‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 6 sur 161 · QUEL EST L’ÉTAT DU PROBLÈME · texte numérisé non relu

QUEL EST L’ÉTAT DU PROBLÈME

Cette théorie a trouvé dans Le Blant un défenseur et dans ses travaux un point d’appui. Tandis que Tilleinont relève avec soin les quelques termes qui désignent les institutions politiques du Bas-Empire, Le Blant note avec non moins d'attention tous les termes qui se rapportent aux institutions politiques contemporaines de l’époque prétendue et des personnages mis en scène ; il voit dans ceux-ci la preuve que les gestes reproduisent une première rédaction authentique ; il explique ceux-là par des corrections maladroites et des embellissements postérieurs, et il conclut que, malgré les apparences, les actes ne sauraient être dédaignés 1 .

Fort des études de Le Blant, digne continuateur de Bosio, de Rossi aperçoit l’importance et proclame la nécessité de la méthode topographiqué dans l’étude des traditions romaines ; en même temps il systématise la théorie éparse dans les volumes des Bollandistes. Après avoir un moment pensé qu’aucune « théorie générale » n’est de mise en l’espèce 2 , il se ravise et expose une « théorie générale » à l’Assemblée Dei Cultori , le 11 décembre 1881 : les légendes ont passé par quatre phases, rédaction, interpolation, développements, abréviations liturgiques; dans toutes ces transformations, la physionomie originale du texte s’est assez altérée ; mais le fond et la substance du noyau primitif ont subsisté généralement, qu’il ait été formé

fort bien l'opinion moyenne (le ceux qu’elfnrouche la critique de Tillemont, plus vigoureuse que rigoureuse. U croit que de nouveaux actes ont été rédigés après — il faut entendre, semble-t-il, peu de temps après - que les actes authentiques ont été brûlés ; il reconnaît même qu’on a falsifié ceux qui avaient subsisté (1, 19) et range dans ce groupe de textes refondus sur les originaux, les gestes de Syinphorose, de Félicité et de Genes. 11 voudrait admettre dans le recueil de Ruinart les gestes de Concordius, d’L’rbain, d’Alexandre, d’Etienne, de Marcel, de Pudentienne, d’Aurea, de Sabine, de Marcellin et Pierre, sans que l’on voie bien clairement comment il s’en explique l’origine. Sa critique de Ruinart et de Tillemont est souvent intéressante : il tire habilement parti de ce que la leur est incomplète et purement négative (t. Il, Dissertation IV’, passim. notamment 11* partie, p. 19-20 . — Il est probable que, pour Mabillon, nos textes étaient interpolés; il ne jugeait pas qu’ils fussent authentiques; pourtant il croit à l' antiquité des gestes de saint Clément : on y parle d’un Sisinnius qui est mentionné dans la messe du saint (De lAlunjia yallicana, III, 218). Noter qu’il remarque, à propos des actes de Silvestre, que le décret De Hecipiendis n’était sans doute pas observé (Disyutsitio de Cursu yatlicano , à la suite du De Lituryia..., édition de 1685, p. 385-386 . Lorsqu’il retrace la vie de saint Benoit et de son époque, rien ne permet de penser qu'il plaçât à cette époque la rédaction des gestes romains.

1 Cf. Les Actes des Martyrs, supplément aux Acta sincera de dom Ruinart (Paris, 188i), et les Persécuteurs et les Martyrs (Paris, 1893).

• /(. S. j I, p. 124; — 111, p. xxu,

LES GESTES DES MARTYRS ROMAINS

après ou avant la paix de l’Eglise 1 . Les autours des Acta Sanctorum avaient donc raison de ne pas s’en tenir aux critiques minutieuses de Tillemont, cavillationes Ti/lemoîitii, et de ne pas vouloir, avec lui, condamner les Gesta ; les erreurs qu’il se plaît à relever s’expliquent très naturellement dans l’hypothèse que l'on propose.

Telle est, aujourd’hui, la théorie le plus généralement reçue. C’est celle qu’adopte M. Allard dans son Histoire des Persécutions; celle qu’expose M. Heuser dans la Real-Encyclopoedie de Kraus; celle à laquelle se rallient Aubé 2 et M. Neumann 3 dans leurs travaux d’ensemble et leurs enquêtes particulières. Parmi les catholiques comme parmi les non-catholiques, en Allemagne comme en France, on s’accorde donc à voir dans nos textes une rédaction primitivement authentique, et plus tard interpolée.

Une autre théorie a été pourtant indiquée. Si les textes sont seulement interpolés, ont remarqué certains savants, il est curieux qu’à aucune époque, pour aucune légende, aucun érudit n’ait tenté de reconstituer le texte primitif qu’ils prétendent à toutes les époques, découvrir dans toutes les passions. La raison n’en serait-elle pas que, la terminologie administrative du Bas-Empire rayée des gestes romains, leur physionomie générale n’en serait guère modifiée ni leur saveur sensiblement altérée, « au goût de ceux qui ont lu l’histoire de saint Polycarpe?... » D’autre part, on rappelle que, si la langue administrative du Bas-Empire renferme un certain nombre de termes nouveaux, elle a retenu presque complètement le vocabulaire de l’époque précédente ; et l’on pense que, ce que les gestes présentent de remarquable et de significatif, ce ne sont pas les

» Hulletino..., 1882, p. 162.

* Histoire des persécutions de l'Eglise jusqu'à la paix des Antonins , par B. Aubé, Paris, Didier, 1875, 2 vol. in-8", et la suite.

a Ver rdmische Staat und die allgemeine Kirche bis auf Diokletian von V. J. Neumann , I, Leipzig. Veit, 1891, in-8. C’est à la théorie de l’interprétation que semble aussi se rattacher M. Vigneaux, dans son beau travail sur la Préfecture urbaine.

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