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LE PRESTIGE DE L’ORIENT

la mode du jour et pris pour mot d’ordre èyy.px-sixK Au ni* siècle, ç’avait été le manichéisme qui avait repris, en les fortifiant, les thèses de l’ascétisme absolu : il enseignait que la chair et le mariage sont l’œuvre de l’esprit du mal 2 et ces doctrines étaient répandues par les actes apocryphes des apôtres plutôt encore que par des romans tels que le Pasteur t THermas 3 et les Récognitions clémentines Contre ces exagérations, l’orthodoxie avait opposé une doctrine moyenne, plus sage: si elle établissait contre les juifs que la chasteté est préférable au mariage 5 , elle réprimandait sévèrement ceux qui, comme les Valentiniens, exaltaient celle-là aux dépens de * celui-ci 6 . Survint alors le mouvement d’Hiérakas et de Methodius qui permit à l’ascétisme de se développer au sein de l’orthodoxie, quelque douze ans avant la victoire finale de 313, frustrant les énergies chrétiennes de la joie du martyre qui les avait jusque-là satisfaites : Methodius déclare que la matière et le corps humain sont voulus de Dieu et seront donc glorifiés et demeureront éternellement , et il proclame en même temps que la virginité est le véritable moyen d’union mystique avec la divinité.

L’Orient, dès lors, apparaît aux imaginations chrétiennes paré d’üne merveilleuse auréole. Sans doute, la vie monastique se développe dans tout l’empire, en Gaule 7 même pousse de profondes racines; mais elle n’atteint jamais au même prestigieux éclat qu’en Syrie et en Egypte : d’autant qu’on ces pays plus qu’en aucun autre le continent apparaît aussi comme le solitaire , que les deux types se confondent dans l’imagination chrétienne et que leur intime union constitue désor-

1 Légende gnostique de Pierre et Paul.

^ Augustin, V, 105, 106 ; X, 615, 570, 607, 611, 1125, 111, 217 (éd. Migne).

3 Renan: Eglise chrétienne , p. 411.

4 Renan, Marc-Aurèle,i>. 77.

6 Saint Paul, 1 Corinth. VII, 1. — Apocalypse. XIV, 4. — Justin, Apologie , 1, 15.

» Clement. AU Corinlhios , 1, 38-18;

7 En Occident, ce n’est pas l’ascète- qui est le successeur et le rival des martyrs, c’est le confesseur: c’est lui, le témoin des temps nouveaux; à la vie, de saint Antoine s’oppose la vie de saint Martin. — Et il est bon de remarquer que le christianisme occidental semble être plus vrai que le christianisme oriental: saint Martin n’est-il pas plus près de l’Evangile que saint Antoine? — Il n’en est que plus remarquable de voir le populaire romain ignorer, semblet-il, les confesseurs et s’intéresser si fort aux ascètes. Mais il ne faut pas. trop s’en étonner : la vertu de ceux-ci est plus < voyante » que la vertu de ceux-là.

mais pour elle le véritable témoin des nouveaux âges, le nouveau « martyr », pipTu;. L’Orient prend donc une importance chaque jour grandissante aux yeux des chrétiens; comme Rome était jadis la patrie des confesseurs, l'Orient apparaît aujourd'hui comme la patrie des ascètes ; et l’éloignement, et les glorieux souvenirs des origines premières et le retentissement de la persécution de Sapor contribuent encore à rehausser son prestige. C’est alors que, en 340, Athanase arrive à Rome, Athanase, un des disciples d'Antoine, disciple lui-mème du glorieux Paul ; Athanase qui devait écrire la vie de son maître et, par elle, toucher le cœur d'Augustin. Ajoutez à cela que deux des Itinéraires qui mènent les pèlerins en Terre Sainte, celui de Joppé et celui d'Antioche, passent par Rome à l'aller et au retour ; rappelez-vous combien de rapports économiques et politiques associent la vie de l’Orient à celle des pays occidentaux; et vous comprendrez par quels intermédiaires la renommée des moines ascètes est venue jusqu’à Rome ; et vous comprendrez ce merveilleux essor de la vie monastique depuis Aquilée jusqu'à l'Aven tin, parmi les hommes et parmi les femmes, mouvement dont saint Jérôme apparaît comme l'inspirateur, l'organisateur et le régulateur suprême 1 .

De cette double conséquence de la fin des persécutions, — le culte passionné que l’on rend aux martyrs du Christ et la révolution morale qui substitue, aux yeux des Romains, la chasteté à la charité comme vertu première, — les traditions romaines qui s'élaboraient alors devaient porter la double trace. Et le lecteur se rappelle peut-être l'insistance avec laquelle un grand nombre de gestes romains exaltent et prêchent la virginité et le plaisir visible que prennent les rédacteurs à

1 Sur la seconde période de l'ascétisme romain, cf. infra , p. 335-336.

C'est vraisemblablement à partir de saint Jérôme, au moment surtout de la lutte contre le Néo-Manichéisme, que les Romains pieux furent instinctivement poussés à « ascétiser » leurs traditions martyrologiques, cf. infra , p. 335 ; de cette époque datent sans doute les « virginisations » de Flavie Domitille, de Constantine, de Cécile, etc : c'est par sainte Paule qui va faire un pèlerinage aux fies Ponza que la tradition de Flavie Domitille entre, sans doute, en contact avec les milieux ascétisants. — Mais qui peut dire si c'est à l’époque hiéronymienne, ou à l’époque manichéenne (cf. infra) que ces ascétisations se sont produites. C'est sans doute aussi à saint Jérôme, ou du moins à ses amies, qu'il faut rapporter la légende de sainte Suzanne ou celle de sainte Eugénie, toutes deux versées dans la science des Saintes Ecritures.

TRADITIONS MARTYROLOG1QUES

raconter des histoires d'Orient 1 ; et sans doute aussi entrevoitil quel fut à l’origine du mouvement légendaire, le rôle de cet enthousiasme passionné que les martyrs inspiraient aux foules. Il semble bien que ce soit ce double mouvement religieux qui explique le caractère et même l'épanouissement des traditions martvrologiques.

On en vient à se demander aussi s'il n’y faut pas rattacher encore la rédaction des gestes romains; d’autant que les confesseurs ou les ascètes se disputaient, semble-t-il, avec les martyrs les préférences de la piété populaire. Ne serait-ce pas alors, comme au temps de Simeon le Logotliète 2 , le succès des vies des Confesseurs 3 , qui aurait poussé de pieux chrétiens à écrire les vies des martyrs? Le moment est venu de rechercher à quelle époque les traditions ont été consignées par écrit dans les Gestes .

1 Cf. les gestes de Clément, d’Alexandre, d’Eleuthére, de Basilide, d’Eugénie, ou de Chrysanthe, de Calocère, des martyrs Grecs, des martyrs d’Ostie, de Marius, de Marcel, de Cyriaque, de Pancrace, d’Anastasie, de Boniface, d’anthime, de Jean et de Paul, de Vibbiane et de Gordien et les gestes romains de l’apôtre saint Mathieu. — Relire surtout les histoires du cycle laurentien: non pas tant l’épisode d’Abdon et de Sennen,que les aventures d’Olympiades et Maximus, aventures peut-être purement fictives. Cf. infra, Byzance, p. 344-

2 Cf. Psellos: «çiX<5ti|jux pèv ta net pot tàiv (juxprjpwv xar’ èyO p<ov «ytovÉorpaTa... O-jSev Ôè £,ttov xal 6 àaxrjTixo; (Jto; xatT£Xa{i7iE. Aanravr, yàp xivvaCÔa crapxàjv xal Tpuç-rj to pr, rp’jçxv ». (P. G. 114, 189).

3 Cf. infra , p. 291.

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