‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 78 sur 161 · XII · texte numérisé non relu

XII

« P et rouilla , fille de saint Pierre, rendue paralytique par son père, est recherchée en mariage par le comte Flaccus ; mais elle meurt avant de s' être donnée à lui. Felicula, sa sœur de lait, qui refuse d' épouser le comte à la place de sa compagne, est livrée au vicaire, confiée aux Vestales pendant sept jours, finalement jetée dans un égoût. Elle en est retirée par le prêtre Nicomède qui V ensevelit dans sa « cassela Voie Ardéatine, au septième mille. — Flavie Domi - « tille, vierge illustrissime, fille de Plautilla, nièce de Domi - « tien V empereur, a pour chambellans les eunuques Nérée « et Achillée, que saint Pierre a gagnés au Christ. Ils la « décident à repousser les avances d’ Aurelianus, /ils du con - « su/, et à rester vierge : le pape Clemens, neveu de Clemens « le consul, reçoit les vœux de sa nièce et lui donne le voile. « Aurelianus, furieux, fait exiler à File Pontiana Flavie « Domitille et ses deux eunuques qui trouvent File pervertie « par Furius et Priscus, disciples de Simon le Mage. Les « saints eunuques demandent à Marcel lus, fils du préfet « urbain Marcus, disciple de saint Pierre, de raconter Fhis- « toire de son maître et la défaite de Simon. Avant que la « réponse n arrive, survient Aurelianus, qui, ne pouvant cor - « rompre Nérée et son compagnon, les envoie à Terracine, « où le consularis Memmius Ru fus les met à mort. Auspicius « leur disciple, père nourricier de Domitille, transporte leurs « corps dans la propriété de celle-ci et les ensevelit dans une « crypte d'arénaire, Voie Ardéatine, à un mille et demi, à « côté du sépulcre de Pétronilla : leur fête est le 4 des ides « de mai . Mais Domitille continue sa résistance ; elle conver - « lit même au christianisme Euphrosyna et Theodora et les « décide à rester vierges. Luxurius, frère (F Aurelianus , leur « ordonne de sacrifier aux idoles : sur leur refus, il les « enferme dans leur chambre, à Terracine , et y met le feu. Elles u meurent, mais leurs corps restés intacts sont ensevelis par « un saint diacre, nommé Césaire, dans un sarcophage neuf. »

1 Cf. Marucchi : Les Catacombes romaines, p. 102.

Gestes « de saint Nérée. “

Il est, sinon certain, du moins très probable, que l’héroïne des gestes, Flavie Domitille n’est qu’une transformation de Flavie Domitille, mère des deux élèves de Quintilien 1 , femme de Flavius Clemens, neveu de Vespasien par Flavius Sabinus son père: son existence nous est attestée par Dion Cassius (67, 14), les «htXcas^Gujjisva 2 et Suétone. Sans doute, Eusèbe, et saint Jérôme, suivis par Georges le Syncelle nous parlent d’une Flavie Domitille, nièce de Flavius Clemens ; sans doute, ils prétendent reproduire l’affirmation de l’historien Bruttius 2 qui ne parle pas, du reste, de Flavius Clemens; sans doute, la Domitille de Dion est exilée à Pandataria, et celle d’Eusèbe, dans les gestes, àPontia. — Ces trois arguments en faveur de la distinction des deux Domitille ne sont pas convaincants. Pontia et Pandataria furent tous deux des lieux d'exil 3 : Dion a donc pu confondre l’une avec l’autre. — S’il est vrai que Bruttius n’ait pas mentionné l’exil de Flavius Clemens en même temps que celui de Domitille, on n’en peut rien conclure : en rapportant la condamnation de Flavius Clemens, Suétone ne souffle mot de celle de Domitille. — Georges le Syncelle, saint Jérome et Eusèbe sont de plus de deux siècles postérieurs aux événements dont ils parlent : le doublement légendaire de Domitille n’a-t-il pas eu le temps de se produire ?

Il n’y a donc pas déraisons décisives pour admettre la distinct tion des deux Domitille : il s’en trouve de très précises, au contraire, qui laissent entrevoir leur identité. Aucun texte, ni Eusèbe, ni Dion, ni Jérôme, ni Georges le Syncelle, ni les gestes ne connait deux Domitille: et pourtant, n’était-il pas naturel, à propos de l’exil de la nièce, de rappeler celui de la tante? — Les gestes, où apparaît Flavie Domitille, la vierge d’Eusèbe et de Bruttius, l’appellent une fois 4 la nièce de Domitien : « Domitillam , nobilissimam virginem , neptem Domitiani » ; n’est-ce pas la preuve évidente du doublement de la femme de Fl. Clemens, puisque c’est à la femme de Fl. Clemens seule que convient l’appelation « neptis Domitiani ».

1 Inslilulione oral ., IV, I, g 2.

s VIII, 25 . — Vespasien, 17. — H. E., III ; 18 Chronique. Ep. 108, 7. Ed. Dindorf, p. 650. On Ta identifié avec Bmttiüs Praesens, dont la famille avait des biens qui confinaient à ceux de Domitille, femme de Clemens (Bw/., 1865. p. 24 ; 1875, p. 74) et qui aurait été l’ami de Pline le Jeune : celui-ci dit seulement Praesens, Epist ., VII, 3.

3 Suétone, Tibere , 53-54. — Tacite, Annales , I, 53; XIV, 63. — H art m an, De exilio apud Homanos inde ab initio bellorum civilium , p. 52.

4 12 mai, p. 7. B,

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