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LA PERSÉCUTION

257), Dioclétien 1 et Galère (304) pour mourir, impuissante avec Julien (363). C’est l'époque des grands martyrs, les Sixte, les Laurent et les Agnès; les Sébastien et les Cyriaque. Les traditions martyrologiques ne risquent plus de disparaître dans l'indifférence et dans l'oubli : elles sont recueillies avec plus de soin. Condamnée à vivre sur cette terre, l’Eglise et ses fils commencent à prendre conscience de leur passé ; l'histoire qu’ils sentent déjà s’être accumulée derrière eux éveille dans les âmes le souci de Thistoire, au moment même où l'évanouissement des espérances eschatologiques supprime la plus grave des causes qui l’ont endormi jusque-là. — Comme les passions des martyrs sont recueillies avec plus de soin, de même leur souvenir se garde plus fidèlement : les mêmes faits l’expliquent, et aussi le caractère des dernières persécutions, plus systématiques et plus cruelles ; et enfin, la paix de 313 suivant la persécution dioclétienne et permettant de recueillir à loisir les souvenirs qu’elle a laissés.

On ne saurait attacher trop d'importance à cette circonstance dernière. La persécution dioclétienne demeura mieux connue que tout autre, parce que son intensité et son inutilité avaient produit sur les esprits l’impression la plus forte et parce que le triomphe chrétien dont elle fut suivie permit à chacun de satisfaire sa curiosité en interrogeant ceux qui avaient survécu. Elle prit donc une importance extraordinaire et un relief très fort dans la masse un peu confuse des souvenirs chrétiens : aussi réagit-elle sur les traditions qu'avaient laissées les persécutions antérieures ; aussi les Romains eurentils tendance à modeler leurs souvenirs les plus anciens sur ceux qu’ils venaient de recueillir. Pouvait-on croire que l'on eût jadis recherché, éprouvé, mis à mort ceux qui confessaient le Christ en employant d'autres espions, d’autres tortures ou d’autres supplices qu’on ne l’avait fait récemment au vu et au su de tout le monde ? Ainsi s’explique ce fait particulier : la confusion de la persécution de Dèce et de celle de Valérien fondues en une seule : comment douter qu’elle résulte de l’accouplement de Valérien à Dèce, suggéré par l’association

1 L’armée fut d’abord épurée. Puis parurent quatre édits (303-304): l*les églises étaient rasées. les Ecritures brûlées, les chrétiens déchus de leurs droits civils ; 2° les clercs étaient emprisonnés ; 3® ils sont mis en demeure de sacrifier aux dieux; 4° tous les chrétiens, laïcs aussi bien que clercs, sont mis en demeure de sacrifier.

Dioclétien-Maximien ? Ainsi s'explique ce fait général : Inexactitude de beaucoup de détails conservés par la tradition : la correction relative de certains formulaires d’interrogatoires 1 , les descriptions de supplice, la persistance de certains traits romains* 2 , la persistance de certains traits chrétiens 3 .

Peut-être même est-il permis d'aller plus loin. L'impression laissée par là persécution diocléfienne fut si forte qu'elle transforma, non pas seulement tel souvenir des crises antérieures qu'elle ranimait, mais l'ensemble même de l'histoire chrétienne romaine antérieure à la paix de l'Eglise ; alors qu'elles ne furent guère jusqu'au premier tiers du m e siècle, que des crises exceptionnelles , la crise dioclétienne inclina les esprits à croire que les persécutions avaient été F état normal des rapports de l'Eglise et de l'Etat : et cette croyance a déterminé peut-on dire toute la vie religieuse romaine au iv* et au v e siècle tout au moins.

A cette époque, en effet, depuis saint Silvestre jusqu a saint Léon, si le souvenir transfiguré de la persécution dioclétienne n'est pas la seule circonstance qui réagisse sur la formation des traditions martyrologiques, il n'est certes pas sans rapport avec deux autres faits qui exercent encore cette évolution obscure une influence considérable, le culte des martyrs et le prestige des ascètes.

Au moment où le christianisme prend possession de l'empire, il semble qu’il veuille faire admirer partout, avec le signe de son triomphe, le souvenir de ses épreuves; tandis que le monogramme constantinien apparaît fièrement sur les édifices, une foule de basiliques, d'oratoires et de tombeaux surgissent de tout côté, en l'honneur des martyrs. Les fidèles se pressent dans les catacombes, inscrivant avec dévotion leurs

1 Gesta Caecili&e. — La custodia privala.

2 Le sentiment de la famille, Nérée, 2. — La paix romaine, Laurent 6. — Le devoir dû à la noblesse de sa race, Cécile, p. 511.

3 Essuyer le sang des martyrs, Suzanne, 6. — Joie des parents après le martyre, Agnès. — Visite aux martyrs (Alexandre, Abdon, Pierre et Marcellin, Censurinus). — Dérober les corps des saints pour les ensevelir. Abdon et Sennen, Eusèbe et Pontien.

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