez Urbain demander le baptême.

Au pied de la colline, la Cnstodia Mamertina , jadis Tu/lianus Carcer { avait reçu après Jugurtha, après Vercingétorix, nombre de chrétiens parmi ceux qui n’étaient pas gardés en cnstodia privata . Aussi la voit-on mentionnée dans les gestes de Processus 2 , ceux de Calliste 3 , ceux des Martyrs Grecs 4 , ceux d’Etienne 5 , de Laurent 6 , de Chrysanthe 7 , de Marcel 8 et d’Abundius 9 . — Au bas de l’autre pente, passait la Cloaca Maxima: c’est elle, sans doute, qui est mentionnée dans les gestes de Sébastien 10 , comme l’égout où le corps du saint fut jeté et recueilli par Lucine ; c’est peut être à elle aussi, que les gestes de Laurent 11 font allusion, à propos du cloacarius Irénée.

L’importance politique du Palatin durant la période impériale explique qu’il soit mentionné si souvent dans les gestes des martyrs, soit que les événements rapportés par les rédacteurs l’aient eu réellement pour théâtre, soit que son rôle historique se soit comme doublé d’un rôle purement légendaire. Il est cité dans les gestes Je Processus, ceux de Symphorose, d’Eleuthère, de Montanus, de Sophia, de Martina, de Prisca, de Genes, de Sébastien, de Marcel, de Pancrace 12 , de Vibbiane et de Léopard. Les gestes de Laurent nous parlent du palais do Tibère, ceux de Processus du Septizonium des Sévères,

1 Cité sous ce nom dans l'édition bollandiste des Gestes de Chrysanthe et Darie.

2 2 juillet, 267.

3 14 octobre, 401.

4 De Rossi, R. S., III, 201.

5 2 août, 113.

6 Surius, IV, 607.

7 25 octobre, 437.

8 16 janvier, 367.

9 16 septembre, 293.

10 20 janvier, 621. — Les Mirabilia confirment cette hypothèse.

11 Surius, IV, 607.

12 Texte de Namur; Analecla, X, 52.

LE PALATIN

( La légende de sainte Anastasie.

(Gestes de saint Chrysogone).

ceux de Martina du célèbre temple d’Apollon détruit en 363 ! . Mais c’est surtout dans les gestes de Sébastien qu’il occupe une place importante : et comment pourrait-on s’en montrer surpris puisque Sébastien est présenté comme chef de cohorte et ami personnel de l’Empereur? Le temple d'Elagabal qu’on y trouve cité est celui que mentionne Lampride 2 ; V hippodrome où il fut martyrisé doit être peut-être cherché dans le stade de Domitien : celui-ci , par sa disposition, éveille l’idée de ces jardins de luxe, que Pline appelle hippodromi dans la longue lettre où il nous énumère les beautés de sa villa 3 . C’est sur la colline même où l’Empereur avait sa résidence que devait demeurer et souffrir celui qui avait été son ami.

Il faut faire une place à part, dans cette revue des traditions palatines, à celles qui nous sont parvenues dans les gestes de Chrysogone et les gestes de Damase : contrairement aux autres, chacune d’elles s’est en quelque sorte incarnée dans une seule légende, tout comme les traditions de la Ville Haute ou celles de Trastevere : l’anomalie s’explique par l’époque tardive de leur formation.

Les clercs qui desservaient la petite église de Sainte-Anastasie, au pied de la colline impériale, racontaient la suite de l’histoire de saint Chrysogone. « Après la mort de celui-ci, « leur sainte était venue d'Aquilée à Sirmium pour visiter « les confesseurs ; saisie par les païens elle avait résisté à « Probus , elle avait sauvé par ses prières le navire oit on « Pavait jetée — il faisait eau de toute part — et finalement , « avait été décapitée, sous Dioclétien , aux îles Palmaria , le « 8 des calendes de janvier, après avoir assisté au supplice « des trois sœurs Agapè . Irène et Chionia,de Thessalonique, « quelle avait enterrées, et de la vénérable Théodote marty - « risée à Nicée de Bithynie le 4 des nones: son crime était « d'avoir refusé d'épouser Ulpien, prêtre du Capitole à Rome, « et d’avoir refusé de même de sacrifier aux dieux . Son corps « fut déposé dans la basilique construite dans la maison « d'Apollonie lel des ides de septembre . »

1 Ammien Marcellin, XXUI, 3.

* Lampride, Heliogabal. Nibby, Ant., 1,155.

3 Pline, Ep. V, 6: <i A capite porticus triclinium excurrit: valuis xystum desinentem et protinus pratum multumque ruris uidet, fenestris hac latus xysti et quod prosilit uillae bac adiacentis hippodromi nemus comasque

Quoique la légende place à Rome une partie de ses aventures, on sait 1 que sainte Anastasie n’est pas une martyre de Rome, mais de Sirmium, dont le culte fut importé à Constantinople sous le patriarcat de Gennadius, entre 458 et 471 2 . Comment donc la légende romanise-t-elle une partie de l’histoire ?

Les origines de l'église nous l'expliquent. Elle avait été fondée par une dame romaine nommée Anastasie : la preuve en est qu'elle en portait le nom, comme l’attestent trois signatures du concile de 499. Qui était cette Anastasie, et à quelle date fonda-t-elle l'église? Ce n'est pas la femme de Marinianus, rir il ht s ter 3 , consul en 423, et ce n'est pas au début du v a siècle: la basilique est attestée dès l'époque de Damase 4 ; il faut donc admettre que c'est une Anastasie mère, ou plutôt grand-mère 5 de la femme de Marinianus qui a fondé la basilique. Comme elle portait le même nom que la sainte de Sirmium, vénérée à Constantinople, on s’explique sans peine que le culte de celle-ci se soit implanté dans le tiluhis de celle-là et qu'elles aient été bientôt confondues 6 . Le rédacteur aura introduit Apollonia au moment où la confusion commençait de se faire, afin de l'accélérer.

Les autres éléments de la légende sont extra-romains au même titre que l’épisode central : Théodote vient de Nicée 7 ,

prospectât... In summ a cryptoporticu cubiculum ex ipsa cryptoporticu excisiim, quod hippodromum vineas montes intuetur... Ilinc oritur diaeta quae villae hippodromum adnectit (éd. Keil, p. 93-04). Cf. Marx: Das sogenannte Sladium axif dem Palatin ( Jahrbuch d. K. 1>. Instituts , 1891, 201). — Deglane, Mélanges , 1889, p. 203. Hülsen: Rumische Mittheil , 1893, p. 277.

1 Duchesne, Mélanges* 1887, p. 387 et 402.

* Théodore le lecteur, II, 63.

3 De Rossi, 1ns. Chr ., Il, p. 53; — L P., I, CXXVI1.

4 On a l’épitaphe d’un lecteur de l’église DE BELABRV : or sainte Anastasie est la seule église du Yelabre; et elle est certainement antérieure à Damase, car, passé ce pape, les églises sont désignées, non plus par le nom du quartier, mais par celui de leur fondateur. Cf. Duchesne, op. cil.

b On sait que, chez les femmes, les noms se transmettaient le plus souvent de grand’mère à petite-fille.

6 Les signatures du concile de 593 donnent titulus sanclae Anastasiae, non plus titulus Anastasiae, comme en 499. — L’église romaine de sainte Apollonie n’a été construite qu'en 1582 [Armellini : Chiese , p. 690].

7 Ou de Césarée. Cf. F. H., XV Kal. Dec. Cf. infrà. — Le Codex Parisinus 11733 (XII s.), nous a conservé une autre légende, en latin, que reproduisent aussi, en grec, un assez grand nombre de manuscrits : elle est éditée dans les Acta Sanctorum, au 28 octobre. En voici la substance:

La légende « Au temps de Dioclétien et de Valérien , son consul , on dénonce aux auto d' Anastasie « rites un monastère de sainte Sophie situé près de Rome , où demeurent avec Romaine. » l'abhesse Sophie , les Yiei'ges Athanasia , Theoctistis , Theodotis et Anastasia }

LE PALATIN

La légende de saint Césaire.

(Gestes de saint Damase).

les trois sœurs martyres de Thessalonique, connue Chrysogone vient d’Aquilée.

L’oratoire de Saint Césaire sur le Palatin n'eut pas moins d’influence que le titulus Anastasiae sur certaines traditions martyrologiques. Il est certain, quoi qu’on en ait dit 1 , qu’il se trouvait sur la colline même, dans une dépendance du palais 2 ; il est non moins certain qu’il a été la cause première de tout un mouvement légendaire.

On lit dans les gestes de saint Damase 3 que « Valentinien « son grand ami , épousa sur son conseil la fille de Théodose , « Eudoxie , la fondatrice du titulus sancti Pétri ad Vincula. Il a en eut deux filles , Eudoxie , T aînée, qui mourut jeune, et « dalla la cadette : celle-ci , furieuse de voir son père lui « prendre le jardin où elle avait coutume de jouer pour le « donner à Damase , qui voulait y construire une basilique à « saint Laurent , s'attaqua aux fondations de la nouvelle « église . Damase la reprit avec bonté ; T enfant continua, et « Dieu, pour la punir, permit qu'elle fut possédée du diable . « Ses parents affligés T envoyèrent au sanctuaire d'Isidore « de Chios , célèbre par les guérisons qu'il opérait chaque

« Probus envoie un tribun avec des agents de police: comme ils an % ivent y « Athanasia , Theodoiis et Theoctistis, réussissent à se sauver ; Sophie recom- « mande à Anastasie qui a vingt ans , et quelle a recueillie il y a trois ans , 4 d'être digne des leçons quelle lui a données. Conduite à Rome , interrogée « par Probus , Anastasie lui résiste : déshabillée , torturée , elle raille ses per- 4 sécuteurs ; si elle défaille deux fois , elle est reconfortée par un certain 4 Cyrille , qui est secrètement chrétien et qui est décapité ; elle est décapitée « elle-même hors de la ville. Sophie , avertie par un songe , va chercher son 4 corps et l'ensevelit ».

C’est sainte Anastasie vénérée à Rome qui est évidemment visée ; c’est un rédacteur étranger à Rome qui parle d'un monastère de sainte Sophie aux environs de Rome; c’est à Constantinople, où l’on connaissait très bien le culte romain de la sainte, que fut vraisemblablement rédigée cette légende, peut-être au vu* siècle. Le texte grec est certainement le texte original : le jeu de mot suivant l’atteste: « Quare anastasia es vocata? Ilia responditquia statuit me dominus, » « ô Ôe Trptfêo;. Tt <xoi ovopa; irpwrov avtf,v fjpexo. Ka't Y) paptv;, *Ava<TTa<rca xa)>oû pou, çyjac. Kai rpi pt 6 KOpio;... (28 oct-

obre, 522).

1 Lanciani, Forma lirbis Romae, pl. 29.

2 Jean Diacre: Vita Gregoni Magni, IV, 20. — Duchesne, Rul. Crit. (1885),

VI, 417 ; L. P., I, 377 Mélanges , 1897. p. 25, note 2.

3 1 nov. 126. — Le texte complet: Vita et actus beati Damasi papae (inc: quia scriptum est quos praedestinavit... ; expl: ad vitem christi reuocabat) est imprimé (pp. 33-38) dans les S. Damasi opéra quae exlant et uita ex codicibus ms... Sarrazani (Romae. Typis Vaticanis, 1639, in-12). — Le second texte de S. est postérieur, puisqu’il mentionne Hadrien 1 et Étienne IX (p. 60) à celui dont nous nous sommes servi : dans celui-ci, on trouve le jnot cardinales ,

« jour. Passant par Ter racine , où P accueillit l'évêque « Félix , G alla fut conduite au tombeau de saint Césaire « qui la délivra. Les Augustes accourent , transportés de « bonheur; ils font transporter à Rome les reliques du saint , « et Damase les ensevelit à l'intérieur du Palatin, sons « l'autel. »

Dans ce court récit, on relève ail moins cinq erreurs : 1° des deux Valentiniens (364-375 et 375-392) contemporains de Damase 366-384), aucun n'a épousé la fille d’un Théodose ; 2° la Galla, fille de Valentinien I er , a pour sœur, non Eudoxie mais Grata ou Justa, pour mère non Eudoxie, mais Justina; 3° Valentinien III a bien épousé une Eudoxie, fille d’un Théodose, mais il n’est pas contemporain de Damase, mort en 384, car il règne de 423 à 455; 4° les filles de Valentinien III et d'Eudoxie sont, non pas Eudoxie et Galla, mais Eudoxie et Placidia ; 5° Eudoxie ne mourut pas du vivant de son père, mais lui survécut et épousa Hunéric 1 .

Quels faits historiques se cachent sous ces inexactitudes et ces erreurs? La tradition atteste deux faits : 1° la construction d’une basilique dédiée à saint Laurent par un pape, ami d’un Valentinien. Or, le Liber pond ficalis nous apprend que Sixte III, grand ami de Valentinien III, qui l’avait consulté sur son mariage, éleva, en effet, une basilique à saint Laurent. C’est évidemment le souvenir de ce fait, qui se retrouve déformé dans les Actes de Damase 2 .

2° La localisation du culte de Césaire au Palatin. Césaire, saint terracinais, dont nous étudierons plus loin la légende, était fêté le 21 avril, le férial l’atteste. Mais le 21 avril est précisément l'anniversaire de la fondation de Rome; d’autre part, la racine même du nom Kat^apts; semblait le prédestiner à devenir le protecteur des Césars et le patron des Impériaux ; si l’on ajoute qu’il y avait un Kataaptc; déjà vénéré dans l'empire byzantin, on comprendra sans peine que les Grecs, lorsqu’ils s'établirent à Rome et installèrent sur le Palatin le centre du gouvernement nouveau, aient dédié un oratoire au saint martyr, qui, par la date de sa fête, apparaissait comme le patron do Rome, et, par la signification de son nom, comme le patron des Césars de Byzance.

1 Cf. Les textes cités par le P. Van-Hoof, l* r novembre, p. 90.

2 On verra plus loin comment s’explique la déformation du souvenir.

LE PALATIN

Le culte de Césaire installé au Palatin suggéra l’idée que le corps du saint y reposait. — Mais Césaire était enterré et vénéré à Terracine. — Il était donc nécessaire que naquit un jour une légende de translation 1 ; c’est cette légende que nous avons rencontrée dans les actes de saint Damase.

Voici comme on peut en décrire la genèse. La famille des Valentiniens avait laissé après elle un solide renom de piété ; les deux premiers n’avaient-ils pas été grands amis de Damase ; le troisième n'avait-il pas eu souvent recours aux conseils de Sixte III ; n'était-ce pas Théodose enfin qui avait commencé la basilique de Saint Paul, et Eudoxie celle de Saint Pierre aux Liens? Quoi de plus naturel que d'attribuer à un personnage d'une aussi pieuse famille la translation de saintes reliques?

Pareillement, c’était à une Galla que l’on devait tout naturellement songer en l'occurrence. Au temps où la tradition se forma, vivait une Galla, fille du patrice Symmaque qui passait partout pour une sainte. Saint Grégoire le Grand* 2 disait tenir de personnes graves, qui l’avaient connue, qu’elle avait été visitée par saint Pierre lui-môme et par lui-même conduite au ciel; on racontait au même moment que, le 17 juillet 533, sous le pontificat de Jean II, une lueur lui était apparue, que le pape était accouru aussitôt se mettre en prières : Statirn , duo seraphim in Mo splendore appamerimt te ne n tes manibm suis venerabilem imaginent Deiparae Virginis Marine , quant ipsi paulatim descendentes in manibus ipsius pontificis posuerunt , les cloches se mirent à sonner et une peste qui sévissait cessa ; en reconnaissance de quoi, une église fut établie dans la maison de Galla 3 . — La renommée de cette Galla attirait l’attention sur ce nom lui-même et l'entourait d’une atmosphère de vénération pieuse : la sainteté de la fille de Symmaque devait réagir sur les Galla antérieures.

Or, il y avait précisément dans la famille des Valentiniens un personnage qui prenait dans l'histoire populaire le nom de Galla : c’était Placidia, fille de Valentinien III. Son

1 11 est très possible qu'une memoria ait été réellement déposée dans la chapelle : la légende aurait amplifié seulement le fait.

2 Dialog IV, 13. (PL. 77, 340). — 5 octobre, 162.

Codex Yallicellanus , B. 50, num. 54. Le Codex Reg. Sue. Chr. 5, donne une vie de sainte Galla, avec la préface Omnia quae a sanctis... (4. ss. add. ad 1 febr. I, 939).

ANALYSE CtUtlQUË DES tRADltlONft ROMAINES

nom se transformait naturellement: sous l'influence de la renommée qu'avait laissée sa grand’mère, la célèbre Galla Placidia de Ravenne, la fille de ïhéodose I er , la sœur d’Honorius, la femme d’Ataulph, puis do Constantius; sous l'influence, ensuite, du souvenir qu’on avait gardé de son arrière grand’mèrc Galla, la fille de Valentinien I er , la femme de Théodose I er , la mère de Galla Placidia. C’est cette Galla qui fut contemporaine de Damase : on s’explique ainsi que Sixte III ait été transformé en Damase et que saint Laurent de la catacombe ait été confondu avec saint Laurent in Damaso.

3. La vallée comprise entre le Capitole et le Palatin, qui allait,

Les traditions s’élargissant en éventail vers l’Esquilin, le Yiminal et le Quirides U fom na l’ embrassait le Forum 1 et était couverte de quelques-uns Sova des plus célèbres monuments de la ville 2 : aussi en trouve- Caesarum. rons-nous beaucoup qui sont mentionnés dans les gestes.

Un amphithéâtre est souvent cité par eux. Nul doute que ce soit non Y amphitheatntm Castrense , dans une situation trop excentrique et toujours désigné sous son nom complet, mais T uni phi théâtre Flavien — le Colisée d'aujourd'hui — près duquel on pouvait voir le Colosse Doré, la statue du Soleil, la Pierre Scélérate et la Meta Sudans. L’amphithéâtre est mentionné dans les gestes de Prisca, de Martina, d’Elcuthère, d Eusèbe et Pontien et de Laurent, — ces derniers sont les seuls qui y placent la mort d’un martyr 3 . — Ceux des Martyrs Grecs, comme ceux d’Eusèbe et Pontien parlent de la Pet ra Scélérat a ad lac um postons , iuxta amphitheatrnm. Qu’est-ce au juste que ce lac us pastoris? Celui peut-être qui est mentionné dans Publius Victor' 1 et d’où dérivait un surnom de la basilique du Vie us Long us; peut-être faut-il y voir

1 Sur les traditions chrétiennes du Forum, cf. L. Duchesne : le Forum chrétien (Rome, Cuggiani, 1899, in-18).

2 Sur les traditions chrétiennes attachées à ces monuments, cf. II. Delehaye : L'Amphithéâtre Flavien et ses environs , dans les textes hagiographiques ( Ana lecta , 1897, 209).

3 31 juillet 138. « Cum percussi fuissent (Abdon et Sennen in amphitheatro), (gladiatores) ligaverunt pedes eorum ex iussu Valeriani et traxerunt et iactaverunt eos ante simulacrum solis. » Martyrs exécutés près du Colisée : Symphronius, Olympius, Exuperia, Theodulus (gestes d’Etienne).

4 P. L., 18, 439. — Cf., le lacus Pastorum de la Notitia reg ., IV (Jordan., II, 119, 515). — L. P., I, 221 : « in vicum longum, quae cognominatur ad lacum. » Cf. Delehaye, loc. cit. s p. 230.

Le te si plu m telle ki s

un souvenir de l’étang de Néron, qui se trouvait à l'endroit du Colisée 1 . — Qu'est-ce que cette Petra Scelerata? C'est sans doute une pierre qu'on remarquait en raison de sa singularité, près de Y Archirium praefecturae Urbis 2 . — La statue du Soleil 3 citée par les gestes d'Etienne et ceux de Laurent, la Meta S il dans • mentionnée dans ceux de Restitutus sont bien connus de môme : celle-ci était une magnifique fontaine établie par Domitien, dont on voit encore le noyau central, au bas de la Vélie, à gauche de Tare de Constantin; celle-là était une statue de Néron en dieu du Soleil, haute de 36 mètres, toute en bronze doré et avec des rayons : c’était l'œuvre de Zénodore ; elle avait été érigée sur une grande base carrée en maçonnerie (dont on voit encore les ruines à gauche de la Meta Sudans) au moment où Néron construisait la Maison Dorée, après l’incendie de Rome, en 64.

Non loin de cette Maison Dorée, dont aucune légende ne fait mention, s'élevaient les thermes de Trajan, cités par les Gestes des IV Couronnés et que nous font très bien connaître Pausanias 5 et Dion Çassius 0 . — Le temple d'Eseulape qui apparaît dans le môme texte, nous est, au contraire, entièrement inconnu : néanmoins, il ne saurait être rejeté comme imaginaire, d’autant plus qu'un détail très particulier, très vraisemblable, nous invite à croire que le rédacteur raconte ce qu'il a vu : il parle des curae... in praeconias aenas cum charac leribus , allusion transparente aux tablettes votives en bronze avec des inscriptions qui racontent la guérison obtenue 7 .

En avant de ce temple et de ces thermes, se dressait le fameux temple de la Terre, templum Te lia ris, ou in Tellure très fréquemment mentionné dans les gestes. Il apparaît dans

1 Martial, Ep., II. Le Forum Boarium était parfois désigné sous le nom de lacus ( Eth . in Cosm., cité par Bosio., XVI, 119).

2 Jordan., 11, 119 ; — Martinelli, p. 39. Dans les cryptes vaticanes, on croit la conserver (25 août 118, note b. b). — Cf. Delehaye, loc. cit., 230-231.

2 2 août 139-144. — Surius, IV, 607, ou 31 juillet, 137-138. — Delehaye, loc. cit., 228-230. Cette statue existait encore sans doute, à l’époque ostrogothique.

4 29 mai 10.

6 Pausanias, V, 12, 4.

6 Dion., 69, 4. — Cf. Chronoyr , 354, p. 146, M. — C. 1. L., VI, 1670, 8677. Jordan., 11, 524. — Lanciani, Lincei, 1, 484. — Hülsen., Rom. Mitlh ., 1892, 302.

7 Jordan., Comm. in honov. Th. Mommsenii , p. 356. — De Bossi, Bull., 1879, p. 59. — Sur les termes de Trajan, cf. Gatti : Atti del 6° Cotujresso Storico , p. 253.

ceux (TEusèbc et Pontien ceux d'Etienne 2 , ceux de Laurent 3 , de Calocère 4 , de Maris 5 , de Marcel 6 ; il est très souvent place à côté d'un templum Palladis comme dans les gestes des Martyrs Grecs 7 , de Cornélius 8 , d'Abundius 9 et de Gordien 10 . On l’a placé longtemps près du temple élevé par Domitien à Pallas, sur le forum auquel Nerva devait donner son nom 11 , à l'endroit où se trouvent aujourd'hui les Colonacce. D'autres voulaient le voir, non loin de là, à la Torre dei Conti, élevée en 1203 par Innocent III sur les murs d'une cella rectangulaire encore visible alors 12 . Il semble qu'il faille le situer définitivement, toujours dans le même brillant quartier des Carines, mais plus près de Saint-Pierre-aux-Liens et du Portique Tellurensis, de la Via délia Polveriera, à l'endroit où s’élevait l'église de San-Salvador dont les ruines ont été découvertes, puis détruites dans l'été de 1891 lors des travaux entrepris pour l'ouverture de la rue Cavour : on y avait trouvé, au xvi* siècle, les débris d'un temple magnifique sur lesquels se lisait le mot Telluris 13 .

Le temple de la Paix ni le forum de Nerva ne sont cités dans nos textes, mais le forum d’Auguste y apparaît une fois, dans les gestes de Félicité 14 , sous son nom populaire de forum Martis Vo . — Le Forum de Trajan est deux fois mentionné dans les Gestes des Martyrs Grecs 16 , et dans ceux de Gordien l7 ,

1 25 août 51 i.

' l 2 août 144, d.

a Surius IV, 607.

4 19 mai 300.

6 19 janvier 578.

« 16 janvier g 4, 18, 21.

7 De Rossi R. S . 111, 201,

8 Schelstrate Anliq. Eccl ., 1, 187.

9 16 septembre 293.

10 10 mai 349.

11 Plan de Palladio. Jordan., II, 488. — Un des fragments du plan de Sévère porte TELL.

12 Nibby Ant., 1, 716. — Visconti, Bull. comin. , 1887, 248. — Lanciani, id.

13 Codex ligor. paris., 1119; f* 307, cité par Lanciani, Bull, comm 1892, p. 32. — Cf. Hülsen, RÔm. Mittheil , 1893, p. 299, sq. — Delehaye, loc. cit ., 232 et 248.

14 Doulcet, Mémoire p. 188.

16 Cf. templum Martis dans les gestes de Cornélius, le campus Martis , dans les gestes de Cyriaque.

17 10 mai 549.

SAINT JEAN ET SAINT PAUL

le temple de Serapis dans ceux de Félix et d'Adauctus 1 . Le Circus Flamineus apparaît de même dans les Gestes des Martyrs Grecs 2 et dans ceux de Marcel 3 , le Circus Agonalis dans ceux d'Eusèbe et Pontien 4 .

Les traditions chrétiennes attachées au Celius se sontagglo- ' mérées en quatre grandes légendes qui prétendent toutes raconter l'origine des quatre basiliques construites sur ses pentes, S. S. Jean et Paul qui en couronne la crête vis-à-vis du Palatin, tandis que les Quatre Couronnés, S. Clément, S. S. Pierre et Marcellin regardent TEsquilin, celui-ci du haut de la colline, ceux-là, dans le creux de la vallée.

1. « Gallican , général de T armée romaine , après avoir vaincu

des^ 163 <( ^ es î* erses i envahisseurs de la Syrie , demande à Constantin

Jean et Paul. (< Auguste la main de Constantina sa fille , au moment où « menacent les Scythes; et Rome tout entière appuie ses « prétentions . Constantin hésite sachant que sa fille veut rester « vierge ; mais celle-ci . confiante en Dieu , promet d'épouser « Gallican s'il revient vainqueur de la guerre scythe , lui remet « ses deux eunuques , le praepositus Jean et le primicerius Paul « et garde auprès d'elle ses deux filles , Attica et Artemia . « Toutes deux se convertissent ; Gallican revient victorieux « pour avoir imploré dans la bataille le secours du Christ 5 . « Il suit T exemple de ses filles , se démet du consulat , se « retire à Ostie et y vit saintement , construisant une église « et chassant les démons . Au temps de Julien , il se retire en « Egypte , à Alexandrie, puis fuit au désert et, finalement, est « martyrisé par Rautianus, cornes templorum. A ce moment, « Jean et Paul sont dénoncés à Julien parce qu'ils distribuent « les richesses que Constantina leur a laissées ; le onzième

1 30 août 545.

3 16 janvier, 367, Bull, comm., 1873, 217; 1885, 83.

4 25 août, 511.

6 Y a-t-il un rapport entre cette donnée et la légende de Clovis, vainqueur à Tolbiac ?

« jour après leur comparution , à l'heure du diner , ils sont « saisis par le campidoclor Terentianus, refusent d'encenser « la statuette de Jupiter du corps des Joviens ; à la troisième « heure de la nuit , ils sont décapités , ensevelis dans leur « maison , c/ o/i répand le bruit qu’ils ont été envoyés en « c.n7. (Crispas, Crispinianus et Benedicta , ywa /es avaient « aidés à distribuer leurs aumônes , découvrent leurs corps, et « so/i/ décapités ; ils sont ensevelis à leur tour par les « prêtres Jean et Pigmenius et par l'ex-praefectus Flavien *). « — 3/a /s Terentianus se convertit; Jovien , ywi succède à « Julien , fait appeler le sénateur Byzantins, lui donne mis - « S'iVm de retrouver les corps de Jean et Paul et lui conseille, « ainsi qu’à Pammachius, son fils , lorsqu’ils ont retrouvé les « martyrs, d établir une église dans leur maison . »

Il est évident que ces gestes représentent la légende de fondation du titulus désigné encore au concile de 499 par le nom de Pammachius, et, en 514 déjà, dans le Liber Pontificalis , par les noms de Jean et Paul. Il est certain que cette légende enveloppe deux traditions locales distinctes, une tradition osticnne relative à Gallican, une tradition célienne relative à Jean et Paul réunies par la communauté de Tépoque prétendue: Julien, et du personnage central: Constantina 2 . Il est encore certain que la tradition osticnne est gravement inexacte (cf. infra) ; il est probable que la tradition célienne Test également.

En môme temps qu’elle met en scène un personnage fabuleux (Gallicanus), elle présente des traits légendaires assez apparents : tels, le groupement d’une vierge et de deux eunuques (cf. Nérée- Achillée et Domitille ; Protus-Hyacinthus et Eugénie ; Calocere- Parthenius et Anatolie); ou encore 3 la révélation miraculeuse d’une sépulture d’abord inconnue 4 .

D’autre part, les textes du IV e siècle sont tous également

1 Ces détails sont très certainement une interpolation, due au rédacteur des Gestes de Vibbianne. Ils ne se trouvent pas dans la plupart des manuscrits, ni dans le texte de Monibritius.

2 Tels sont les liens apparents des deux traditions. Le personnage de Pammachius en a fait réellement l unité.

a Noter aussi l’ensevelissement intra domum. Cf. Olympiades et Maximus dans les Gestes de Laurent (Surius, IV, 609); Abdon et Sennen, id; Susanna (10 août 632, J5).

4 Cf. Abdon et Sennen, Pierre et Marcellin, par exemple.

SAINT JEAN ET SAINT PAUL

muets. Rien de ce que nous connaissons de l'histoire de Rome sous Julien ne nous autorise à croire qu’il y ait eu, dans cette ville, en plus des tracasseries et des vexations alors coutumières, persécution sanglante. Le silence de saint Jérôme et de tous les écrivains qui nous parlent de Pammaehius, Paulin de Noies, Augustin et Palladius est particulièrement décisif. Nous avons de la vie de Pammaehius une connaissance précise 1 et suffisamment détaillée; jamais aucun détail ne peut être noté, aucune allusion ne peut-être saisie dans les textes qui s'applique à Jean et Paul; on voudrait pourtant qu'il en ait établi le culte dans sa propre demeure, on voudrait qu'il en ait fait peindre le martyre sur les murs de sa maison.

Enfin, notre texte a été rédigé cent cinquante ans après Julien, au début du VI e siècle 2 , alors que se développe, à Rome, un puissant mouvement légendaire. Et il est à noter que Cassiodore, qui parle longuement de plusieurs martyrs 3 de la persécution de Julien, ne souffle mot de Jean et Paul; il est contemporain cependant du rayonnement de leur culte : il ne

1 11 appartient à la famille des Furii. Né vers 340, il étudie a Home avec Jérôme ; devient sénateur, est appelé par Palladius vir proconsularis. Allié à Marcella, il épouse Paulina, seconde fille de Paula. De 392 à sa mort, il entretient une correspondance avec saint Jérôme : s’occupe particulièrement de Jovinien, et de l’opposition que rencontrent les écrits de Jérôme contre celui-ci. Jérôme le remercie et se justifie dans le Liber Apologeticus ad Pammachium pro libris contra Jovinianum [Migne, P. L., 22, 493; il lui écrit en 393 (Cf. De Optitno généré inlerpretandi ); il lui envoie sa défense contre Jean de Jérusalem ; il lui écrit longuement en 397, pour le consoler de la mort de sa femme; [dans cette lettre, il lui parle du xenodochium protégé aussi par Fabiola, nullement de l’église].

En 401, saint Augustin le félicite d’avoir renvoyé ses colons donatistes de ses domaines de la Proconsulaire (Ep. 58). Palladius voit en lui l’homme parfait (H. L., 122). — En 405, c’est sur ses exhortations que Jérôme étudie les prophètes ; c'est à lui et h Marcella que sont dédiés les Commentaires sur Daniel (407); en 408, la préface à Isaïe parle encore de lui. Il meurt en 410 (Migne, P. L., 22, ép. 48, 49, 57, 66, 84, 97 ; — 33. 225 ; —61, 207). Ceillier : H. Gen. des Aut. Sacrés (Paris. 1861), Vil, 203. — Wcltzer et Welte : Kirchen lexicon; IX (1325), 1, 895.

Des elogia pseudo-domasiens [litterae .. maiores quam in reliquis dainasianis leguntur. lhm, % p. 39], le n* 58 (Ihm) était gravé au monastère de saint Jean et Paul du Vatican [de Rossi, In. Chr ., II, 274 n # 5), le n* 59 se trouvait à saint Cosme et Damien [Aide Manuce, Codex Vaticanus , 5241, p. 244] : il ne donne aucun nom; le seul fait qu’il contienne ( fratres ) est contraire aux gestes : dans ceux-ci, en elTet, Jean et Paul ne sont pas (encore) frères. — Noter que les gestes ignorent l’incendie du fameux temple d'Apollon Palatin survenu en 363. Si la légende était véritablement julienne, aurait-elle négligé ce fait ?

2 Cf. infra .

a Hist. Trip., VI (P. L., 69, 1027).

les plaçait donc pas sous Julien. — Ces faits nous invitent a croire que F attribution de cette histoire à l'époque de Julien est purement légendaire : cette conclusion toutefois demeurera hypothétique, tant que Ton ne pourra pas retracer avec certitude la genèse de la légende.

Voici quelle hypothèse on peut présenter à cet égard. L’histoire du pieux Pammachius, propriétaire d’une église installée dans sa maison de Cclius 1 , fondateur d'un xenodochinm sur ses terres à Porto ; — l'histoire de Julien, chrétien d'abord, puis apostat, finalement persécuteur, sont vraisemblablement les noyaux primitifs et historiques de la légende. Le renom de piété laissé par Pammachius, le renom satanique laissé par Julien créaient une double tendance dans l'imagination populaire : idéaliser l'un jusqu'à en faire un saint, noircir l'autre jusqu'à en faire un bourreau.

Ces deux traditions naissantes se trouvèrent un jour mises en contact avec une autre tradition qui se développait, voie Nomentane 2 . La fille de Constantin, Constantina, qui était morte en 354, après une vie très agitée et peu exemplaire, subissait une métamorphose curieuse qui la faisait apparaître, elle femme d'Hannibalien, puis de Gallus, vierge sainte et dévote d’Agnès. Les libéralités de sa famille, jointes à la présence de son somptueux tombeau, attirèrent et retinrent fixée sur elle l'imagination des Romains. L'analogie de son nom 3 avec celui de Constantin dont le Liber Pontificale entoure le souvenir de tant de vénération 5 , devait amener, le temps aidant, une transformation du personnage; la réputation de piété qui s'attachait à la mémoire de la tante enveloppait peu à peu, purifiait, idéalisait la nièce. Peut-être même mêla-t-on

1 Que l’église du Celius soit la maison de Pammachius, le fait est attesté : 4° parce qu’elle s’appelait en 499 Titulus Byzanti; 2* parce que Byzantius est dit père de Pammachius.

* Cf. infra. — La raison de cette mise en contact est la communauté de l’époque où vécurent Constantina, morte en 354, Julien, mort en 363.

3 Nous lisons Constantina dans les Gestes d’Agnès : 1* cette pieuse personne demande la construction d’une basilique, comme la fille de Constantin dans le L. P. : or celle-ci ne s’appelle sûrement pas Constantin, puisque c’est à la sœur de Constantin que ce nom est réservé ; — 2° comme dans L. P., elle est fille de Constantin; — 3* comme dans les gestes de Jean et Paul, elle est fille de Constantin ; — 4* Plusieurs manuscrits donnent Constantina.

4 Ce qui explique qu’Ilélène, femme de Julien, soit restée dans l'ombre.

5 L. P., I, 180 : baptisée par Silvestre; I, 207. Libère exploite son renom de sainteté pour entrer à Rome.

saint Jean Et saint paül

à ces souvenirs celui qu’avait laissé Flavia Constantia 1 , fille posthume de Constance II, morte jeune encore, sans avoir eu d’enfant, et laissant après elle un grand renom de piété. Ces souvenirs transformèrent la femme ambitieuse et sans scrupule qui avait voulu se servir de Yétranion pour posséder le souverain pouvoir ; en elle, comme en ses parentes, on vit peu à peu une femme pieuse et sainte, une vierge consacrée à Dieu.

En même temps que Constantina, son second mari, Gallus se métamorphosait dans les imaginations romaines; l'idéalisation progressive de sa femme réagissait sur lui et purifiait peu à peu sa figure. La haine qui s'attachait au nom de Julien l’Apostat enfantait l’idée de lui opposer son frère, antithèse et condamnation vivante de sa conduite et de montrer que, tandis que l’un devenait le fléau de l’église, l’autre en devenait la gloire. Le renom de piété d’un Gallicanus, donateur de l’église des saints Pierre, Paul et Jean Baptiste d'Ostie 2 achevait cette transformation de Gallus : car nous savons qu'au V e et au vi* siècles, les deux noms de Gallus et Gallicanus étaient pris souvent l’un pour l'autre et confondus l’un avec l’autre 3 . L’histoire de Gallus-Gallicanus se modelait enfin, en s’épanouissant, sur l'histoire de Pammaehius, dont le souvenir avait réagi sur le donateur de l’église ostienne et l’avait, en quelque manière, pénétré : n’étaient-ils pas destinés à se fondre l’un dans l’autre par leur commune réputation de piété, et leur commun séjour ad ostia Tiberïna 4 ?

Ce développement en bleu de Gallus appelait un développement parallèle et contradictoire en noir de Julien. L’Apostat pouvait-il s’être montré plus doux vis-à-vis des Chrétiens qu’un Dioclétien ou un Dèce ? D’autre part, les légendes fameuses de Domitille, d’Eugénie et d’Anatolie, fidèlement escortées de leur couple d’eunuques Nérée-Achillée, Protus-Hyacinthus, Calocerus-Parthenius créaient, dans l’imagination des pèlerins, une tendance à associer deux eunuques familiers à chaque vierge

1 Née en 361, elle était morte en 383.

- L. P., 1, 184 : « Item dona quae optulit Gallicanus basilicae suprascrip. tae sanctorum apostolurum Pétri et Pauli et Johannis Baptistæ...

5 Cal. Libérien [L. P. t I, 4] : « (Zephyrinus)... a cons. Saturnini et Galli... » Abrégés K et F (L. P., I, 60) : « (Zephyrinus)... a consulatu Saturnini et Gallicani. »

4 Gallican est à Ostie. Cf. infra .

ANALYSE CftlTlQÜE DES TRADITIONS ROMAINES

du Christ 1 . Qui sait si ce ne sont pas là les deux faits d’oii procèdent et l’époque assignée et la qualité attribuée aux deux martyrs du Celius?

Quant à ces martyrs eux-mêmes, s’ils ne sont ni les victimes de Julien, ni les familiers de Constantina, quelle est leur histoire véritable?

On ne peut songer longtemps à voir en eux une transformation du célèbre ensevelisseur dont parlent les légendes diocléticnnes : s’il est souvent associé à un autre saint, ici Crispus, là Pigmenius, là encore Thrason, nulle part on ne lui trouve un compagnon du nom de Paul. — On ne peut croire davantage que Jean et Paul soient des martyrs fictifs. Il est à noter, sans doute, que le souvenir de Gallicanus est associé à une église de Pierre, Paul et Jean-Baptiste ; il est possible que, par suite d'événements à nous inconnus, le vocable de l’église se soit modifié, que les noms de Paul et Jean 2 se soient attachés au souvenir de Gallicanus et aient été ainsi mis en contact avec Constantina.

Mais il est plus simple d’admettre que Jean et Paul sont deux martyrs de la persécution dioclétienne : un fait nous invite à le croire, la mention du corps des Joviens, caractéristique de cette époque ; on peut noter aussi que notre Artemia est homonyme de la fille de Dioclétien guérie par Cyriaque (Gestes de Marcel). Le souvenir de leur histoire véritable se serait complètement perdu au cours du iv c siècle : ce qui le prouve de façon péremptoire c'est l'examen des fresques 3 qui ornent leur confession et qui n’ont aucun rapport avec notre légende.

Ces fresques sont au nombre de six , disposées sur deux rangées, l’une au-dessus de l’autre, décorant trois murailles dont deux se font vis-à-vis et la troisième, au fond, relie les deux premières. Celles de la rangée supérieure représentent , il droite et à gauche, un homme et deux femmes :1a fresque de gauche les montre au

1 Sur les « ascétisations » de tradition, cf. infra.

' l L’inscription pseudo-damasienne ( Ihm ., 58, p. 59, donne :

liane aram domini servant Paulusque Johannes.

3 Cf. les photographies ci-jointes : je les dois à l’obligeance de mon ami, M. Laurent, ancien membre de l’école d’Athènes, de passage à Rome en 1897. Elles ont été découvertes par le R. P. Germano di S. Stanislao en 1887. Cf. La Casa Celimontana dei S. S. Martin Giovanni a Paolo (Roma, Cuggiani, 1894, in-8°)et P. Allard : La Maison des Martyrs {Etudes d'histoire et d’archéologie, Paris, Lecoffre, 1899, 159).

FRESQUES DÉCORANT LA CONFESSION DES SS. JEAN ET PAUL Fresque décorant la muraille du fond

Bibl. des lie. Fr. d'Athènes et de Rome.

Fuse. LXXXUl. PI. III

A. Fontemoing, éditeur

FRESQUES DE LA CONFESSION DES SS. JEAN ET PAUL Fresque latérale supérieure de gauche.

Bibl, des Ec. Fr. d'Athènes et de Home % Fase. LXXXIII. PL

FRESQUES DE LA CONFESSION DES SS. JEAN ET PAUL Fresque latérale inférieure de droite.

flibl, des Ec. Fr. d’Athènes et de Rome.

FRESQUES DÉCORANT LA (Eglise des SS

Cliché

MAISON DE PAMMACHIUS Jean et Paul) locioni

SAINT JEAN ET SAINT PAUL

moment où on les conduit devant le juge, surveillés par deux gardiens 1 ; celle de droite nous fait assister à leur exécution 2 ; celle du fond, évidée par la fene Stella confessionis présente deux saints, peut-être saint Pierre et saint Paul : la fresque qui se trouve au-dessous nous offre une âme sainte, en forme d’orante, entrant au paradis, tandis que deux personnages lui baisent les pieds : saint Pierre et saint Paul n'intercèdentils pas pour obtenir son entrée au ciel? Les deux autres fresques latérales de la rangée inférieure se répondent, ce semble, comme celles qui se trouvent au-dessus : celle de gauche représente deux hommes, celle de droite deux femmes. L'un des deux ^hommes, de figure noble et grave tient un calice dans la main, qu'il semble présenter à son compagnon, qui est en face: chose curieuse, celui-ci a la main coupée 3 . Des deux femmes peintes sur le panneau de droite, Tune désigne l'autre qui s'en va, tournant le dos, portant la main droite au menton d'un air grave et inquiet. Il suffit de comparer cette description des fresques à l'analyse des gestes pour reconnaître qu'il est impossible d'expliquer les unes par les autres.

Si Jean et Paul sont des martyrs dioclé tiens peu connus, vénérés au Celius, comment donc la piété romaine s’est-elle tout d'un coup reportée sur eux ; comment les a-t-elle attribués à l'époque de Julien?

Deux corps inconnus ont sans doute été trouvés, dans une réparation faite au titulus au début 4 du y® siècle, comme les

1 Les coiffures de ces deux gardiens sont exactement les mêmes que celles des gardiens de saint Pierre représentés sur les sarcophages. Cf. Garucci, V, 319, 2.

2 On n’a pas le droit de prétendre, sans raison positive, que les fresques supérieures de droite et de gauche représentent deux groupes différents de martyrs : leur position symétrique, le fait que les personnages de droite se retrouvent exactement à gauche, ces deux raisons montrent que le peintre a voulu représenter deux moments différents de l’histoire d’un même groupe de saints ; peut-être Crispus, Cripinianus et Benedicta, vénérés le lendemain de la fête de Jean et Paul.

3 Que le lecteur veuille, ici, se rapporter à la photographie. M. Leroux, peintre de l'Académie de France, à Rome, a bien voulu s’assurer qu’un véri-r table moignon était ici représenté, que le stuc et la peinture étaient également en bon état. — Les fresques ne paraissent pas antérieures au v* siècle, au moins : la tradition inconnue d’où elles relèvent concernait peut-être les mêmes martyrs Jean et Paul. D’autres faits montrent qu’au V et au vi* siècle les traditions martyrologiques romaines étaient beaucoup plus riches que nos gestes ne semblent l’indiquer (cf. infra Clément).

4 Je dis au début : le Salisburr/ensh , en effet, mentionne Jean et Paul;

corps de Gervais et Protais avaient été trouvés à Milan : l’imagination populaire, vivement frappée par ce fait extraordinaire, a tenté de l'expliquer de façon non moins extraordinaire. Il se trouvait que le jour de l’anniversaire des deux saints tombait le lendemain du jour de la mort de l’apostat 1 ; il se trouvait que l’origine de la basilique remontait à l’époque de son règne et que la piété de la foule était comme travaillée du besoin de noircir le dernier persécuteur : on comprend que le martyre des saints Jean et Paul ait été placé par la légende au temps où celui-ci règne dans le mande. L’invention des deux corps n’est pas mentionnée dans le Liber Ponti/icalis , mais n’y a-t-on pas relevé d’autres lacunes plus graves ? Mais n explique-t-elle pas à merveille ce que là légende présente de singulier, l’époque prétendue, l’ensevelissement intra muros, l’essor soudain du culte au cours du V e siècle, enfin l’accent de la préface fameuse du Sacramentaire Léonien : « Bien que les mérites précieux de tes jus tes, partout où ils sont pieusement invoqués, soient toujours présents dans ta puissance, dans ta clémente providence, tu nous a cependant gratifiés d’un immense bienfait: ce n’est pas seulement le pourtour de cette ville que tu as entouré, comme d’une couronne, des passions glorieuses des martyrs; au coeur même de la cité tu as enfoui encore les membres vainqueurs des saints Jean et Paul, de sorte que ceux qui regardent a l’intérieur aussi bien qu’au dehors (de nos murailles) rencontrent (également) l’exemple d’une confession pieuse et le secours d’une bénédiction magnifique 2 ».

d’autre part, le monastère des Saints-Jean et Paul — sous ce nom peut-être — remonte à saint Léon (L. P., I, 234, 239, 249. — R. S. III, 258 apud Battifol : Bréviaire ; 59).

1 Julien est mort dans la nuit du 26 au 27 juin 363. Amtnien Marcellin, XXV, 2-3 ; Schwarz, p. 150 (apud Goyau, Chronologie , p. 501.)

* « Quamvis enim tuorum mérita pretiosa justorum, quocumque fideliter « invocentur, in tua sint virtute praesentia ; potentes tainen nobis clementi « providentia contulisti, ut non solum passionibus Marty rum gloriosis urbis « istius ambitum coronares, sed etiam in ipsius visceribus civitatis sancti « Johannis et Pauli victricia mernbra reconderes, ut interius exteriusque cer- « nentibus et exemplum piae confessionis occurreret et magnificae benedictio- « nis non deesset âuxilium ». — L’association de Crispus et Crispinianus à Jean n’a peut-être d’autre cause que la proximité des anniversaires : le FH place leur fête au 26 juin. Il ignore Benedicta et Terentianus.

LES QUATRE COURONNÉS

Gestes des 4 Couronnés

« Quatre comicularii 1 refusant de sacrifier , devant la statue « (T Esculape des thermes de Trajan, sont mis à mort par Dio- « clé tien et ensevelis de nuit par le bienheureux Sébastien « et Miltiade , évêque , voie Lavicane , au troisième mille , avec « rf * autres saints , éfo/i.v ?m arènaire . Comme on ignorait leurs « noms et quils furent ensevelis le 6 rfcs i7/c.s î/c novembre « «m.si /c.s quatre sculpteurs de Pannonie Simpronianus, « Nie o stratus, Claudius et Castorius convertis par Simplicius « et martyrisés avec lui sous le même Dioclétien pour avoir « refusé de sculpter des idoles , le bienheureux Miltiade évêque « ordonna de célébrer leur anniversaire sous les noms de « Claudius, Nicostratus , Simpronianus et Castorius. »

Deux textes du iv® siècle contenus dans le chronographe de 354, et quatre du v e -vi% les gestes de Sébastien, le férial, le sacramentaire Léonien et le concile de 595 nous permettent de critiquer cette obscure légende, qui illustre l’histoire du titulus Quattuor Coronatorum de 595, identique peut-être au titulus Emilianae de 499 2 .

Dans le chronographe de 354, au 6 des ides d’août, on lit :

« VI. id. aug. Secundi, Carpophori, Victorini et Severiani Albano. »

Or, nombre de manuscrits des gestes portent : « //// cornicularii, quorum nomina haec surit Secundus, Severianus, Carpoforus et Victorinus. » Les quatre comicularii de nos gestes sont-ils. donc à identifier avec les quatre saints d’ Albano?

Il n’y a plus de doute aujourd’hui : il faut les en distinguer. Les martyrs (LAlbano sont vénérés le 6 des ides d’août ; les comicularii le 6 des ides de novembre ; ceux-ci sont ensevelis sur la voie Lavicane, au cimetière ad duas lauros , au troisième mille ; ceux-là, sur la Voie Appia, à la catacombe de l’Etoile, au quinzième mille 3 . A cette double différence de sépulture et d’anniversaire s’ajoute l’affirmation formelle des gestes eux-mêmes : « dum nomina eorum reperiri minime

1 Saglio, Dict. Ant I, 1509. — Mommsen; Romische Staatsver... II, 528.

2 Tillemont, V, 123; de Hossi, Rull., 1879, p. 46 ; Allard, IV, 130 ; Duchesne, Mélanges , Vil, 221. Les deux textes publiés en 1853 et en 1896 nous paraissent dater de la même époque environ. [Cf. Sitzungsbenchte... Berlin, ph.-bist., Cl., 1896, 1292. — Sitzungsberichte... Wien, 1853 (X), 118.]

3 Bu//., 1869, p. 70. — Le Codex Bernensis , au 6 des ides d’août, donne l'indicalion du quinzième mille.

JS*

« po tinssent, jussit beatus Miltiades episcopus ut sub nomme « sanctorum Clan d i i , Ni costrati, Simproniani etCastoriiamii- « versaria dies eorum recolatur. » La découverte du Codex Parisiensis 10861, étudié par de Rossi en 1856, et, quarante ans après, publié par Wattenbach, fortifie nos raisons et nous empêche de confondre les deux groupes de martyrs : dans le texte primitif qu’il nous livre, les noms des saints d’Albano ne se lisent pas. —

On lit encore dans le chronographe :

« V. id . nov. Clementis , Senproniani, Claudi, Nicostrati in comitatum. »

S’agit-il de notre double groupe? Les trois derniers noms le donnent à penser; la mention de in comitatum semble le prouver : le terme de comitatus s’applique naturellement au cimetière ad duas lauros où sont enterrés les cornicidarii : n’est-il pas contigu au mausolée d'Hélène, au domaine impérial où s’élevait celui-ci 1 ?

Il n’en est rien cependant La mention de Clementis éveille les soupçons : comment y voir une déformation de Castori ? Le soupçon se fortifie lorsque l’on constate que les compagnons de Clemens sont vénérés le 5 des ides de novembre et les cornicularii le 6. La vérité jaillit lorsqu’on se reporte au férial hiéronymien. On y lit, en effet :

U ID. NOUEB. ROMAE. Clementis et Sinp (ro) ni.

En rédigeant l'almanach qui nous est parvenu*, le copiste a écrit la ligne qu'on vient de lire. En reportant ses yeux sur le manuscrit qu’il copiait, il s'est trompé, et, retrouvant un Smp (ro) ni(ani) une ligne plus bas, au 6 des ides de novembre, il ne s'est pas aperçu que c’était un autre saint et a ajouté Claudii , Nicostrati; il a supprimé Castorii et ajouté in comitatum, parce qu'il sait que les cornicularii vénérés sous les noms des sculpteurs pannoniens ne sont que quatre et qu'ils sont enterrés auprès de sainte Hélène 2 . La mention du chronographe au 5 des ides de novembre ne concerne pas le groupe des IIII Couronnés. —

1 Bull., 1879, p. 70 ; 1882, p. 111.

- Epitome... « Juxta viam vero Lavicanam, ecclesia est sanctae Helenae... ibi IV Coronati id est Claudius, Nicostratus, Sempronianus, Castorius, Simpürins.

LES QUATRE COURONNÉS

On lit dans les Gesta Sebastiani, au paragraphe 76 de 1 édition bollandiste : « Nicostratus et Claudius una cum Castorio et « \ictorino et Symphoriano, dum corpora sanctorum per ora « Tiberina req tarèrent , a persecutoribus tenti surit et ad Urbis « Praefectum perducti. Erat jndex Fabianus ... » Nous savons d’ailleurs que Nicostratus est primiscrinius (§ 23); que Casto rius est son frère (§ 25) ; que Claudius est commentariensis et qu’il a pour fils Symphoriamis ; nous savons qu’ils sont associés aux gestes de Sébastien et jetés à la mer 1 .

Mêmes noms ou à peu près que ceux des héros de nos gestes, même association à Sébastien, même supplice, peut-on ajouter, voilà trois rapports que l’on saisit facilement entre les deux légendes. Qu’il y ait coïncidence quant aux noms, influence des IIII Couronnés sur Sébastien quant aux détails, c’est l’explication la plus plausible qu’on en puisse donner : car il n’y a pas de doute que le laterculus de YEpternacensis 2 .

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