‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 58 sur 161 · SAINT HIPPOLYTE · texte numérisé non relu

SAINT HIPPOLYTE

furent associées à l’histoire de ce saint et engagées à sa suite dans le cycle de Laurent.

Quant à Hippolyte lui-même, deux faits apparaissent comme incontestables et, du reste, comme incontestés : au milieu du iv fl siècle, un Hippolyte était vénéré aux ides d'août 1 ; il était vénéré dans la catacombe qui porte son nom 2 . De cette double donnée, il faut rendre compte, en recherchant d’abord quels faits historiques elle recouvre, ensuite quel développement légendaire elle supporte.

Le catalogue libérien qui, pour l’époque antérieure à 235, reproduit la chronique d’Hippolyte, se termine par ces mots : « Eo tempore, Pontianus episcopus et Hippolytm presbyte r « eæu les surit deportati in Sardinia , in in su la no ci va, Sei'ero « et Quintino consulibus ». 235 — Pour qu’un Hippolyte soit ainsi mentionné avec un pape dans une chronique papale, il faut nécessairement qu’il ait occupé dans l’église une situation considérable. Or, nous connaissons d’ailleurs un Hippolyte, disciple d’Irénée, qui joua un grand rôle à Rome, à la fin du il® siècle, dans les controverses pascales, et au début du m e , dans les controverses contre Praxéas. Si nous admettons qu’il avait quelque trente ans au temps de Victor, il en devait avoir plus de soixante au temps de son exil. On comprend que Maximin qui s’efforçait, moins d’inquiéter la masse des chrétiens que de frapper leurs chefs, n’ait pas hésité à sévir contre un docteur aussi illustre, quoique atteint déjà par la vieillesse ; aussi bien on ne saurait s’attendre à voir les scrupules retenir le bourreau d’Anteros. D’autre part, on n’a aucune raison de contester le fait puisqu’on ne connaît historiquement aucun personnage du nom d’Hippolyte qui soit parvenu à la même célébrité. Il vivait encore, ainsi que Pontien, le 21 novembre 235, jour de l’ordination d’Anteros; il mourut, sans doute, ainsi que l'ancien pape, victime des fièvres de Sardaigne et du travail des mines ; son cadavre enfin fut rapporté à Rome, sous le règne de Philippe, en même temps que celui du Pape, enseveli et vénéré dans le cimetière de la Voie Tiburtine : comment expliquer autrement que l’anniversaire de tous deux ait été fêté le même jour 3 .

1 Chro no graphe de 354. — L. P., I, 42.

2 Ceci résulte de la comparaison du Chronographe et du Salisburgensis.

3 Duchesne, Origines chrétiennes , p. 306, — Cf. supra, le Chronogr., 354,

La découverte de 1551 a confirmé et affermi ces hypothèses : à cette date, on trouva dans cette catacombe une statue d’Hippolyte sur la base de laquelle était gravée la liste de ses œuvres ; ainsi, soit qu'il fût propriétaire du terrain où se développa le cimetière, soit que, plutôt, il en ait été le créateur et l'organisateur, c’est cet Hippolyte qui lui a donné son nom. Comme Je cimetière de Calliste est ainsi appelé en souvenir de celui qui n’y fut pas enterré, qui n’en fut pas possesseur, mais qui l’aménagea, de même le cimetière d’Hippolyte fut aussi désigné, je suppose, par le nom de celui qui en dirigea l’installation.

Mais, dira-t-on, l’hypothèse est peu vrai semblable : comment croire qu’au même moment où l’église romaine devait concentrer tous ses efforts et toutes ses naissantes ressources afin de s’établir Voie Appienne, elle voulut en distraire une bonne part pour les affecter à une tentative analogue sur la Vie Tiburtine? — L’objection tombe d’elle-même, ou plutôt elle se retourne contre ceux qui s’en armaient. Au moment où il s’établissait Voie Tiburtine, Hippolyte .était en conflit avec l’église; on a eu raison de voir dans notre docteur l’auteur des 4>iXc<7s?ojp.sva et le chef d’une église schismatique; l’histoire des origines du cimetière Tiburtin complète ces faits et les éclaire ; l’harmonie d’hypothèses différentes n’est-elle pas une présomption de leur exactitude? Tandis que Calliste organisait, au temps de Zéphyrin d’abord, sous son propre pontificat ensuite, « le cimetière », en réunissant les hypogées des Caecilii et des Æmilii, son ennemi acharné faisait de la catacombe tiburtine le centre d'une communauté rivale. On s’explique alors ce titre surprenant d’évêque de Rome que lui donnent Eusèbe et les sources grecques 1 ; on s’explique surtout ces coïncidences curieuses de temps, de lieu, de situation ecclésiastique et théologique qu’on a si souvent relevées entre l’auteur inconnu des d>iAcas?sjp.sva et l'exilé de Sardaigne; on s’explique encore cette singulière identité des livres qu’on attribue à l'un et à l’autre; on s’explique enfin le développement même de notre légende 2 .

i Lightfoot, Apostolics Fa/hers , I. Clement ofRom ., Il p. 433, fait de Hippolyte, l’évôque de la population flottante, qui vivait à Porto. ^11 reprend en la corrigeant la thèse de Ruggieri (De Vortuensi S. II. Episcopi et Martyris Sede % Homac, 1771). La grande objection est l’ignorance de saint Jérôme, ami de Pammachius, un des principaux personnages de ce pays.

5 Voici l’objection de M. l’abbé Duchesne, p. 312. <t II y a entre les deux hérésiologies une différence plus grande que celle qui peut séparer deux œuvres

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