‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 41 sur 161 · SAINTE PRISCA · texte numérisé non relu

SAINTE PRISCA

« Sous le règne de Claude , la bienheureuse Prisca est saisie dans une église , conduite devant F empereur et , après avoir été longtemps torturée par Limeniits , parent de Claude , décapitée le 18 e jour de janvier y voie d'Ostie, au 10° mille : et deux aigles gardaient son corps lorsque survint l évêque de Rome qui l'enterra . Longtemps après , Dieu révéla à Eutychien, praesul apostolicae sedis Urbis Romae , en quel endroit elle reposait et Eutychien transporta son corps au son des hymnes et des cantiques, à côté de l'Arc Romain, dans F église des saints martyrs Aquila et Prisca. »

Primitivement, l'église illustrée par cette légende était désignée par le simple vocable de Prisca : les signatures du concile de 499 le montrent. Elle fut établie, sans doute, au m° siècle, dans la maison d'un Marins ou dans celle d’un Cornélius Pudens : l'inscription de Marius Pudens Cornelianus consul en 222, trouvée dans les jardins de la basilique, invite à le croire. Qui était, à quelle époque vivait Prisca qui fonda l'église? On ne saurait rien avancer avec certitude. Cependant, si l'on remarque que, malgré le désir évident du rédacteur de situer cette histoire à l'époque apostolique, elle présente un synchronisme curieux entre Claude (II) (268-270) et Eutychien (275- 283), on pensera que c’est à leur époque que vivait peut-être cette pieuse chrétienne : l'hypothèse s'accorde fort bien avec l’inscription de 222 : notre Prisca ne serait autre que la fille ou la petite fille de M. Pudens Cornelianus.

Le titulus Priscae du v c siècle est désigné au ix° pour la première fois, sous le nom d' Aquila et Prisca 2 . Si l’on rapproche du Liber Pontificalis qui mentionne la translation d'une Aquila et d'une Prisca sous le règne de Léon III (795- 816), l'épitaphe d’une Aquila Prisca et celle d'un Aquilius Priscus trouvées au cimetière Ostrien 3 , on ne peut dire néan-

1 Cf. Gôrres : Das martyrium der h . Prisca (Jahrb. für prot. Theol.. XVII, 1892, 112).

* C’est dans le Liber Pontificalis (II, 21, Léon III) qu'apparaît pour la première fois le vocable ecclesia Aquilae et Priscae ; à cette môme époque, dans ce même texte, le vocable ecclesia Priscae est encore usité (II, 4, 21).

3 L'anniversaire de Prisca, qui tombe le 18 janvier, ne serait pas sans rapport avec ce fait : le 18 janvier est le jour où l’on fête la Cathedra sancti Pétri , le grand jour de l’Ostrien. — L. P., II, 115-116. — Bull., 1888-1889, 129, note 4, 130-131. — Cf., C. I. L., VI, 12, 273.

Gestes

de

Sle Prisca *.

ANALYSE CRITIQUE DÉS ÎRADlflONS ROMAINES

moins, avec certitude, que ce soient les amis de saint Paul dont les corps aient été transportés par Léon. Lorsque saint Paul écrit sa seconde épitre à Timothée, ses amis sont en Asie et rien ne fait soupçonner qu'ils soient depuis revenus à Rome. Mais il est possible qu'ils y soient revenus; et puis, les Romains pieux n’y regardaient pas d’aussi près. Un moine crut ou voulut faire croire que les corps transportés étaient ceux mêmes des amis du grand apôtre : leur souvenir était plus glorieux, certes, que celui d'une sainte obscure; il fallait que l'église fût placée sous leur vocable. Il imagina*donc, je le soupçonne, par une fraude habile autant que pieuse, d’expliquer cette appellation de Prisca en imaginant une translation et de fonder i'antiquité du vocable Aquila-Prisca en le présentant comme antérieur à l'époque de cette translation, comme datant par conséquent du temps des Apôtres : saint Paul ne dit-il pas attisas Os IIp{ffy.av y.a 1 ’Ay.uXav... y.a\ ty;v xaT*oly.ov ajTwv iy.y.Xr^tav (Rom. XVI. 3-5). Ce qui appuie cette hypothèse, c'est qu'il est fort possible qu’une sainte Prisca, isolée, ait été transportée à Rome du 10 e mille de la voie d'Ostie ; cette translation effective, un peu antérieure, semble-t-il, à l’apparition du vocable Aquila Prisca, aurait suggéré le double légendaire qu’atteste notre texte.

4 - Voici encore une légende de fondation d'église. Il s’agit du

de^ 1 * * * * 6 saints ^ ll ^ iS Füsciolae, situé Via Nova , au point où, par un coude, Processus celle-ci rejoint la voie Appienne, près des thermes Antonins.

et « Processus et Martinianus , geôliers de saint Pierre et de Martmianus. (( sa { n i Paul , convertis par eux leur conseillent de fuir . Les « apôtres sortent de prison; comme ils passent Via Nova, « une bandelette — fasciola — tombe des jambes du bien - « heureux Pierre ; il continue sa route, mais , arrivé à la Porta « Appia , il voit Notre-Seigneur Jésus-Christ et, le reconnais- « sant, lui demande , « Seigneur, où allez-vous ? — A Rome, « répond le Seigneur :, pour être crucifié une seconde fois; « quant à toi, reviens à Rome . Et Pierre revint à Rome . »

1 L’église aventine aura été choisie, comme étant la plus proche : les

cimetières de la voie d'Ostie étaient rattachés à ce titulus. Cf. l’épitaphe

d’Adéodat : Marchi, Monum ., p. 26. — Noter que l’oratoire trouvé en 1776,

où l’on crut distinguer des fresques du iv* siècle représentant les apôtres,

ne confirme en rien l’origine apostolique de sainte Prisca. — De Rossi, Bull.,

Saint processus et Saint maUtiniaNUs

Ces deux épisodes des gestes de Processus ne sont pas de même origine. L’un est purement romain : celui qui raconte la chute de la bandelette — fasciola. Le titulus Fasciolae , attesté en 377, portait vraisemblablement le nom d’une romaine, sa fondatrice ; mais comme îe terme de Fasciola a, en même temps la signification de « bandelette » , il arriva tle bonne heure, que l’imagination populaire travailla sur ce jeu de mot.

L'importance de la voie Appia tendait à y fixer la vieille tradition de l’apparition du Christ à saint Pierre; la convenance interne (les deux épisodes contribua à fixer le second Voie Appia, à rattacher le premier à saint Pierre: c'est dans sa fuite qu'allait lui reprocher Jésus, que l'apôtre avait perdu une bandelette 1 .

Nous avons fini notre tour de Rome h l’intérieur de l'enceinte ; nous voici revenus dans le voisinage des saints Jean et Paul, et voici que les gestes de Processus semblent nous engager sur la Voie Appia. Par la splendeur des souvenirs chrétiens qui s’v pressent, comme par la majesté des monuments païens qui s’y dressent, elle mérite plus qu’aucune, le titre de « Reine des voies romaines » que les anciens aimaient à lui donner. Il est juste de commencer par elle notre tour de Rome « fuori li mura » et de descendre d’abord dans les hypogées vénérables qui se cachent tout autour.

1 Cf. infra. Le plus ancien oratoire attesté à cette place est mentionné dans une charte de 1288: « Ecclesiam scae Mariae ubi Dominus apparuit. » Nerini, Boniface et Alexis , p. 253. — Un édicule fut construit au même endroit sous Paul 111 par Reg. Polus (Nibby. Mod ., I, 453). — L'église porte actuellement le nom de Santa Maria délit piante (Jordan, 11, 335, 615. — Severano, 1 chiese , 1, 461).

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