SAINT SÉBASTIEN
« de tous , chrétien fervent , mais cachant sa foi afin de « pouvoir réconforter les martyrs . Il raffermit Marcus et « Marcellianus, enfants jumeaux de Tranquillinus et Marcia, « rend la parole à Zoé, femme du primiscrinius Nicostratc « qui gardait Marcus et Marcellianus ; il la convertit ainsi que « son mari Castorius , son beau-frère Claudius le comme n- « tariensis , Symphorose sa femme, Félix et Felicissimus ses « deux fils, six autres amis et trente-trois autres personnes : « le prêtre Poly carpe donne à tous le bapêtme . — Agrestius « Chromatius, préfet de la ville, est à son tour éclairé par « Tranquillinus et se convertit avec Tiburtius son fils et mille « quatre-cents personnes de sa maison . Durant la persécution « qui sévit sous le consulat de Maximien et d’Aquilinus, « alors que nid ne peut rien acheter sans sacrifier tout d'a - « bord,Caius reste à Rome avec Marcellianus, Marcus , Tran- « quillinus, Sébastien, Tiburce , Nicostrate, Castorius, Zoé, « Claudius, Victorimis et Symphorianus, tandis que Chroma- « tins part avec les autres. Marcus et Marcellianus sont faits « diacres, Tranquillinus prêtre, Sébastien défenseur de « T Eglise, les autres sous-diacres . Pour plus de sûreté^ ils « logent tous chez Cas tu lu s, chrétien, zétaire au Palais . « Mais Zoé est saisie tandis quelle prie à la confession de « Saint-Pierre, à T anniversaire des apôtres, et jetée au « Tibre; Tranquillinus est lapidé en allant à la confession « de Saint-Paul, à T octave des apôtres ; Nicostrate, Claude, « Castorius, Victorinus, Symphorianus sont jetés à la mer; « Tiburce est décapité, Castulus massacré, Marcus et Marcel - « lianus empalés et ensevelis, Voie Appia, au second « mille, ad Are nas. Sébastien est saisi, percé de flèches, « recueilli et guéri par Irène veuve de Castulus, repris et mis « à mort . Il est enseveli, comme il Fa demandé en songe à « Lucine, aux catacombes, à F entrée de la crypte des apôtres. »
Que Sébastien ait été enseveli au lieu dit ad Cathecumbas , le fait est attesté, sinon par Damase, du moins par le chronographe ; il est confirmé par la construction du monastère que Sixte III y éleva (432-440) { , par l'inscription votive que placèrent dans la crypte deux prêtres de Jean et Paul sous In-
1 L. P., I, 236, note 13.
nocent I (401-417); enfin par les Itinéraires 1 . La mention de la confession de saint Pierre et de saint Paul à ce même endroit s’explique sans peine : on sait 2 que les reliques des apôtres y furent transportées en 258 pour être de nouveau déposées au Vatican, après la paix de l’Eglise ; et l’on sait aussi que leur culte y subsista après cette seconde translation : Damase y fit graver une inscription en leur honneur 3 et le férial atteste qu’on y faisait station au jour de leur fête 4 .
La date de l’anniversaire du saint semble aussi certaine que le lieu de son tombeau. Dès le iv° siècle, il est célébré le 21 janvier, en même temps que Fabien. Et l’on ne saisit pas trace, dans les textes postérieurs, d’une tradition divergente. Le férial, comme le sacramentaire Gélasien au vu 0 siècle 5 , le sacramentaire Grégorien au vm siècle 0 s’accordent avec le chronographe.
L’époque des martyrs semble bien être celle de Dioclétien : quelques-uns souffrirent sans doute dans les premières années du règne, le plus grand nombre dans la persécution finale. La première date est déterminée d’abord par le synchronisme établi entre Dioclétien, empereur depuis le 17 septembre 284 7 et Carin, empereur de décembre 283 à avril 285 8 ; elle est confirmée par le consulat de Maxime et d’Aquilinus qui est de 286 9 . On n’y saurait rien objecter, car Maximien fut César dès le mois de mai 285 et Auguste dès le mois d’avril 286 ; et M. Junius Maximus — qu’il est permis de retrouver sous le Maximien des gestes — fut préfet de la ville en cette même année 286. Si, d’autre part, aucun texte ne nous autorise à admettre sous le règne de Carinus aucune persécution régulière, rien de ce que nous connaissons de son caractère et de ses actes 10 ne nous empêche de croire à des tracasseries ou à des vexations, comme paraissent en supposer les premiers rapports de Sébastien avec Marcus et Marcellianus.
1 Le F. H. ne donne aucune indication topographique au 21 janvier. a Duchcsne, L. P., I, ex et suprà , p. 104.
* FIL 29 juin.
6 Muratori, L 637.
6 Muratori, II, 20.
7 Chron. d'Alex ., p. 274. — Schiller, II, 120. s Tillemont, 111,519; Schiller, I, 884.
9 Goyau, p. 338.
10 Vopiscus, Carinus ,
Saint Sébastien
Il est non moins vraisemblable que les gestes rapportent certains souvenirs qui remontent h la grande crise de 30*2-304. La mort de Sébastien, officier dans un corps de la garde, se place aisément à l'époque où les Augustes semblent préluder à la persécution générale par l'épuration de l’armée. D’autre part, l'obligation de sacrifier étendue à tous les chrétiens, imposée à tous comme condition préalable de tout achat nous reporte aux jours affreux qui suivirent l'édit de 304 ; comme aussi la fuite de Chromatius qui se cache dans ses terres de Campanie avec nombre de fidèles.
L'origine milanaise du martyr est aussi probable que l'époque où il vécut. L'importance de son culte dans cette ville, k la fin même du iv e siècle, nous est attestée par Ambroise 1 et confirmée par le silence du Sacramentaire Léonien, livre d'origine purement romaine 2 .
En dehors de ces certitudes — touchant la sépulture et l’anniversaire de Sébastien — , et de ces vraisemblances — touchant le lieu de son origine, l'époque de sa vie et les circonstances de sa mort — , il semble malaisé de rien dire de positif et de précis. Il serait oiseux de discuter sur les fonctions de Fabianus et d’Agrestius Chromatius tout autant que sur les différents détails rapportés par les gestes 3 . Aucun document ne permet de mesurer la valeur plus ou moins légendaire des personnages qu’ils groupent ensemble 4 .
1 P. L., 17. 21 ; 15, 1497-1498. Le détail qui fait de Sébastien le premier defemor civitatis est, sans doute, de tradition milanaise ; Cf. Tillemont, IV. 740.
2 Noter que c’est seulement au vir siècle, sous Théodore (642-649), qu’il a pour la première fois un oratoire à Rome., L. P., 1 ; 333 (sans parler du monastère de la catacombe).
3 La question de Marcus et Marcellianus est particulièrement obscure. Les gestes les enterrent sur la Voie Appia, au deuxième mille, ad Arenas; les Itinéraires sur la Voie Ardéatine — de Rossi a expliqué l’erreur du férial confondant le cimetière de Balbine. ad. s. Marcum et celui de Basile, ad ss. Marcum et Marcellianum , même voie (R. S.. I, 261, 132). — Cette contradiction est peut-être plus apparente que réelle : la grande nécropole callistienne n’estelle pas à cheval sur les deux voies, notamment dn côté de Sainte Soteris?
4 Saint Ambroise fait naître Sébastien à Milan — non à Narbonne comme le Pseudo-Ambroise ; — à la différence de celui-ci, il lui fait rechercher la mort.
ANALYSE CtUTIQUE DÉS TÉADÎtlONS fcÔMAÎNËS
Gestes de saint Jean.
Gestes de saint Nérée.
« Comme saint Jean refusait de renier le Christ , le pro- « consul d'Ephèse en avertit Domitien par une lettre . Domi- « tien irrité fit venir V Apôtre et le fit plonger dans l'huile « bouillante , devant la porte Latine, non sans l'avoir fait « fouetter et raser, afin qu'il parût déshonoré, la veille des « noues de mai. Saint Jean sortit de la cuve d'huile bouilli lante, sans une blessure. Pour conserver ce souvenir , les h chrétiens construisirent une église en cet endroit. »
Le fait est expressément attesté par Tertullien 1 , qui avait été à Rome. Mais le souvenir s’en perdit de bonne heure : aucune autre légende romaine n’y fait allusion, celles-mèmes qui ont leurs attaches sur la voix Latine; le texte de Méliton l’ignore de meme. Elle reparaît pourtant dans le courant du VI e siècle : la fête du 6 mai est attestée par l’édition du calendrier romain qui parut au début du vu® siècle 2 ; l’église est signalée au cours du vi* siècle 3 .
c< Su/pitius et Servilianus amis d'Aurelianus, viri illustres, ii fiancés à Euphrosyna et Theodora, sœurs de lait de Flavie ii Domitille , se convertissent au christianisme en apprenant ii que Domitille a guéri un aveugle, Hérode , frère de Théo- « dora, et une muette, la fille de la nourrice d'Euphrosyne. « Comme ils refusent de sacrifier, Luæurius, frère dAure- (( lianus qui vient d'être frappé par Dieu, les livre au préfet ii urbain Anianus, avec l' autorisation de Trajan ; A niât tus
1 Cf. Marucchi : Les Catacombes romaines, p. 199.
2 « Si autem Italiae adjaces, habes Romain unde nobis quoque auctoritas praesto est. Ista quam felix ecclesia ! cui totam doctrinam Apostoli cum sanguine suo profuderunt ; ubi Petrus passioni dominicae adaequatur ; ubi apostolus Joannes, posteaquam in oleum igneum demersus nihil passus est in insulam relegatur«, (De praescr., 36., P.-L.,2, 49). Que Domitien ait mandé saint Jean A Rome, il n'y a rien là d'invraisemblable : il y avait mandé de même les parents de Saint Jude.
3 P. L. 123, 157-138, Cf. infra .
4 Crescimbeni, L'istoria delta Chiesa di S. Giovanni avanti Porta latina (Rome, 1716. — cité dans Lipsius 1., 414).
Sainte eigêmé
Gestes
'Eugénie.
ldi
« les fait décapiter ; leurs corps sont ensevelis , voie Latine, « au 2 e mille. »
Cette dernière indication est confirmée par les Itinéraires. V Epitome mentionne les tombeaux de Sulpitius et Servilianus après ceux de Quartus et Quintus, au cimetière de Gordien, et la même mention se rencontre dans la Notitia et la Vita Adria ni*. Le nom même de ces martyrs est inconnu au chronographe, à Damase, au Liber Pontificalis , au férial, au Sacrcmentaire Léonien 2 .
« Eugénie , fille de Claudia et de T illustrissime Philippe , « gouverneur de V Egypte sous le septième consulat de Com- « mode, sœur (CAvitus et de Sergius, refuse d'épouser à « Alexandrie, Aquilius, fils fTAqui/ius le consul ; elle se « réfugié sous V habit masculin 3 avec ses deux eunuques Pro- « tus et Hyacinthus an monastère de Saint-Helenus dont Théo - « dorus est préfet . Admise par l'évêque Helenus, elle refuse, « malgré les prières des moines édifiés par ses vertus, de « diriger le monastère ; elle repousse l'amour de Mélanthie « qui T accuse, prouve son innocence en montrant quelle est « femme : cette reconnaissance entraine beaucoup de converti sions. Sévère et Antonius Augustes, pour enrayer le mou- « vement, envoient Perennius préfet qui fait décapiter Phi - « lippe : Eugénie construit un monastère pour les vierges a saintes, Claudia un xenodochium,puis, avec ses trois enfants « retourne à Rome. Axntus est envoyé comme proconsul à Car- « thage, Sergius comme vicaire en Afrique. Basilla s'attache « à Eugénie et est baptisée par Cornélius : livrée par une a servante, elle est abandonnée par Pompent s, son fiancé, ii décapitée avec Protus et Hyacinthus dans la persécution
2 Bosio, p. 299, 111, 27. — Il a trouvé une inscription au Borgo Vecchio, près de Saint-Angelo, portant :
Cf. Boldetti, 561.
S1MPLICIVS