‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 5 sur 161 · QUEL EST L’ÉTAT DU PROBLÈME · texte numérisé non relu

QUEL EST L’ÉTAT DU PROBLÈME

presque aussitôt. Interrogez Jean de Launoi et Ruinart; par sa rigueur impitoyable, le premier s est attiré le significatif surnom de dénicheur de saints, — et rien n’autorise à croire qu’il exceptât les légendes romaines du jugement qu’il portait sur toutes les productions de ce genre, — tandis que le second, lorsqu'il entreprit de former la collection des actes sincères, n’y put faire entrer que trois textes concernant des martyrs de Rome : ceux qui racontent la passion de sainte Félicité, celle de sainte Symphorose, celle de saint Genes L Après les savants catholiques, interrogez les savants non catholiques. Dodwell 2 prise si peu tous ces textes qu’il en attaque non seulement les détails accessoires, mais encore les données essentielles.

Après une lente évolution, la critique a donc reconnu le fait de l’inauthenticité : Jacques de Voragine et Tillemont en marquent les deux points extrêmes, et Baronius,Ie point moyen 3 .

Si les textes ne sont pas authentiques, quelle en est donc l’origine ? S’ils n’ont pas été écrits par des contemporains, à l’époque oii se passaient les faits qu’ils rapportent, quand donc et par qui ont-ils été rédigés? L’inauthenticité une fois constatée, voilà le problème qui se posait, inéluctable, aux savants des xviii 0 et xix° siècles 4 .

Une première théorie se présentait à eux, que l’on surprend, indécise, à travers l’œuvre séculaire des Bollandistes, que l’on trouve très précise dans les écrits de Le Blant, que l’on constate enfin, parfaitement consciente d’elle-môme et claire-

1 Je ne tiens pas compte de Laurent, Hippolyte et Agnès, pour lesquels Ruinart reproduit les hymnes de Prudence. Dans la seconde édition, il introduisit les actes de Boniface.

- Dissertaliones Cyprianicae, XI.

3 Quelques retardataires survivent encore. Pour Galesinius, les Gesla Priscae étaient écrits par les notarii (A. SS., 18 janvier, p. 547); il ne semble pas que M* r Lugari soit beaucoup plus avancé que Galesinius (Nuovo Bullettino ..., 1896, p. 148) : 8. Sebastiano, Roma, 1889, p. 69 ( Analecta Boll. % X, 368).

4 Tillemont n’eut pas le temps de l’aborder. On se rappelle qu’il signale souvent des questions qu’il n’a pas le loisir d’examiner lui-méme ; il les indique à ses amis. Cf. infra , III, p. 11.

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LES GESTES DES MARTYRS ROMAINS

ment exposée dans les ouvrages de de Rossi, où rempruntent à l’envi le gros des savants qui travaillent à l'heure actuelle : •les gestes romains seraient des textes authentiques, interpolés et embellis. Ouvrez les volumineux in-folio des Acta Sanctorum : (pie ce soit les tomes du mois de novembre que vous consultiez ou ceux du mois de janvier, que ce soit les successeurs de Baronius ou les contemporains de l’école de Tübingen que vous interrogiez tour à tour, vous surprendrez bientôt, chez tous ces savants, d'époque, d’âge, d’esprit si divers, une même et commune tendance : montrer que les actes reproduisent une première rédaction authentique, qu’ils sont sincères quant au fond et qu’il est aisé de rendre compte des erreurs qu’ils renferment par une série de déformations successives 1 .

1 Cf. passim les C ommentarii praevii. — Cf. surtout la dissertation de Rolland: An Acta SS. Apocrypha ? Praefatio Gêner., III, 3. (Janvier. 1, p. xxxix.) Apocryphe ne désigne pas un texte fictif, mais un texte dont l'auteur est inconnu, qui n'est pas canonique, qui n'est pas lu à l'église. « Nihil tamen inesse, ut io illis Patrum Scriptis ita et in his vitis praesertim per anonymes exaratis, quod corrigi debeat, non sum ita demens ut existiniem. » Voilà le premier germe de la théorie bollandiste. admise au xvm* par Aringhi et Boldetti. C'est cette même théorie qu’adoptait aussi, semble-t-il, B. Chetnnicius : il reconnaît que tout n'est pas également défendable, dans les actes des martyrs: mais il écrit d'autre part: « Ecclesiaui certos notarios adiunxisse martyribus ut acta eorum fideliter an no tarent ad laudem Dei et instructionem fidelium {Exam. Concilii Tridentini , p. ui ; apud Sagittarium, 1, 8,. Il en est de même de Decio Memmolo: « Ho seguito tutti (ruanoscritti/ in quello in che communemente concordano, tralasciando alcuni colloquii alquanto vari, per esser dettati. corne io credo più dalla pia considerazione degli scrittori che da certa scienza. * (bella Yita, Chiesa et Reliquie de Sftnli Quattro Coronati , in Roma Grignani, 1628. in-18,p. 15) ; et sans doute il en est de même aussi de Martinelli, dans son fameux ouvrage: « Roma ex et Imita sacra sanctorum Pétri et Pauli apostolica praedicatione profuso sanguine a Floravantc Martinello Romano publicae venerationi exposita * (typis Rom mis Ignatii de Lazaris, 1 050',. Cf. p. 37, 451, ftassim — Ruinart admet explicitement la théorie de l’interpolation : aux actes authentiques rédigés soit par les martyrs, soit par leurs amis, et qui ont disparu soit par la négligence des chrétiens Uliuturnitate lempons). soit par les auto-da-fé des païens {tf/rannorum malitia ont été « substitués » d’autres textes. « Ea autem sunt quae passim in codicibus manu scriptis et editis occurrunt. quae tametsi priînigeniorurn Actorum puritatem non assequantur, multisque ut plurimum ciroa personas et ternpora scateant mendis, non tamen omni rejicienda crediderim. Iis acrensenda sunt acta in suinma quidem sineera, sed quae ab hominibus imperitis temere violata sunt. adiunctis ad priora Acta miraculis aut martyrum cum tyrannis concertationibus... passim in iis aliquod prions sinceritatis veluti scintillae elucere (conspiciuntur (Edition de 1731. p. vm-ix). Rien n’autorise à penser que Ruinart ait distingué des actes des martyrs en général les actes des martyrs romains — Le R. P. Honoré de Sainte-Marie, qui publie, en 1713, ses Réflexions sur les Rèqles et sur Visage de la critique touchant V Histoire de V Eglise... les Vies des Saints (Paris, Jourbert) représente

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