VII. id. nû in afT
et alibi | nat sinfori nicostrati claudii uictoris castori balsami.
il n’y a pas de doute que victoris soit une déformation de victorini et gaudi de claudii et que le mot alibi du martyrologe corresponde au silence que gardent les gestes sur la sépulture des martyrs ; comment douter dès lors que la date qu’il fixe à leur anniversaire n’ait été déterminée par celle d'autres saints, de noms presque identiques ? Qu’il y ait davantage, qu’une légende ait emprunté à l'autre ses personnages, comme nous invite à le croire l’association de Sébastien à chacune d'elles, c’est ce que rend peu probable, pour les gestes des Couronnés, le fond même et l’allure du récit; pour ceux de Sébastien, l’association de nos quatre personnages à Victorinus leur compagnon, à Zoé et à Symphorose, femmes de deux d’entre eux, à Tranquillinus enfin et à Chromatius, comme aussi le rôle qu’ils jouent dans l’ensemble de l’histoire.
Reste donc à confronter avec les gestes ces trois faits, attes-
1 Tilleinont, IV,
2 Rossi-Duchesne. p. 140.
analyse critique des traditions romaines
tés tous les trois par des textes du vi* siècle : le culte de Sin pronianus , Claiulius, Castor et Nicostratns est localisé au Célius 1 ; il y a à Rome, en 595, un titulus IV Coronatorum ‘ 2 ; l'expression et le culte romain des IV Coronati sont tous deux antérieurs à 595 3 .
Qu'est-ce que ce culte du Celius? Que désigne l'expression IV Coronati?
Qu'elle ait désigné d'abord les cornicalarii , c'est un point très vraisemblable : les marmorarii étaient cinq; d'autre part, leurs noms étaient connus; quel besoin de leur appliquer une dénomination commune, comme celle qui nous est parvenue; quoi de plus naturel, au contraire, que de l'attribuer à quatre martyrs dont on ignorait les noms?
Mais pourquoi les IV Couronnés, ensevelis sur la voie Lavicano ont-ils été vénérés sur le Celius ; comment la tradition qu'avait enfantée le souvenir de leur passion n'est-elle pas restée localisée au cimetière qui gardait leurs corps 4 ? — Il se trouvait que le viens appelé Caput Africae descendait les pentes du Célius pour remonter ensuite sur l'Esquilin; et c'est précisément sur la partie de l'Esquilin opposée au côté droit de l'église que s'élèvent les thermes de Trajan et la statue d'Esculape oii les cornicalarii subirent le dernier supplice; N’était-il pas naturel que leur souvenir s'attachât peu à peu à un sanctuaire tout voisin du théâtre de leur héroïsme et de leur victoire 5 ? Ce qui est assuré du reste, c'est que le fait d’un double sanctuaire n’a rien qui doive étonner : sainte Cécile, sainte Agnès, saint Laurent, saint Marcel, sainte Sabine, saints Pierre et Marcellin étaient également vénérés dans un double sanctuaire, urbain et cemitérial.
Et comment expliquer cette association des cinq Pannoniens et des quatre Romains? Pourquoi cette tradition lointaine s'enlace-t-elle, et de si curieuse manière, à une tradition romaine ?
II faut se rappeler que c'est en Pannonie, dans le pays de
1 F. H. Codex Bernemis , VI, id., nov., p. 140.
* Concile de 395: signatures citées par Duchesne, Mélanges , VII, *2*21.
3 Sacr. Léonien, VI, id. nov. — Cf. aussi. Sacr. Gelasien et saint Grégorien (Muratori, II. 127).
4 11 est certain qu'au temps des Goths aucune translation n'avait déjà été faite.
* De Rossi, BulL 1879. p. 80.
LES QUATRE COURONNÉS
nos cinq sculpteurs, que se trouve la résidence impériale de Sirmium ; il faut se rappeler la pieuse activité d'Hélène, et ses voyages par tout l'Empire ; est-il surprenant que la renommée des marmorarii soit parvenue jusqu'à elle et que, par ellemême ou par les gens de sa suite, elle soit arrivée jusqu'à Rome? — 11 faut se rappeler surtout que les rapports entre les deux pays n’étaient pas rares : à saint Calliste, sur la voie Appia une fresque représente saint Quirinus, évêque de Siscia, en Pannonie, transféré à Rome au iv e ou au v* siècle 1 ; une inscription conservée au Latran (XII. 10) nous a gardé le souvenir d’un Flavius Ursicianus, cives pannonius militam in officia magistri qui mourut à Rome, à vingt-deux ans, le 2 des calendes de novembre; les évêques pannoniens Ursace et Valens étaient connus du populaire qui les transformait en prêtres romains 2 . Les rapports de Rome avec le nord de l’Italie étaient étroits — les légendes de Chrysogone et d’Anastasie l’attestent, on s’en souvient 3 — et les pays Danubiens, véritable « marche » de l'Italie du Nord étaient avec elle en relations constantes : c'était saint Ambroise qui avait ordonné l'évêque de Sirmium Anemius, et c'était le renom de sainteté de saint Ambroise qui avait gagné au Christ la reine des Marcomans, Frigitia 4 .
A la fin du v* siècle, survint brusquement l'invasion des Ostrogoths; ils venaient de la Pannonie, précisément : on devine que cette circonstance ne fut pas sans influer sur la connaissance que l'on avait à Rome de la Pannonie et de son histoire. Bien plus : les Ariens qui, même après leur départ, dominaient sur les bords du Danube, les Rugiens, les Scyres, les Turcelinges persécutaient cruellement les catholiques, et les catholiques se sauvaient en pays ami, en Italie notamment. En 488, les disciples de saint Séverin, l'apôtre illustre du Noricum Ripense, se réfugient avec le corps de leur maitre à Mons Feletus 5 ; sous le pontificat de Gélase (492-96), sur les instances de celui-ci et la prière d'une dame napolitaine, Barbaria, ils allaient s'établir entre Naples et Pouzzoles, au château de Lucullus. Or, voici qu'à la même époque, l'abbé Eugippius, le disciple de saint
1 Adon (P. L., 123, 279-280); Bull. 1891. — Marucchi : les Catacombes Romaines, p. 178.