SAINT CLÉMENT
est trop connu pour que nous y insistions 1 : comment s’est-elle formée, voilà le problème à résoudre.
Elle ignore les traditions romaines relatives à Clément 2 . La première, que nous appellerons la tradition flavienne est rapportée par les gestes de Nérée : elle fait du pape Tonde do Flavic Domitille, le neveu de Flavius Clcmcns mort martyr en 95, le frère de Plautilla; elle le place au temps de Domitien. — Notre texte ne fait mention d'aucun de ces faits : il n y fait pas la plus légère allusion.
La seconde tradition romaine, que nous appellerons la tradition célienne est rapportée par le Liber Pontificalis : elle s’est formée évidemment autour du dominicum du Celius, attesté sous ce nom dès l’époque constantinienne au plus tard 3 . Elle fait de Clément le quatrième pape et le place à l'époque de Titus. — Nos gestes font de Clément le troisième pape et datent sa mort du règne de Trajan : ils sont donc indépendants de la tradition célienne comme de la tradition flavienne.
Ils dépendent au contraire d’une tradition chersonésienne, relative à un Clément de Chersonèse dont le souvenir se sera mêlé au souvenir du Clément de Rome 4 . Cette proposition n’est qu’une hypothèse: car, si Ton doit affirmer que le christianisme était implanté dans ce pays dès l’époque des persécutions 5 , on ne peut rien ajouter de plus précis, avec une entière certitude. Mais cette hypothèse est fondée sur trois faits: 1° un Clément a obtenu les honneurs du culte à Cherson : notre texte le prouve ; 2° Clément de Rome n’a pas été exilé en Chersonèse : aucun document authentique, aucune tradition d’origine romaine ne permet de le croire ; 3° il semble que les gestes rapportent certains traits empruntés à la topographie locale de la Chersonèse. (Cf. les carrières exploitées
1 Cf. Ligthfoot, The Apostolics Fathers , Clement\ — Duchesne, Origines chrétiennes , p. 176.
* On n’y trouve aucune trace de la confusion du Clément de Philipp. IV, 3, faite par Origène: In Joannem , I, 29, t. IV, 233.
3 Cf. l'inscription gravée sur la lame de bronze de Lelio Pasqualini, Bull., 1863, p. 23.
4 Le fait s’explique par les circonstances qui dominaient la vie romaine au début du vi* siècle (Cf. infrà le chapitre intitulé Byzance ), et non par l’exil de Martin I ,r en Chersonèse: il a régné de 649 à 633, et Grégoire de Tours, mort en 394, connaît la tradition relative à Cherson.
6 En 296, le christianisme nous est attesté par les monnaies retrouvées : Bull., 1864, p. 3.
et la source qui jaillit dans le désert.) — Il est probable qu'ils reproduisent, quant au martyre deCherson, une tradition chersonésienne.
Est-ce à dire qu'ils ne représentent aucune tradition romaine? Je ne le pense pas. La double tradition chersonésienne (le fait du martyre, la localisation à Cherson) n'exclut pas nécessairement une tradition romaine antérieure, qu'elle aurait fortifiée en la modifiant et en la précisant : en la modifiant au sujet du martyre parce que la tradition tendait à conférer cet honneur à tous les papes afin d'embellir leur histoire 1 et que l'homonymie de notre saint avec le consul Flavius Clemens, martyr en 95, favorisait cette tendance 2 ; — en la précisant au sujet de l'exil : ces deux mêmes raisons pouvant faire croire qu'il avait été banni dans les îles de la mer Tyrrhénienne, comme ses illustres parents : et il faut noter que ces îles sont désignées parfois par le nom de Pont us èzl tsv ^cvtsv 3 , alors que les gestes disent tcj -svtcu. — D'autre part, l'épisode de Sisinnius
et Theodora n'a rien de chersonésien et présente, au contraire, une physionomie romaine assez accentuée : dans les gestes de Sébastien, comme daus ceux-ci, on voit certains personnages se mêler subrepticement à des réunions chrétiennes ; dans les gestes de Calliste, on en voit d'autres aller à la recherche de ces réunions secrètes. Il est clair que les traditions romaines avaient conservé le souvenir de la curiosité qu'excitaient les assemblées des premiers fidèles et du mystère dont Us aimaient à les entourer; l'épisode de Sisiunius en porte témoignage : c'est un indice révélateur. — Enfin, si nos gestes attestent la fusion d'un Clément de Chersonèse et d'un Clément de Rome, U faut nécessairement qu’à ce Clément de Rome ait été attaché à une troisième tradition romaine, puisqu'il ne peut venir d'aucune des deux que nous connaisons déjà, la tradition flavienne et la tradition célienne 4 .
1 Le Liber Ponlificalis le prouve.
* Funck, Theol. Quart., 1879, 531.
* Dans Malala, par exemple.
* Peut-être même y a-t-il eu une quatrième tradition relative à Clément : la Chronique de Sestor , qui dépend de nos gestes, ne connaît pourtant pas Cornélius. Mais on peut ne voir là qu'un accident survenu dans la tradition paléographique. — Nous n'avons pas déterminé le rapport de Theodora avec celle des gestes d'Alexandre, celle des gestes d'Abundius, celle de l'Ecclesia Theodorae citée dans Baronius, anno 418, 2 79. t. Vil, p. 150.
SAINT PIERRE ET SAINT MARCELLIN
Gestes
des SS. Pierre et Marcellin.
« Lucilla, femme très chrétienne, parente de Firmina, « recueille et ensevelit {le 4 des noues de juin , voie Ixivi- « cane , au 111 * mille, dans une crypte auprès de Tiburce ) les « corps du prêtre Marcellin et de t exorciste Pierre, décapités « dans le Bois Noir par le bourreau Dorothée, sur l'ordre du « vicaire Serenus , pour avoir converti le geôlier Arthemius, « sa femme Candida, sa fille Paulina. »
La date de l’anniversaire est attestée par le férial :
« 1III non . iun. duas lauros , mil II1I via Lavicana Mar cel/ini presbyteri et Pétri exorcistae ».
Le lieu de la sépulture est attesté de même par les indications des Itinéraires : « Postea intrabis in speluncam : ibi pansant sancti martyres Petrus presbyter et MarceUimis martyr ( Salisburgensis ) — et par les découvertes récentes 1 .
Les détails de l’histoire ne paraissent pas aussi surs. L’éloge de Damase 2 , quoiqu’il s'inspire des récits du bourreau, ne donne pas autant de détails que les gestes. — D’autre part, on y relève une évidente imitation des gestes d’Alexandre : Pierre convainc Arthemius par le même miracle qui ouvre les yeux d'Hermès; et Arthemius se voit récompensé d'une foi si peu méritoire par la guérison de sa fille Paulina, comme Hermès par la guérison de sa fille Balbina. — On y saisit encore comme une trace des gestes de Processus ; converti au Christ, Arthemius veut relâcher les prisonniers qu’on a remis à sa garde, comme l’ont fait Processus et Martinianus, une fois qu'ils ont été convertis par sqjnt Pierre. — La Candida des Gestes vient probablement de la martyre do Pontien, dont l'église abritait le tombeau d’un autre groupe Pierre et Marcellin inconnu 3 . — On remarque enfin que les saints Thomatus et Rogatus et les quarante-deux autres qui paraissent être associés à eux par le férial, ne jouent aucun rôle dans leurs gestes. Et l’on se demande si à l'histoire réelle des martyrs ne s'en serait pas substituée une autre, sans
» Bull., 1882, p. 111.
2 Ihm ., 29, p. 31. — Le palais de Claudius, cité dans les gesta Stephani, a été retrouvé sur le Celius (Atti del 6° Congresso Storico, p. 252). — Cf. la petite étude de P. Bruder: Die heiligen Marhjrer Marcellinus und Petms... (Mainz. Kirchheim, 1818, in-16), livre I.
a Bosio, 129-135. — Bottari, I, 202. — Bull., 1891, 150.
Gestes
de sic Sérapie el ste Sabine.
rapport avec la première : le terme dY xorcista attaché à la mémoire de Pierre aurait été le noyau de la tradition nouvelle ; les gestes d'Alexandre et de Processus, Yelogium de Damase, la tradition relative aux Pierre et Marcellin de Pontien, en auraient fourni les épisodes ; elle se serait constituée à une époque assez tardive, non pas autour de la basilique cémitériale 1 , mais à l'église céliennc et aurait été répandue par quelque clerc désireux de rehausser la gloire des saints qui la protégeaient.
En gravissant par le Yicus Publiais les hauteurs de l'Avcntin, on se heurtait à un temple de Diane, mentionné dans les gestes d'Urbain, d'Eugénie et de Prisea, et bien connu par les renseignements que nous fournissent Tite-Live, Denys d'Halicarnasse et Suétone. — En contournant le temple à droite, on arrivait à sainte Sabine, à gauche à sainte Prisea.
« Sérapie , vierge , citoyenne d'Antioche habite à Vendi- « num (?) dans la maison de Sabine , veuve de Valentin, fille « de Herodes Metallarius (?) qui, sous Vespasien, donna trois « grands jeu.r à Rome. Mandée par le praeses Berillus, elle « revient chez elle saine et sauve. Trois jours après , le « praeses prépare des jeux au-delà du pont gui se trouve « au dessus des Arcus Bini, se fait ramener Sérapie et la « livre à deux jeunes gens d'Egypte ; mais Dieu ne permet « pas quelle, soit violée. Ramenée devant le praeses, elle « raille sa déception, rend à la vie les deux jeunes « Egyptiens , est torturée et finalement décapitée au-delà de « T Arcus Faustini iuxta aream Vindiciani ducis ducum, le 4 « des calendes d'août. — Sabine ensevelit Sérapie; traduite « devant le préfet Helpidius, elle est décapitée et ses biens « confisqués le 4 des calendes de septembre. Les chrétiens « déposent son corps dans son monument de t oppidum des « Vendinenses, ad arcum Faustini. »
1 Elle vient d’être tout récemment retrouvée par M. Marrucchi: cf. la cripta storica dei SS. Pielro e Marcellino recentemente scoperta sulla via lavicana ( Nuovo Bull. 1898, 137).
SAINTE SÉRÀP1Ë Et SAINTE SAIÙNË
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La sainte Sabine, héroïne de la légende et éponyme du titulas aventin 1 , est solidement attachée à Rome, sinon par le férial, du moins par le Salisburgensis : dans ce document, sa tombe est signalée sur la Voie de Porto. L’église aventine est attestée à la même époque précisément; le prédécesseur de Sixte, Célestin I er (422-432) est mentionné dans l’épitaphe du prêtre Pierre qui la fonda; le Liber Pontificalis confirme les données de cette épitaphe.
L'histoire de sainte Sabine, par contre, est solidement attachée à la terre d'Ombrie. Si on n’y a pas retrouvé les Areas Bini et Faustini, — d'ailleurs inconnus à Rome, — on devine que Y oppidum Vindennatium était le centre urbain de ces Vindinenses ombriens dont parle Pline 2 ; du reste, la couleur ombrienne des noms de Valentin et de Sabine est attestée par le Valentin de Rieti et le Sabinus d' Assise; le terme d'area, enfin, était courant en Ombrie 3 .
Il est donc vraisemblable que la sainte romaine a été confondue avec son homonyme ombrienne dont l'histoire avait surnagé. Il y avait à Rome , sur cette même voie de Porto oïl reposait la titulaire de l' église aventine, une colonie ombrienne : les inscriptions l'attestent 4 . — L'époque assignée parla tradition ombrienne ne soulève aucune difficulté; les noms d'Herodes, de Sabine, de Valentin sont usuels dans la première moitié du II e siècle; l'épisode des deux Egyptiens peut également s'expliquer par l'histoire 5 et la légende. On ne saurait rien dire au sujet des autres épisodes ni des autres personnages (Beryllus apparaît dans les gesta Tarachi) ; on ne saurait dire, en particulier, si l'anniversaire du 20 août est ombrien ou romain, ni si l’association de Sabine à une sainte Sérapie 6 , est historique ou légendaire, vient de Rome ou d’Ombrie.
Tout près de sainte Sabine, saint Bonifacc.
1 Cf. Ephemeri8 Spalatensis (Jaderae), 1804, p. 0 . « Die allchristliche Prachtthilre von S. Sabina in Rom ., par A. Ehrhard.
* Pline, H. .V., 111, 14, 10.
3 Bull ., 1871, p. 03. — R. S., 111, 420.
* De Rossi, R. S., 111, 682.
6 Tertullien : Apol ., 50 «... Ad lenonem potius quarn ad leonem... »
6 Le nom, d’origine égyptienne, fut transformé bientôt, par uu jeu de mots pieux en Séraphin.
A.V%LV>E CHITIC'IE DES TEADITIONS KOMAI5ES
G* rste« de Ü-/iLif*ce.
« Au temps de Dioclétien et de Maximien , Boni face, u intendant <T Aglaé % riche dame romaine . c/ v>/i amant . <5/ ** envoyé en Asie par celle-ci , touchée de repentir , arec #*#/.>- « wo/i recueillir et cT apporter à Bonte les reliques des u martyrs. Martyrisé lui-méme à Tarse par le juge Simp/i- *• /7 0 / rapporté à Borne par ses gens . enseveli par
" Aglaé m voie Ixitine , a*/ cinquième stade ; il avait été mar- •* t grisé le quatorzième jour du mois de mai. »
Le saint Boniface titulaire de l’égli>e n'a aucune attache romaine. Le Bemensis 14 mai' ne saurait entrer ici en ligne décompte: le Boniface qu'il mentionne au 14 mai. à la différence de l’E et du W muets à cet endroit, est une évidente addition faite d’après notre légende elle-même. l-e premier pape du nom de Boniface 41 8-422 * n’est certainement pas le martyr aventin : il a de très solides attaches salariennes: le férial, le Sa/isburyensis . le Liber Pontificales en témoignent également. Le nom même de Bonifacius est inusité avant le V siècle, comme tous les noms de facture semblable; d’autre part, la plus ancienne attestation de l’église aventine est donnée par l’Epitome 642-649 : ecclesia S. Bonifacii mort gris ubi ipse quiescit. Le Boniface qui la protège a donc été importé h Home entre les débuts du y* siècle et le milieu du vu 9 .
On peut songer à trois saints Boniface. Le diacre de l’abbé Liberatus martyrisé avec lui par les Vandales, n’est vraisemblablement pas le nôtre: sans doute, Victor de Vite était lu et goûté à Rome, les gestes de Cécile et d’Abdon l’attestent; mais les compagnons du martyr africain ne reparaissent pas dans la tradition romaine, qui est, en outre, exempte de toute attache africaine. — L’évêque de Ferento, au vi e siècle, n’est pas davantage, semble-t-il, le titulaire de notre église. Sans doute il put être, à Rome, en grande vénération ; les Dialogues de saint Grégoire nous invitent à le penser; mais on ne voit pas qu’il ait été martyr ni qu’il ait passé pour tel; surtout on ne voit pas qu’aucun personnage de la seconde moitié du VI e siècle ait obtenu les honneurs du culte dans une église romaine à lui particulière dès la première moitié du vu*. — On en vient à penser que c’est le Boniface, de Césarée de Cappadoce, attesté par le calendrier au VII id. iun., dont le culte a été installé sur F Aventin ; si la légende ne parle pas
Saint sonIfacé
de Césarée, ni même de Cappadoce, ni encore de Lucien qu'il faut peut-être associer au saint de Césarée, elle place en Orient son principal héros. L'hypothèse a pour elle quelle s'appuie sur des cas d'analogie ; les cultes de Corne et Damien, de Serge et Bacchus, de Césaire, de Théodore furent importés par les Byzantins. Que la Cilicie ait remplacé la Cappadoce et Tarse, Césarée, il n'v rien là d'étonnant ; cette substitution s’explique par l’influence de Victor et Corona (14 mai) et de Tarachus (13 mai).
Si telle est l'origine du culte aventin, quelle est l'origine de la tradition?
La tradition a été suggérée par l'église. On a prétendu le contraire, en s’appuyant sur ce fait qu'elle l'ignore 1 : mais les gestes d'Eusèbe, des III I Couronnés, de Pierre et Marcellin, d’Anastasie, de Clément, ignorent de même les églises do Clément, d'Anastasie, de Pierre et Marcellin, des IIII Couronnés, d'Eusèbe : qui conteste pourtant qu'ils n'en illustrent l'histoire? En précisant nos connaissances sur les origines .de l'église, nous risquons donc de jeter quelque lumière sur les origines de la tradition. Trois papes du nom de Boniface régnent de 607 à 625 : on n’en compte que deux avant 607, Boniface I er qui règne de 418 à 422, Boniface II qui règne de 530-532 : deux, par conséquent en deux siècles. Et tout d'un coup, en moins de trente ans, en voici trois, presque coup sur coup, et qui ne sont pas originaires du même pays. Le fait atteste le rayonnement du nom ; il invite à penser que c'est de cette époque que date l’installation du culte de Boniface sur l'A vendu.
Or le Liber Pontificalis atteste que Boniface IV qui régna de 608 à 615, suivant en cela l'exemple de saint Grégoire, transforma sa maison en monastère : (domum suam monas-
1 La différence que M. l’abbé Duchesne indique ( Mélanges , X) entre les textes grec et latin nous parait d'importance très secondaire : quinque et quinquaginta, ictvTt et TtevTTjxovTa se prennent aisément l’un pour l'autre. La leçon donec aedificarel domum eius passione dignam , où il voit la caractéristique d’une tradition particulière est propre à un seul des mss latins vus par les Bollandistes, le Vaticanus 6075 ; c’est une évidente correction née du désir de concilier, avec le fait de l’église aventine et de sa tradition propre contenue dans YEpitome , la tradition des gestes. — La localisation latine fantaisiste est moins surprenante qu’il ne semble : les gestes de Basilide contiennent une localisation du même genre ; bien plus, les gestes de Nérée font de son compagnon et de lui-même les eunuques, valets de chambre de Domitille, et chacun pouvait lire dans leur basilique l’inscription de Damase qui en faisait des soldats. — Cf. Clément.
terium fecit). Il faut, sans doute, entendre ici un monastère de diaconie : ces sortes de bureaux de bienfaisance, attestés pour la première fois en 68 4 1 remontent au début du siècle très vraisemblablement; et Ton voit que, plus tard, l'église aventino est désignée sous ce nom. L’on sait enfin que les supérieurs «les diaronies étaient appelés pater ou dispensator 2 ; et voici que, au temps de saint Grégoire 590-604, l'on trouve un diaconus aique dispensator ecclesiæ qui s'appelle Boni fatius 3 . — Mais alors, objectera-t-on, l'introduction du culte de Boniface à Rome, la consécration d'une chapelle à ce martyr dans le monastère de diaconie aventin n'est-elle pas vraisemblablement le fait de ce diaconus atque dispensator ecclesiae ; et ne faut-il pas les dater l'imc et l'autre du pontificat de Grégoire 590-604 et non du pontificat de Boniface IV, 608-615.
Je lève cette difficulté en identifiant le pape Boniface IV (608-615") avec le Boniface « diaconus atque dispensator ecclesiae » du temps de saint Grégoire. Le Liber Pontificalis ne nous oblige nullement à dater de l'époque du pontificat de Boniface la transformation de sa maison en diaconie. La chronologie autorise, d'autre part, l’identification des deux personnages. Le Liber Pontificalis, enfin, atteste que Boniface IV était originaire de la Valérie, « natione Marsorum de civitate Valcria» et c'est de cette même province de Valérie que saint Grégoire semble bien faire venir son Boniface : «Étienne..., qui était, par « agnation » très proche parent de Boniface, diacre et dispensateur de l'Église..., fut prêtre de la province de Valérie 4 . » Ce Boniface était moine 5 ; et voici qui, pour nous, est très intéressant, il fut envoyé à Constantinople en qualité d’apocrisiaire*». N'est-il pas vraisemblable de croire qu’il a connu h Constantinople le saint de Cappadoce, qu'il s’y est intéressé comme à son patron et que, à son retour h Rome, en ayant obtenu peut être quelque relique, il lui a consacré, dans sa maison, un oratoire?
» L. P. I., 364. Benoit II.
* L. P. I. 364 note.
3 Dialog. III, 20, (P. L. 77,269).
4 « Stephanus... huius nostri Bonifacii diaconi atque dispensatoris Ecclesiae agnatione proximus... Valeriae provinciae presbyter fuit [ Dial., 111, 20; P. L., * 7, 269).
& Dial., III, 29 (P. L., 77, 285).
* Epislolae, XIV, 8 (P. L., 77, 1310).