‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 39 sur 161 · L. P.. I, XXXV · texte numérisé non relu

L. P.. I, XXXV

3 Cf. supra , p. 133, 117.

4 Paulinus, Vita Ambrosii , II (P. L., 11 : 30, 36, 39).

6 Vita Seuerini , 44.

Severin entre en relations suivies avec le monde romain: c'est à une vierge romaine, Proba, qu’il dédie ses Excerpta ex operibus sancti Augustini; c'est sur le conseil du diacre romain, Paschasius, qu'il public la vie de son maître : et il lui envoie en même temps un de ses diacres, « un nommé Deogratias, fort bien instruit des miracles que Dieu avait faits par saint Séverin, soit dans sa translation, soit à Lucullane 1 ». Je soupçonne ce pieux personnage de ne s'être pas borné à dire les merveilles qu'avait opérées le grand apôtre de Pannonie. Il contait des choses admirables; on l'écoutait avec ferveur; ses auditeurs ne se fatiguaient pas de l’entendre ; comment ne l'auraient-ils pas interrogé sur les martyrs de ces lointains pays? Qui sait même s'il ne montra pas aux clercs romains qu'il rencontra chez Pasclmse un acte authentique rédigé jadis par un contemporain des marbriers? l'emploi d'un document de ce genre expliquerait fort bien l'emploi étrange du mot philosophus et du mot actuarivs a gleba dans notre texte et l'accord bien remarquable qu'il présente avec les Canons d’Hippolyte*. Ce qui me paraît, du moins, très vraisemblable, c'est que c'est aux rapports d'Eugippius avec Paschase, et, plus précisément peut-être, au « nommé Deo gratias » qu'il faut rattacher l'introduction véritable h Rome de la légende pannonienne.

Il faut se rappeler encore qu'il n'est pas d’expressions plus usuelles sous la plume d'un chrétien que celles de corona et de coronati pour désigner le martyre et les martyrs; elles avaient cours en Pannonie aussi bien qu'à Rome; elles pouvaient s'appliquer aux marmorarii presqu'aussi bien qu'aux cornietUarii * . La communauté d’appellation s’ajoutant à la communauté d'anniversaire engendra la communauté de culte et l'association des

1 Tillemont, XVI, 178*179. — Cf. Cassiodore : Diuin Litter. 23. — Et la préface de M. Sauppe à la Vita Seuerini |M. G. Auct., Ant. I, vi, îx, xlvi].

2 « Fecerunt Victorias atque Cupidines, Asclepii autem simulacrum non fecerunt. * Les chrétiens ne pouvaient travailler à des idoles, mais ils avaient le droit de représenter certains symboles païens ayant une valeur purement décorative. L’ornementation des catacombes romaines l atteste, et aussi les Canons d’IIippolyte: « Omnis artifex noverit sibi nullo modo licere idolurn vel aliquain figuram idolatricam effingere, sive sit aurifaber sive argentarius, sive pictor sive alius generis artifex. — Si quis autem artifex post baptismum receptum inveniatur qui eiusmodi rein confecerit, exceptis iis rebus quae ad usurn hominum pertinent, excommunicetur donec poenitentiam agat. » 65-66 (Duchesne, Culte , (2* éd.), 508-509).

3 Le groupement particulier des Pannoniens invite à croire que Simplicius restait dans l’ombre.

LES QUATRE COURONNÉS

doux légendes : de là naquit dans les milieux romains une tendance à installer à Rome le culte des Pannoniens, dont Deogratias avait dit la mort glorieuse. Il se trouvait d'autre part que l'appellation de IV Coronati s'attachant à l'église célienne pour la raison que nous avons dite, inspirait naturellement aux fidèles le désir d'y vénérer des reliques saintes. Or, celles des cornicularii , vénérées voie Lavicane, étaient trop connues pour qu'on pût avoir la pensée de les attribuer au Celius. Celles des marmorarii restaient seules disponibles : la tradition travailla sur elles, imagina qu'elles avaient été transférées à Rome : 11 'étaient-elles pas préparées pour le voyage, emballées qu'elles étaient dans des châsses de plomb? Ici encore, le culte suggéra l'hypothèse d'une translation 1 . Lorsque, vers 850, Léon IV fit

1 Le fait n’est pas démontré; en effet la translation de saint Séverin, l'influence d'Eugippius sur la tradition, que je crois réelle, n'implique nullement la réalité de la translation : notre texte ne suffit pas à l'établir, et elle n’est pas indispensable à l’explication de la genèse légendaire; XEpilome de locis sanctorum marlyrum ne mentionne pas les cornicularii et les marmorarii , mais seulement les IV coronati; s’il ajoute, en son lieu, Simplicius, c’est par suite de la confusion des marmorarii et des cornicularii ; le texte du L P., II, 115 sur lequel de Rossi s’appuie n’est pas sûr: il avoue lui-même (fia/., 1879, p. 8*2, note 1) que « in molli codici la frase è diverse ed in luogo... dicum Claudio... dice... id est Claudii. » Comment concilier ce texte avec les données de YEpitome ? Si les corps avaient porté sur leurs cercueils des marques d'attribution certaine, on n’aurait pas dit, sans doute, * sollerti cura... repperit. »

Cette translation est pourtant possible. Des translations de cadavres et de reliques sont attestées aux v-vi # siècles : le pape Agapit, mort à Constantinople en 536, est transporté à Rome in loculo plumbeo (L. P., I, 288) ; il en est de même du pape Vigile, mort à Syracuse en 535 (L. P., I, 299), enseveli Via Salara et du fameux eunuque Narses qui mourut à Rome « et cuius corpus positus est in lucello plumbeo , reductus est cum omnes divitias eius Constantinopolim » (L. P., I, 306). Les Romains de cet âge n’étaient donc pas en peine de transporter des cadavres, dans des cercueils de plomb — comme ceux où reposaient les IV Couronnés ; — ils savaient encore, de la même façon sans doute, transporter des reliques. — La translation des reliques de saint Etienne, premier martyre, qui finirent par rester aux Baléares, en 428, est fort connue (Sevcriani ep. epistola ad Judaeos, P. L., 20, 733) ; nous avons déjà parlé de la translation de saint Anastasie de Sirmium à Constantinople et de saint Severin près de Naples; à la même époque, les reliques de Probus et Tarachus sont transportées au monastère d’Euthyme, celles de Barnabé à Salamine de Chypre, celles de Gervais et Protais en Norique ; en 529, Justinien demande à llormisdas un fragment au moins des reliques de saint Laurent (P. L., 63, 474) ; quelque quarante ans plus tard, Pelage envoie à Childebert des reliques de sàint Pierre et de saint Paul (P. L., 69, 403); à la même époque, des reliques des Machabées sont transportées à Rome (Cf. Rampolia del Tindaro : Martyre et sépulture des Machabées |trad. fr. Desclée), peut être aussi des reliques de saint Etienne ; au temps de saint Grégoire enfin, le diacre Agiulfe apporte à Grégoire de Tours des reliques de martyrs romains.

Gestes de St Clément.

transporter sous Tau toi majeur de la basilique célienne dont il avait été prêtre titulaire avant de coiffer la tiare 1 , les corps des Quatre Couronnés, il les trouva effectivement tous les cinq 2 : et comment ne les eût-on pas trouvés ? Il y avait si longtemps que Ion croyait à leur présence en ce lieu!

« Clément , troisième évêque de Rome , est également aimé « des païens , des juifs et des chrétiens : il convertit Théo - « dora, femme de Sisinnius , ami de Nerva, guérit Sisin - « nius , subitement aveuglé en entrant dans une église où, « poussé par la jalousie , il a suivi sa femme ; il le convertit (i même , Dieu s’étant laissé toucher par les prières de Théo - « dora . — Cependant le comte des offices Publius Torquitia - “ nus ordonne aux préfets des régions de poursuivre partout « les chrétiens . Mamertinus, préfet à Rome , se fait présen- « ter Clément; et, sur tordre de Trajan, après qu'il a « ref usé de sacrifier , il t envoie en exil dans la ville qui est « située dans le désert de Cher son, au-delà de la mer et du « Pont. Le saint y trouve deux mille chrétiens, employés « dans les carrières de marbre; il fait jaillir une source dans « le désert et opère de si nombreuses conversions qu’il con - « fère plus de cinq cents baptêmes par jour et fonde soixante - (( quinze églises en un an. Le praeses Aufidiamts , envoyé « pour enrayer le mouvement, fait précipiter Clément au « milieu de la mer, afin de dérober son corps aux chrétiens ; « mais la mer se retire, le peuple retrouve le corps de Clé- « ment dans un abri qui a la forme d'un temple ; et ses « disciples Cornélius et Phoebus reçoivent du ciel tordre « de l'y laisser, le même miracle devant se répéter tous les « ans à pareil jour. »

Que la légende n'ait aucun rapport avec l'histoire, le fait

Cf. aussi la lettre de Grégoire I* r à l’évêque de Milan Constantin qui lui demande des reliques de Paul, de Jean et de Pancrace (P. L., 77, 1015-1016). Une translation de reliques n’a donc, en soi, rien qui doive surprendre. — Peut être Deogratias avait-il apporté avec lui une memoria des Pannoniens.

1 L. P., II, 115: « Basilicam... quam ipse usquedum ad pontifîcii deductus est apicem. prudentissimo moderamine rexit. »

2 Ce ne fut pas sans avoir bien cherché : « Sollerti cura inquirens repperit. » L. P., II, 115.

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