‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 9 sur 161 · V. Ard · texte numérisé non relu

V. Ard

Sirice,

Anastase,

Innocent,

Boniface,

Célestin,

Manquent Zosime (417-418) et Libère (332-3(56). La négligence qui atteint le premier s'explique sans doute par la brièveté et le peu d'importance de son pontificat 1 ; l'omission du second n’est probablement pas primitive; elle n’est pas non plus, très vraisemblablement, sans rapport avec les légendes féliciennes qui défiguraient son histoire 2 . — Voici donc un document contenant la série des papes de 314 à 432; il est complètement muet sur ceux qui ont régné, passé cette date : il ignore XystelII et Hilaire, enterrés sur la Voie Tiburtine; il ignore saint Léon, enterré à Saint-Pierre; tandis que ÏE pif orne rappelle que cette basilique est affectée au pontificalis ordo , X Itinéraire s’abstient même de toute mention de ce genre. Comment expliquer qu’il se désintéresse subitement des sépultures des papes, à partir de 432, après les avoir si soigneusement citées jusque-là? N’est-il pas vraisemblable qu’il reproduit un document antérieur composé sous Sixte III ?

Qui sait même si l’édition de Sixte III ne repose pas sur une édition antérieure, contemporaine de la réorganisation de l’Eglise après la persécution et dont la double table philocalienne 3 nous

1 Noter que Zosime manque aussi dans le F. Iî. {Mélanges..., Ecole de Rome, V, 139).

- Cf. infra, date des gestes d’Eusèbe.

3 Depositio Episcopohoi

VI Kal. ianuarias, Dionisi, in Calisti.

111 Kal. ianuar., Felicis. in Calisti.

Prid. Kal. ianuar., Silvestri,in Priscillae.

1111 Idus ianuarias, Miltiadis, in Calisti.

XVIII Kal. feb., Marcellini, in Priscillae.

III Non. mar., Luci., in Calisti.

X Kal. mai., Gai, in Calisti.

Il II Non. augustas Stetîani, in Calisti,

VI Kal. octob , Eusebii. in Calisti.

VI Id. decemb., Eulichiani, in Calisti.

Non. octob., Marci. in Bnlbinae.

Prid. Idus apr. luli, in uia Aurélia, miliario III, in Calisti.

COMMENT IL CONVIENT DE POSER LE PROBLÈME 23

conserverait un abrégé ? Avec les dates des anniversaires, cette table indique les lieux de sépulture ; la liste pontificale que l’on y a reconstituée déjà et qui reproduit partiellement celle de la platoma de Saint-Calliste 1 , précède immédiatement celle que nous avons retrouvée dans Y Itinéraire : la table philo-

Item Depositio Martyrum

VLII K al. ianu., natus Christus in Betleem Judeae.

Mense Januario

XIII Kal. feb., Fabiani in Calisti et Sebastiani in Catacumbas.

XII Kal. feb., Agnetis in Nomentana,

Mense Februario

VIII Kal. mart., natale Pétri de catedra.

Mense Martio

Non. mart., Perpetuae et Felicitatis, Africae.

Mense Maio

XIIII Kal iun., Partheni et Caloceri in Calisti, Diocletiano V1I1I et Maxivniano, VIII cons. (30 4).

Mense Iunio

III Kal. iul. Pétri in Catacumbas et Pauli Ostense, Tusco et Basso cons.

Mense Julio

VI Id. Felicis et Filippi in Priscillae ; et in Iordanorum, Martialis, Vitalis, Alexandri; et in Maximi, Silani ; hune Silanum martirem Novati furati sunt; et in Praetextati Ianuari.

III Kal. aug. Abdos et Sennes in Pontiani, quod est ad Ursum piliatum.

Mense Auguslo

VIII Id. aug. Xysti in Calisti, et in Praetextati, Agapiti et Felicissimi.

VI Id. aug. Secundi, Carpophori.

Victorini et Severiani Albano ; et Ostense VII ballistaria, Cyriaci, Largi, Crescentiani, Memmiae, Iulianae et Smaragdi.

III Id. aug., Laurenti in Tiburtina.

Id. aug. Ypoliti in Tiburtina et Pontiani in Calisti.

XI Kal. sept., Timotei, Ostense.

V Kal. sept., Hermetis in Basillae, Salaria vetere.

Mense Septembre

Non sept., Aconti in Porto, et Nonni et Herculani et Taurini.

V Id. sept., Gorgoni in Labicana.

III Id. sept.. Proti et Iacinti in Basillae.

XVlll Kal. octob., Cypriani Africae.

Romae celebratur in Calisti.

X Kal. octob. Basillae, Salaria vetere, Diocletiano Vllll et Maxinicano VIII cons. (30i).

Mense Octobre

Prid. Id. octob., Calisti in via Aurélia, miliario III.

Mense Novembre

V Id. nov., Clementis, Semproniani, Claudi, Nicostrati in oomitatum.

III Kl. dec., Saturnini in Trasonis.

Mense Décembre

Id. dec., Arislon in Portum.

î Nomina episcoporum inartyrum et confessorum qui depositi sunt incymiterio Callisti :

Xystus,

Cornélius,

Pontianus,

Fabianus,

Eusebius,

Dionysius,

Félix,

Eutychianus.

Gaius,

Miltiades,

Stephanus, Lucius, Antcros, Laudiceus , Polycai'pus ,

Urbanus, Manno , NumidiamiSy JulianuSy Optatus.

Horum primus sanctus Xystus passus cum Agapito I^elicissimo et aliis numéro XI (fl. S., II, 33, 48 ; — /. Chr., II, 68 : - L. P., I, 234).

si Lcd ti estes bfcs martyrs romains

calienne est donc contemporaine du pontificat de saint Sylvestre. Mais si, au lendemain des persécutions, on s’intéressait ainsi aux papes, n’était-il pas naturel qu’on s’intéressât aussi aux martyrs? Si la depositio martyrum ne donne que les plus illustres d’entre eux, c’est que l’auteur du Chronographe n’avait nul souci de les énumérer tous dans son guide de Rome. Il est très vraisemblable qu’il en est de Y Itinéraire comme du Calendrier { : c’est aussi à l’époque de Sixte III qu’a été retouché le calendrier de Miltiade 2 .

Nous connaissons donc les emplacements des tombes sacrées en 432, sans doute même en 314, au lendemain des persécutions. Si l’on réfléchit que les noms des martyrs étaient gravés sur la pierre qui fermait le loculus et que les fidèles surveillaient avec un soin jaloux tout ce qui intéressait les cimetières 3 , si l’on se souvient que, dans l’hypothèse la plus défavorable, nous ne sommes guère éloignés de plus d’un siècle de l'époque des persécutions, on verra qu’on ne peut raisonnablement douter de l’exactitude des indications alors consignées dans Y Itinéraire de Salzbourg et qu’il y a lieu de le regarder comme un document parfaitement autorisé. Les emplacements des sépultures étaient au moins aussi sûrement connus, à la fin du iv° siècle, que les dates des anniversaires.

Tout au contraire, les divers épisodes de l’histoire des martyrs étaient alors parfaitement ignorés. Voyez Damase 4 : enfant, il a pu connaître les persécutions ; jeune homme, il a connu les persécuteurs^ et les confesseurs de la foi; évêque de Rome (366-384), il a eu plus de facilité qu’aucun autre pour recueillir les renseignements et consulter les documents. Pour-

1 Duchesnc, les Sources du martyrologe h... (Mélanges,.., Ecole de Rome, V, 142). L'indépendance mutuelle du F. H. et du Salisburgensis se déduit de la mention de Libère dans celui-là, de son absence dans celui-ci.

’ 1 Le M. 11. mentionne des dédicaces d’églises de Sixte 111, le baptistère du Latran, Saint-Pierre-ès-Liens, Sainte- Marie-Majeure, Saints-Sixte et Laurent ( id ., V, 143).

3 Noter qu’il n’y a pas de différence notable entre ce document de 314-432 et ceux de 640 dont nous avons parlé : en deux siècles, la tradition ne s'est pas altérée.

4 Nous avons le bonheur d'avoir, pour Damase, une excellente édition: celle de Ihm : Damasi Epigrammata , Lipsiac, 1893. in-12. — Cf. Rheinisches Muséum (1895), p. 191 ; de Rossi, Bull., 1884, p. 7; Cari Weyman : De carminibus damasianis et pseudo-damasianis observât iones [Revue d'histoire et de littérature religieuses. 1 (1896). 58. — Cf. aussi f II (1898). 564].

b lhm, 29, p. 34. « Percussor retulit Damaso mihi, cum puer essem. »

ÊoîiMteNt îl cônViënî bfe PoâEtt Le problème ÎÜ

tant, lorsqu’il entreprend d’en retracer les saintes aventures, comme il est pauvre de détails précis et quel prix cependant n’y attache-t-il pas? Toutes ses épigrammes ont entre elles je ne sais quel air de parenté, qu’elles doivent non pas seulement à l’uniformité du style 1 et à la pauvreté du vocabulaire 2 , mais encore, mais surtout, à l’absence de tout détail historique et à leur tendance moralisante. Le fait est d’importance ; mais il est aisé de s'en convaincre. Voici, en une page, toute la « matière historique » de ces épigrammes 3 ;

« (7) Félix et Adauctus sont des martyrs 4 . — (8) Les soldats « Nérée et Achillée, qui exécutaient des ordres barbares, sont « des martyrs. — (12) Dans la troupe des martyrs compagnons « de Sixte, se trouvaient un prêtre qui vécut pendant une « longue paix et des confesseurs venus de Grèce. — (13) Sur- « pris par les soldats, Sixte s’est fait tuer le premier. — (14) « Emule du diacre Etienne protomartyr, Tharsicius, surpris « tandis qu’il porte l’Eucharistie, se fait tuer plutôt que de la « livrer. — (18) Heraclius refuse la pénitence aux faillis; « Eusèbe la leur accorde ; le peuple se partage entre eux ; le « tyran les exile; Eusèbe meurt sur la côte de Sicile, évêque « et martyr. — (22) Januarius est un martyr. — (23) Felicis- « simus et Agapitus furent subitement mis à mort avec Sixte. « — (27) Eutvchius est mort martyr après être resté douze « jours sans nourriture, avoir vécu dans l’ordure sans pouvoir « dormir. — (29) Le bourreau de Marcellin et de Pierre a « raconté leur martyre à Damase enfant; ils ont été exécutés « en cachette, au petit jour; avant leur mort, ils avaient eux- « mêmes gaiement creusé leur tombe ; après, ils en ont révélé « l’emplacement à Lucilla. — (30) Tiburtius, (31) Gorgonius, « (32) Laurent 5 , sont des martyrs. — (37) On raconte que le « prêtre Hippolyte suivit le schisme de Novatus; mais que, au « moment de la persécution, il conseilla au peuple de suivre

1 Ihm, notamment les épigr. 8, 11, 12, 13, 14, 52, 53.

2 Pia viscera inatris, 13, 43, 30, 37. 46 ; — Régna (turba) piorum, 12, 26, 23, 37, 43, 47, 49. — Superato (contempto) principe mundi, 7, 30, 43, 47; — Damasus rector, 7, 13, 14, 42, 44.

3 Les numéros qui précèdent chaque phrase renvoient aux numéros des épigrammes dans l’édition de Ihm. Celles qui ne sont pas résumées ne concernent pas les martyrs de Rome.

4 Damase ne dit pas qu’ils sont frères. Cf. Delehaye, « Saints du cimetière deCommodille», Analecta Doll. XVI (1898), tirage à. part, p. 20.

b Rien à tirer des épigrammes 55 et 102.

LES GESTES DES MARTYRS ROMAINS

« la foi catholique et mérita ainsi le martyre 1 . — (40) On « raconte qu’Agnès s’offrit à la mort, brava le bûcher, et « voila sa nudité de ses cheveux 2 . — (42) Des saints dont on « ignore les noms et le nombre reposent Via Salaria Nova . <•. — (43) Soixante-deux martyrs reposent Via Salaria. — « (44) Maurus subit le martyre tout enfant. — (46) Saturni- « nus, Carthaginois, dorigine, subit le martyre à Rome 3 . — « (47) Félix et Philippe sont des martyrs 4 . — (48) Marcel « enjoint la pénitence aux faillis : le peuple se révolte, « il est exilé. — (49) Protus et Hyacintus, deux frères, « subissent le martyre : leur tombeau fut longtemps caché « — (52) Saint... est venu de Grèce, a été martyrisé à « Rome 0 . »

Quels détails ajoute Damase à ce que nous apprennent le Calendrier et Y Itinéraire? Jamais une date ; jamais un nom d'empereur, de proconsul ou de juge ; jamais un renseignement sur la vie du saint ou sur sa mort, sauf pour les cinq martyrs : Tharsicius, Eutychius, Marcellin et Pierre, Hippolyte, Agnès! Et encore, dans ces deux derniers cas, pour Hippolyte surtout, il n’affirme rien : il rapporte simplement ce que l’on raconte autour de lui ; »

Hippolytus fertur premerent cum iuissa tyranni;

1 Rien à tirer de l’épigramme 82.

2 Rien à tirer de l’épigramme 84.

3 Rien à tirer de l’épigramme 88.

4 Rien à tirer de l'épigramme 86.

6 Confirmé par l’épigramme 96.

6 Voici le résumé historique des épigrammes d’origine douteuse.

Il y a des saints (6) Faustinus, Viatrix et (38) Timothée. — (41) Une femme est morte pour le Christ, et ses enfants l'ont suivie. — (58) Dans un autel reposent Paul et Jean, martyrs. — (59) Deux frères... qui Avaient à la cour.

Voici le résumé historique des épigrammes pseudo-damasiennes, recueillies par Ihm. — (78) (77) Des Grecs sacrilèges sont devenus martyrs ; surpris par une tempête, ils firent un vœu à Jupiter afin d'être sauvés Après Hippolyte qui vécut comme un moine, Adrias et Paulinasa femme reçurent le baptême : leur fête est le XIII Kal. iun. Maria et Nion son frère ont fait de larges aumônes et ont souffert le martyre : leur fête (?) est le V id. nov. — (79) Gordianus subit le martyre tout enfant. — '80) Nemesius est un martyr. — (81) Venerius a suivi Castulus. — (84) Constantina, vierge vouée à Dieu, a consacré un temple à Agnès. —(86) Des enfants ont suivi leur mère. — (87) Chrysanthe et Parie reposent dans un même tombeau. — (88) Saturninus est un martyr. — (96) Le tombeau de Protus et Hyacinthus fut longtemps caché. — (99)Diogènes est pn martyr. — (100) Le jour de la depositio d’Alexandre, évêque et martyr, est le XI Kal. oct.

COMMENT IL CONVIENT DE POSER LE PROBLÈME

et il insiste, comme pour dégager sa responsabilité : haec audita rcfcrt Damasus

Une fois même, son ignorance est plus complète encore ; il ignore les noms et le nombre des saints, sur le tombeau desquels il fait graver ces vers :

(42) Sanctorum

Nomina nec numçrum potuit relinere vetustas.

Et ce n’est point, de sa part, parti pris de dédaigner les faits; c’est la conséquence de l’ignorance où il se trouve de l’histoire dont il devrait parler. La néglige-t-il lorsqu’il la connaît par hasard? Les épigrammes deTharsicius, Eutychius, Marcellin et Pierre..., prouvent le contraire.

D’autre part, il semble difficile de contester son intention de moraliste.

(8) Crédité per Damasum possit quid gloria Christi. dit-il ; ou encore :

(27) Expressit Damasus meritum ; venerare sepulcrum ; ou encore :

(4*2) Sanctorum, quieumque legis, venerare sepulcrum. ou enfin :

(31) Hic, quieumque uenit, snnetorum limina quaerat.

Ces quelques citations, les travaux qu’il entreprend aux catacombes, montrent qu’il veut entretenir ou réchauffer ou diriger la dévotion îles Romains pour leurs martyrs, et, prêchant leur exemple, les acheminer à la pratique du sacrifice. Mais pouvaitil ignorer qu’un fait précis, l’autorité d’un exemple, produisent sur une âme une impression plus vive et exercent sur elle une action plus profonde qu’une exhortation générale? Melius docemur facto quam voce . Qui parle ainsi ? Précisément un

Les GESÎF.8 DES ^ARTTRS RO^AîNâ

contemporain de Damase, saint Ambroise 1 . Le but què poursuivait le pape lui commandait donc une autre méthode que celle qu’il a suivie : s’il n’a pas donné à ses épigrammes un tour historique, c’est qu’il n’était pas le maître de le faire.

Un fait confirme cette conclusion. Que l’on parcoure les livres des prédécesseurs de Damase ou de ses contemporains, de tous les écrivains, profanes ou sacrés, qui ont parlé du christianisme avant la fin du iv c siècle : que disent-ils des martyrs de Rome? Si l’on ouvre la Patrologie latine de Migne, tome CCXIX, colonne 583, pour consulter l’index des persécutions, on constate que les circonstances générales s’y trouvent seules rappelées, les faits individuels toujours omis. Si l’on consulte l’index des sermons sur les saints, on déplore l’absence de tous les écrivains antérieurs à saint Ambroise. Pour préciser davantage, veut-on enfin lire Ambroise, Augustin, Jérôme, Prudence, Sulpice Sévère? Trois légendes s’y trouvent plus ou moins vaguement rappelées ? : celles de Laurent, de Sébastien et d’Agnès; et nous en connaissons plus de 75...! Et sur ces trois légendes, il en est une qui doit sa popularité et son extension à l’idée qu’elle représente, bien plus qu’aux détails qu’elle rapporte; je parle ici de la légende d’Agnès, exaltation de la virginité 3 . Et souvent, lorsqu'ils parlent, Ambroise, Augustin, Prudence, comme Damase lui-même, croient devoir avertir le lecteur qu’ils ne sont pas certains des faits qu’ils racontent et qu’ils les donnent non comme histoire, mais comme légende.

Il faut aller plus loin. Leur ignorance 1 de l’histoire des saints ne se laisse pas seulement deviner à ces traditur , à ces fertur , dont ils sèment prudemment leurs vers ou leurs dis-

1 P. L., 17, col. 727-728. « Dictis facta priera sunt... Melius ergo docemur facto quam voce ; denique sancti martyres etsi voce tacent, factorum virtute nos edocent ; etsi lingua silent, martyrii passione persuadent.» (Ambrosius (?), De Natali Sanctorum Marty mm, Sermo LX, 2.)

* Ambroise : légende de Laurent, P. /.., 17, 1216 et 705, 16, 1093 et 84 ; — Sébastien. id. y 15, 1197; — Agnès irf., 16. 189; 17, 701, 1210. — Prudence : Laurent, id., 60. 291, 530... Agnès, id ., 580. — Noter la mention de sainte Suzanne dans Claudien ( Carm . A/i/i., L. In Jacobum magistrum equitum. — M. G. Auct. Ant., X, 340).

3 Associée à Thècle et A Pélagie. Ambroise , Ep. I, 37 (P. L., 16, 1093). Quid Theclam, quid Agnem, quid Pelagiam loquar..., ad morlein quasi admiraortalitatem festinaverunt. — Cf. Jéi'ôme , Ep. 130 (P. L. 22, 1109). — Sulpice- Sévère , Dialog. Il* 13 illalm., p. 196): € Dicam, inquit, nobis, sed nos nulli quaeso dicatis: Agnes, Thecla et Maria mecum fuerunt. »

4 Augustin ne souffle mot de saint Genes dans le de Baptismo contra Dona tislas. Cf. surtout Vil, 53 (P. L., 43, 212.)

COMMENT IL CONVIENT DE POSER LE PROBLÈME 29

cours : à examiner de près les détails qu’ils rapportent, elle apparaît plus clairement encore. Lorsque, du haut de la croix, Sixte console Laurent 1 , Prudence ne se souvient-il pas de la scène du Golgotha 2 , si familière à tous les chrétiens : le Christ mourant recommandant sa mère à son disciple bienaimé. Et lorsque, exposée sur le bûcher, Agnès cherche à se couvrir pour échapper aux regards, et à tomber à terre d’une chute décente, ne faut-il pas voir ici, plutôt qu’un détail historique, une réminiscence delà tragédie grecque, où, avec moins de délicatesse d’ailleurs et moins de bonheur d’expression que le poète chrétien 3 , Euripide nous montre Polyxène plus soucieuse de sa pudeur que de sa vie.

r t cè Gvr^xoj^’ cp.ü>; îtcaXyjv izpz vstxv efysv 6 ttessCv y.pûzTSjff’ a y.p’J7TT£iv àpaévwv ^pstiv 4 .

Enfin, lorsque Hippolyte nous est dépeint, entraîné par un cheval fougueux entre les ronces et les rocs, laissant à chaque pierre de la route qu’il suit quelque débri de sa chair 5 , comment douter que la légende ici reproduite n’ait subi l’influence de la fable grecque popularisée par Ovide G , et que quelque chrétien, connaissant les Métamorphoses, n’ait appliqué au compagnon de Pontien le supplice infligé au dédaigneux amant de Phèdre? — Et c’est ainsi que les détails des légendes dont on saisit la trace à la fin du iv° siècle^sont toujours suspects : tant il est vrai qu’à cette époque on connaissait mal, dans les

1 Prudence, Perislephanon .

Fore hoc Sacerdos dixerat Jam Xystus adOxus cruci I*aurentium flenlem videns Crucis sub ipso stipitc,

Désisté discessu ineo Kletum dolenter fundere.

(Ruinait, éd. 1731, p. 104.)

* S. Jean, XIX, 25-27. — Cf. à ce sujet Allard, III, 330.

3 « In morte vivebat Pudor. » (Pseudo-Ambroise, Hymne LXV, v. 29. P. L., 17,121t.)

* Ilécube , vers 568-570 (Nauck, I, p. 158).

6 Fresques décrites par Prudence ’Peristeph ., XI, 77, sq.) Noter que Concordia est appelée nourrice ; n’est-ce pas un souvenir des nourrices de la tragédie grecque? Remarquer pourtant que saint Benoît avait sa nourrice (Greg, Magn., Dialog.. II. 2. - Cf. Bul. % 1881, p. 42, 1817. p. 18, 1881, p. 85.

« itétamorphoitt , XIV, — Cf. infra, traditions tiburtines, - (if, aussi Allard, lil, 331.

milieux cultivés, l’histoire des martyrs de Rome. Il nous faut redire l’aveu mélancolique de Prudence : « Ce sont bien des marbres muets qui recouvrent les tombes silencieuses 1 . »

Au milieu du ix e siècle, on avait, dans toute la chrétienté, une connaissance très étendue et très précise de l’histoire des martyrs romains.

Le Martyrologe était contemporain de l’efflorescence de la vie monastique. Cette pensée d’édification, qui avait introduit dans la vie des chrétiens les lectures pieuses et dans leurs assemblées religieuses la coutume des « leçons » tirées des écrits canoniques, se combina peu à peu avec le sentiment de vénération que leur inspiraient les martyrs et fit naître, à des dates différentes suivant les divers pays, l’usage de lire à l’église, comme en particulier, les saintes passions de ces martyrs. Ce fut bien, à ce qu’il semble, de l’adaptation de ce fait général aux conditions particulières de la vie monastique, que procéda le genre littéraire du Martyrologe , recueil de notices hagiographiques abrégées, rangées dans l’ordre liturgique.

Né avec le monachisme, le Martyrologe en suit la fortune. C’est à Vivarium, dans le « séminaire » de Cassiodore, que nous en saisissons la première édition 2 , placée alors sous la haute

1 Le silence de Jérôme, surtout, est significatif. On sait son rôle à Rome, l’intérêt qu’il prend à l'histoire des martyrs et quelle impression lui laissent les Catacombes: « Dum esem Romae puer et liberalibus sludiis erudirer, solebam cum cieteris eiusdein aelalis et propositi, diebus Dominicis, sepulcra apostolorum et martyrum circuire; crebroque cryptas ingredi quae in terrarum profunda defossae ex utraque parte ingredientium per parietes babent corpora sepultorum et ita obscura sunt omnia ut propemodum illud propheticum compleatur : Descendant ad infernum viventes (Ps. L1V, 16); et raro desuper lumen adiuissum horrorem temperet tenebrarum, ut non tam fenestram quam foramen demissi luminis putes : rursumque pedetentim acceditur et cœca noctc circumdatis illud Virgilianum proponitur :

Horror ubique animes simul ipsa silentia terrent.

(Ilieronymi Comm. in Ezechielem , XII, 40; — P. L., 25, 375.)

- Cf. Albert Dufourcq : De Manichaeismo apud Latinos quinto sex toque saeculo aigue de scnptis apocryphis latinis. 1, 1.

COMMENT IL CONVIENT DE POSER LE PROBLÈME

autorité d’Eusèbe. Puis le mouvement monastique se déplace; tandis que l’Italie semble sombrer dans la Barbarie, les Anglo- Saxons recueillent son héritage à Yarrow et à Wearmourth, comme à Iona et à Bangor : et c'est là que parait, par les soins de Bède (672-735), une nouvelle édition du texte martyrologique. Mais voici que le centre de la vie intellectuelle et morale de l'Occident se déplace encore ; avec les missionnaires anglo-saxons, il émigre en Germanie, et c'est en Germanie, que Raban Maur revoit pour la troisième fois le Martyrologe (vers 845), à la prière de Ratlaïk, abbé de Selingenstadt. Voici enfin qu’après avoir contourné les frontières de la Gaule il les franchit et s’y installe; aussi, après l’édition de Florins, la grande autorité de l'Ecole de Lyon (848), Adon et Usuard travaillent-ils à revoir, à compléter, à régulariser et à définitivement arrêter le texte du Martyrologe. Grâce à leurs travaux, nous pouvons juger avec sûreté de l’état des traditions martyrologiques vers le milieu du ix° siècle.

Comme c'est des martyrs romains qu’il s’agit ici, et qu’Adon s’est occupé de ceux-là surtout, c’est lui que nous interrogerons pour connaître leur histoire.

Après avoir passé quelque temps dans la célèbre abbaye de Priimm, Adon, moine de Ferrières, s’était rendu en Italie afin d’éviter, nous dit-on, les embûches de quelques envieux. A Rome, il recueillit beaucoup de renseignements ; à Ravenne, certain religieux lui communiqua un calendrier, sans détails historiques, bien distinct du férial hiéronymien : on racontait que le manuscrit avait été envoyé par le pape à un évêque d’Aquilée. I)c retour en France, notre voyageur entre dans le clergé de Lyon ; à la prière de pieux chrétiens, à la demande peut-être des autorités ecclésiastiques, il rédige son Martyrologe, et le succès en est très grand; il obtient alors l’archevêché de Vienne, où il reste jusqu’à sa mort (860-874).

Or, dans ce Martyrologe, je relève 178 groupes de saints romains vénérés à un jour fixe; 49 seulement sont simplement nommés, s^ns qu’aucun détail vienne s’ajouter à la mention de leur fête; encore en est-il un certain nombre, parmi ceux-là même dont Adon raconte l'histoire à propos des 129 autres. Restent donc 129 notices, de dimensions inégales d’ailleurs, quelques-unes de quatre ou cinq lignes, quelques autres de plusieurs pages, le plus grand nombre de vingt ou

LES GESTES DES MARTYRS ROMAINS

trente lignes, qui nous retracent l’histoire des martyrs de Rome.

A la fin du iv e siècle, on ignore à Rome l’histoire des martyrs romains.

Au milieu du ix e siècle, on la connaît avec ses détails par toute la chrétienté.

Comment ce fait s’explique-t-il et d’où provient cette surprenante différence que nous constatons entre les deux époques? A plusieurs reprises, Adon cite, comme les sources auxquelles il aurait puisé, des récits qu’il appelle tantôt passiones , tantôt et plus souvent Gesta Martyrum x . Quest-ce donc que ces Gesta Martyriun auxquels il a vraisemblablement emprunté tous les détails qu’il raconte?

1 IV Kal. februarii. Romae natalis Papiae et Mauri... Scriptum est in gestis beali Marcelli papae (P. L., 123, 224). — XIII kal. martii. In Perside, natalis beati Polychronii... Scriptum in passione sancti Laurentii ( id ., 230). — XVII kal. Aprilis. Romae, natale sancti Cyriaci. . Sctdptum est in gestis Marcelli

papae ( id., 239). — VIII kal. aprilis, Romae, sancti Cirini Scriptum

in passione sancti Valentini (id., 242). — VII kal. aprilis, Romae..., natalis S. Castuli..., ut in gestis B. Sebasliani legitur (id., 242). — X kal. maii, natalis sanctomm Parmenii. Helimenae.... Scriptum in passione sancti Laurentii (id., 250). — XII kal. Julii, Romae natale sancti Novatis .. De quo Novato scribit Pastor in gestis Pudentianae et Praxedis... (id., 289). — VI kal. iulii, Romae sanctorum Johannis et Pauli... Ab ipso Terentiano des cripta est passio horum sanctorum (id., 293). — Vlll kal novembris... Romae, natalis quadraginta et octo mililum... Scriptum in passione sanctorum mar tyrum Sixti , Laurentii et Uippolyti (id., 384). — Noter qu’il sait que « Anteros... gesta raartyruin a notariis diligenter exquisivit et in eoclesia recondidit. » (III Non. januarii, id., 210.) Il cite aussi YHistoria sancti Silvestri (XII kal. sept, (id., 334) et les gest(a) pontificali(a), VIII id., Aug. (û/.,319). — Cf. qtq* tion des gesta Bonosi çt Maximiani (XU kal. sept.,. /(/., 334).

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