LA PÉRIODE PRIMITIVE
fut pas mis à mort avec Clemcns le consul et Acilius Glabrio, peut-être fut-il exilé en même temps que Flavie Domitille, — malgré quelques autres crises que provoquèrent peut-être, que semblent du moins dénoncer le martyre d’Ignace (107) le rescrit de Trajan(112),le martyre du pape Télesphore (vers 130?), et celui de Cécile et de Justin, il n'y a pas de doute qu’aucune persécution systématique ne vint troubler alors la vie de l'église romaine. La lettre d’Ignace l’atteste : s'il adjure les Romains de ne pas lui envier le martyre, c'est qu’il leur connaît d’assez, puissants protecteurs pour qu’ils puissent l’arracher à la mort; la lettre de Trajan à Pline qui exige des dénonciations précises et des dénonciateurs responsables, n’e.st pas faite non plus pour encourager les délateurs; et le rescrit d’Adrien à C. MinuciusFundanus (125) n’atteste guère que les Romains se soient montrés de zélés persécuteurs. Le relâchement moral que dénonce Hermas indique qu’une longue paix a amolli les cœurs, et le mouvement dogmatique intense dont Rome est le centre ne montre pas avec moins de clarté qu’on y peut spéculer à loisir. Entraînés dans la vie du monde ou recueillis dans l’attente du Christ, les chrétiens de Rome vivent avec sécurité à l’abri des lois de l’empire; plutôt qu’elles ne les persécutent, elles les protègent contre les passions de la foule, aveugle et haineuse* L’histoire de Calliste au premier tiers du in* siècle [190 (?) — 222], marque la fin de cette période primitive. C’est à ce moment que se transforme la situation juridique des catacombes: elles cessent d’être des propriétés privées pour devenir la propriété collective de Yecclesia. C’est à ce moment que l’on commence à tenir registre des dépositions d’évêques et des anniversaires de martyrs : les plus anciens noms que porte le chronographe de 354 nous reportent au Pontien (235) ou à Calliste (222) 1 . — Et cette double organisation administrative et liturgique ne fait que traduire une évolution plus profonde qui vient de s’accomplir au sein de la conscience chrétienne : il faut définitivement renoncer à la venue prochaine du Christ, au prochain avènement du royaume de Dieu sur la terre. Les temps ne sont pas encore accomplis : l’église de Jésus de Nazareth aura une existence terrestre. Et cette nouvelle pensée, comme elle a réagi sur la vie collective de la coin-
1 Ce qui fait croire que les Archives romaines, brûlées en 303, ne devaient rien contenir sur l’époque antérieure à Calliste.
munauté des fidèles, réagit de même sur la vie de chacun d’eux : je n’en veux pour preuve que la transformation du style des épitaphes funéraires, renonçant aux brèves formules et aux invocations brèves : l’Eglise se résigne à vivre.
On ne doit donc pas s’étonner que, jusqu’à cette date, et durant cette longue période, ni l’église ni les fidèles ne semblent avoir fidèlement conservé la mémoire des premiers martyrs. Le calendrier n’a gardé le souvenir d’aucun deux; si la légende a quelque peu retenu les noms des Flavii Clementes, des Cornelii Pudentes et des Caecilii, elle a laissé se perdre la mémoire d’Acilius Glabrion, de saint Ignace, de saint Télesphore et de saint Justin. Les gestes eux-môme qui se rapportent à cette époque sont peu nombreux : les souvenirs subsistant étaient rares autant qu’incertains 1 .
Mais voici que commence une époque nouvelle ; les passions de la foule emportent l’Etat romain : la persécution sévit. Elle s’annonce chez Septime Sévère (202) 2 s'accentue avec Maximin (235), apparaît furieuse avec Déco 3 et Valérien 4 (250-
1 Pendant cette longue période de paix chrétienne et de prospérité, que fut le siècle des Antonins, les rapports de Home et de l'Orient se multiplièrent, sous l’influence de diverses causes, notamment sous l'acüon de la question économique. Il est intéressant de constater — lorsqu’on relève les cultes orientaux localisés à Home — que les quartiers orientaux coïncident avec les quartiers commerciaux : c’est sur les deux rives du Tibre, tout autour de l’Emporium, sur les voies de Porto et d'Ostie que s’éparpillent les sanctuaires orientaux. — Il est intéressant de noter que c’est au cimetière de Pontien, sur la Voie de Porto, qu'étaient vénérés les martyrs Abdon et Sennen. Cf. supra.
Le Liber Genealogus ( Chr . Minora ., I, 1 06) nous a conservé les noms de deux martyrs absolument inconnus de la persécution de Dèce, Sempronius Paulus et Eupater.
8 Sévère refuse aux non-chrétiens le droit de devenir chrétiens (Sparlien, Seuerus , 17.)
3 Dèce frappe d’abord les chefs des églises : Fabien est exécuté à Rome le 20 janvier 250, puis il s'attaque au* simples fidèles : pour la première fois, tous les chrétiens sont mis en demeure d'abjurer. De là, les apostasies en masse et la controverses relatives à la pénitence.
4 L’édit de 257, ordonne aux évêques, prêtres et diacres, de sacrifier sous peine de bannissement : l’entrée des cimetières est interdite sous peine de mort. — L’édit de 258, condamne à mort les clercs d’un ordre supérieur.