‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 82 sur 161 · SAINT MONTANTS · texte numérisé non relu

SAINT MONTANTS

« F invoquent en parole et en pensée 1 voient de merveilleuses « choses , et tous les malades et les possédés qui recourent à <» lui sont guéris et délivrés . Les prêtres avertissent le consu- « laris Leontius qui fait transporter Montanus à Terracine, « le fait comparaître au Secretarium, qui se trouve au milieu « du forum et le torture près du temple d' Hercule. Il y est « attaché depuis huit jours , quand survient Marguerite : elle <( est possédée du diable , elle attend sa guérison du saint. « Le serviteur de Dieu crache sur sa figure à V exemple du « Sauveur et Marguerite est aussitôt guérie . Et, comme « Montanus se met à prier , voici qu'une apparition divine à « la voix plus douce que le miel dit à la vierge du Christ : « la virginité est une gemme précieuse ; la virginité est le « plus bel état où puisse se trouver un chrétien, et plus tu « sais que ce présent a de prix , plus tu dois mettre de soin à « le conserver. Et moi, je ne vous abandonne pas, tout ce « que vous me demanderez, je vous l'accorderai, je vous « exaucerai et je vous donnerai la couronne du martyre. » « — Montanus, en effet, est attaché à un rocher et jeté à la « mer; le tonnerre retentit, les éclairs fulgurent ; la grêle « sillone les airs ; tous sont précipités face contre terre ; le « Seigneur descend vers son martyr, environné de l'armée « chantante des anges ; et vingt-quatre vieillards , et les « douze Apôtres portaient le corps du bienheureux, à l'ile « Pontia,sur une pierre préparée par le Seigneur. Et comme « des matelots le croient un naufragé et, pour le dépouiller « de son argent, s' apprêtent à le lapider, voici que retentit « la voix du Seigneur : « Celui-ci est Montanus martyr, en « qui j'ai mis toutes mes complaisances ; et je ne veux pas « qu'en rien il soit affligé, lui en qui mon Père et moi-même « nous avons mis notre joie. » — Et comme les uns voyaient ces « prodiges, les autres non, les habitants de Pontia étaient a dans la plus grande incertitude. Mais un mort qu'il res - « suscita dissipa tous les doutes ; et tous, au même moment, « confessèrent : « Il h’y a qu'un Dieu , Père et Fils et Esprit « Saint, qui est dans les siècles des siècles », et aussitôt le « bienheureux Montanus rendit l'dme en paix. Les chrétiens « V ensevelirent dans une crypte , près du rivage, le 15 des

1 C'est ainsi que nous entendons : c Si quis eum in oratione sua habuisset \el haberet in mente », § 14.

« kalendes de juillet . Longtemps après, les habitants de « Gaète , transportèrent le corps dans leur cité et Pense ve- « Virent dans Pantiqne église consacrée aux saints martyrs « Quiricus et Julitta, sous P autel majeur , ou, quelque « temps r après, P on vit sourdre de la manne . »

Deux faits certains suggèrent une hypothèse : 1° le culte de Montanus àTerracine, au 15 des kalendes de juillet, ou à quelque autre date que ce soit est inconnu du férial ; — 2° la légende présente une double physionomie : terracinienne d'abord : la mention du Secretarium in medio foro civitatis, la mention du temple d’Herule, la mention de Pontia attestent que la tradition s’est attachée à cette côte, s’y elle n’y est pas née ; — manichéo-montaniste 1 ensuite : le rédacteur insiste avec complaisance sur l’intimité particulière des rapports de Montanus et du Sauveur et l’affection spéciale que celui-ci porte à celui-là 2 .

Voilà les faits; voici l’hypothèse. Il y aurait eu àTerracine un saint local Montanus dont l’histoire se serait tôt perdue. Son souvenir se serait alors confondu avec le célèbre Montanus du il* siècle, dont la secte était vivante encore, dont la légende était donc célèbre au milieu du vi c siècle. La légende phrygienne aurait été importée à Terracine, soit au vi* siècle, au moment de l’arrivée des Grecs, par les soldats et les marchands, soit par les Montanistes venant à Rome à la fin du ii* siècle ou au début du m°, au moment de Victor et de Praxeas ; dans tous les cas, elle se serait épanouie dans le texte que nous lisons sous l’influence des polémiques catholico-manichéennes 3 .

On voit quelle physionomie complexe présentent, entre toutes, les traditions romano-terraciniennes, celle de Montanus comme

1 Rapprocher de l'épisode de Jésus se métamorphosant en un enfant de quatre ans, le chapitre 18 des IlpaÇeic ’AvSpéov xoù Morcôéta etc *n)v rcéXiv t<ûv àv0p<i)7roçzç(i)v. Edit. Tischendorf, 1851, p. 148. «Yevb(tevoç ofiotoç {itxpw Tratbtw <j>pai07a?ù>. » Cf. aussi ch. 33, p. 165.

3 Les origines du personnage rappellent saint Paul ; sa mort rappelle celle du Christ. La date de l'anniversaire a sans doute été déterminée par la fête de Quiricus et Julitta, au 16 juin: peut-être ce texte faisait-il partie du cycle légendaire de ces deux saints, mis à l’index par le concile damasien.

3 Cf. infra. Voici ce que saint Grégoire écrit aux évêques d’Espagne, à la fin du vi # siècle (Ep. XI, 67. — P. L , 77, 1200) ; «Hi vero haeretici qui in <l Trinitatis nomine minime baptizantur, sicut Bonosiaci et Cataphrygae, « quia et illi Christum Dominum non credunt et isti sanctum Spiritum périt verso sensu esse quemdam pravum hominem Monlanum credunt , quorum M. similes multi sunt alii . »

Gestes de saint Félix le prêtre.

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