LES « MARTYRS (>REC
nacensis et le Bernensis , l’âge tardif du Breviarium Gello nense 1 invitent à penser que les anniversaires qu’on y relève ne sont qu’une addition postérieure au texte primitif, un emprunt à nos gestes.
L’époque où moururent les martyrs est beaucoup moins incertaine que les dates de leurs anniversaires. La mention de Valérien au début du texte, semble rattacher l’ensemble des faits à la persécution de 257-258; l’obligation de ne rien acheter sans sacrifier tout d’abord nous reporte à la crise de 303-304. Mais la première date est confirmée, par la mention du préfet Maximus, — quoique, à vrai dire, Maximus apparaisse déjà, comme consul, dans les gestes d’Etienne, dont on sait le rôle dans ces gestes-ci et que le rédacteur ait pu l’emprunter à ceux-là, en le faisant monter en grade ; — elle est confirmée encore et surtout par ce chiffre bizarre de treize années (cf. supra), qui nous reporte à la persécution de Claude. D’autre part, la popularité de la persécution dioclétienne, explique qu’on ait attribué à une autre persécution les détails propres à celle-ci. Entre 258 et 304, nous pouvons, avec vraisemblance, choisir la première date.
La même incertitude enveloppe les détails divers que rapporte la tradition. Les deux épigrammes qu’a conservées le codex Turonemis* ne sauraient la confirmer, étant de la môme époque.
Olim sacrilegam quam misit Graecia turbara,
Martyrii meritis nunc decorata nitet.
Quæ medio pelagi votum miserabile fecit,
Reddere funereo dona nefando Ioui.
Hippolyti sed prima fides caelestibus armis 5
Respuit insanam pestiferainque luem,
Quem monachi ritu tenuit spelunca latentem Christicolis gregibus dulce cubile parans,
Post hune Adrias sacro mundatur in amne
Et Paulina suo consociata viro 10
XIII K. IVN.
Epigr. 78 (Ihm. p. 8i.)
1 II est du ix" siècle, Rossi, R. S. y III, 198.
2 Cf. Ihm, Intr., p. xi.
...SVB D VID NOV...
Nata Maria simul caro fcura fratre Nio]ne Gaudentes sac ram p[romer]uere fidem.
Divitias proprias Christi praecepta secuti
Pauperibus larga distribuere manu. 5
Quorum praeclaris monitis multoque labore Accessit summo sancta caterua deo.
Post animas Christo tradentes sanguine fuso Ut vitam caperent, non timuere mori.
• Horum virtutes quem passio lecta docebit 10
Rite suis famulis discet adesse deumC
Ep. 77 (p. 80).
Que le poète inconnu qui compose ces elogia rapporte ici les memes événements que les gestes, et que trois divergences séparent les deux textes l’un de l’autre, c’est ce qui ressort avec évidence du seul rapprochement des documents. Pourquoi les épitaphes marquent-ils au XIII K. iun. l’anniversaire de Paulina marqué par les gestes au XIII K. nov. ? Pourquoi Maria et Néon, tout enfants dans la légende, sont-ils regardés parle poète comme disposant de leurs biens? Enfin, on ne saurait ne pas se demander pourquoi le texte que nous lisons aujourd’hui ne développe pas les mêmes événements qui sont mentionnés dans les premiers vers de l’épigramme 78, et si la passio désignée par le vers 10 de Tépigramme 77 est celle qui nous est parvenue ?
A cette dernière question, on peut répondre par l’affirmative, sinon avec certitude, au moins avec vraisemblance. Il n’y a pas trace d’un autre texte sur lequel reposerait celui que nous lisons. Il n’y a pas apparence que cet autre texte ait existé : les incertitudes chronologiques du nôtre montrent qu’il n’utilisait aucun document authentique ; si l’on rapproche de ce fait la physionomie générale qu’il présente et qui rappelle les gestes romains par l’abondance des indications topographiques autant que par la psychologie de ses personnages, on conclura qu’il fut rédigé, sans doute, à la même époque que le plus grand nombre. Cette hypothèse est confirmée par cette autre: les éloges pseudo-damasiens sont vraisemblablement de l’époque de Vigile dont on sait le zèle pour
1 Les deux épigrammesne font sans doute qu’une seule et même pièce de vers, écrite sur deux sépulcres se regardant. 11 est étrange que de Hossi et Ibm ne s’en soient pas aperçus et citent le 77 avant 78, c’est-à-dire la suite avant le commencement.