‹ Étude Sur Les Gesta Martyrum RomainsChapitre 96 sur 161 · LES GESTES ET LE DÉCRET DAMASIEN · texte numérisé non relu

LES GESTES ET LE DÉCRET DAMASIEN

pour en rendre compte, qu'ils ont été rédigés à la même époque ?

Et cette conclusion apparaîtra plus certaine et mieux assurée à la suite de la comparaison qu'il faut établir entre les Gesta Martyrum et le Décret pseudo-damasien . Au chapitre ni de ce texte célèbre, parmi les opuscu/a recipienda, après l'énumération des œuvres de Cyprien, de Grégoire de Nazianze..., de tous les Pères orthodoxes qui sont toujours restés en communion avec l'église romaine, on lit les mots suivants 1 :

« Item décrétâtes epistolas, quas ...

« Item gesta sanctorum martyrum qui multiplicibiis /or- « mentorum cruciatibus et mirabilibus confessionum trium - « phi s irradiant . Quis ista Cathoticorum dubitet majora eos « in agonibus fuisse perpessos , nec suis viribus sed Dei gra - « lia et adjulorio? Singu/ari eau te/a in sca Romana ecclesia « non leguntur , quia et eorum qui conscribere nomina peni - « lus ignorantur et ab infide/ibus et idiotis superflua aut « minus apta , quant rei ordo fuerit , esse pulantur . Sicut « cuiusdam Cirici et Julittae , sicut Giorgi a/iorumque huius - « modi passiones q. ab hereticis perhibenlur compositae. « Propter quod , ut dictum est, ne vel tevis subsanandi ore - « retur occasio, in sca Romana ecclesia non leguntur . Nos « tamen cum praedicta ecclesia omnes martires et eorum « gloriosos agones , qui Domi/to magis quant hominibus noti « sunt, omni veneratione veneramur . »

Ainsi donc l’église romaine vénère avec dévotion les martyrs et leurs glorieux combats, plus connus, dit-elle, de Dieu que des hommes . Mais, guidée par une singulière prudence, elle refuse de lire leurs gestes aux offices, et sa conduite lui est dictée par deux et même trois raisons : la première, c'est qu'on ignore profondément les noms des auteurs qui les ont composés ; la seconde, c’est que des infidèles ou des simples d’esprit les ont encombrés de détails inutiles ou déplacés ; la troisième, qu’on ajoute incidemment, c’est que, s’il faut ajouter foi aux bruits qui courent ( perhibenfur ), ils ont été composés par des hérétiques. Et qu’ôn ne veuille point voir dans

gestes précède l’addition du livre pontifical; elle a été faite sur la légende de Praxède, séparée de celle de Potcntienne ; or, l’addition du L. P., est, sans doute, antérieure à 531; la correction des gestes et les gestes eux-mêmes seraient donc antérieurs à cette date.

1 Nous donnons le texte du Vaticanus Fontanini (Migne, P. L., 59, 171-172).

cette attitude de l’Église un manque de foi en la grandeur des saints : quel catholique pourrait douter qu’ils n'eussent supporté de plus terribles tortures que les gestes n’en racontent, soutenus, non par leur propre force, mais par la grâce et le secours de Dieu 1 .

Il est clair que, parmi les gesta sanctorum martyrum , les nôtres sont aussi visés ; peut-on arguer que le signalement qu’on en donne soit infidèle? Si l’on se rappelle le caractère apocryphe que présentent nos légendes, on se convaincra sans peine de son exactitude. Si l’on se rappelle surtout que les gestes romains s’efforcent de s’établir dans l’opinion publique par la précision minutieuse des détails qu’ils rapportent ; si l’on réfléchit que, s’ils cherchent à le faire, c’est, nécessairement, que certains s’efforcent de ruiner leur crédit et d’éclairer l’opinion, on comprendra que les prologues tendancieux que nous avons notés supposent le concile damasien y comme le concile damasien suppose nos prologues 2 : ces deux documents s’éclairent et se complètent parce que leurs auteurs responsables se visent et se combattent ; tous deux ont vu le jour à la même époque, parce qu’ils témoignent tous deux d’un milieu historique identique.

La comparaison des gestes romains et du décret pseudodamasien confirme les résultats que nous avons obtenus en les comparant au Liber Pontifica/is : comme ces deux textes, ils ont été rédigés à l’époque ostrogothique 3 .

1 Cf. notre travail de Manichaismo apud Latinos , 2* partie, chapitre n.

2 Les gestes précédés de prologues seraient donc postérieurs au concile.

3 Deux autres faits d'un caractère général peuvent être relevés, ou indiqués, à l'appui de notre thèse. A considérer l'ensemble de nos textes, on devine que l’usage des psaumes se répand dans l’église de Rome au moment où ils sont rédigés : le plus grand nombre n'en souffle mot ; quelques-uns, comme les gestes d'Eugénie (P. L., 73, 607, g 3, 4, 6) leur empruntent plusieurs citations (Ps. 47 et 93) ; d’autres, comme les gestes d'Alexandre Romain, y font un fréquent recours et il semble bien (cf. infra) que les gestes d’Alexandre Romain soient au début du vn # ,ceux d’Eugénie, du début du vi # . Or, si ce fut Célestin (422-432. — L. P., I, 213) qui introduisit à Rome la psalmodie antiphonée, ce fut Ilormisdns (514-323. — L. P., I, 269) qui en vulgarisa l'usage en établissant une sorte d’école de chant; la connaissance des psaumes se généralisa dès lors dans le clergé inférieur. H est fait allusion, semble-t-il, à l’usage du chant des psaumes dans les gestes de Marcel (J 6), de Priinus et Felicianus (g 3 et 5), de Suzanne (18 février, 64 et 11 août 631-632), de Calliste (14 octobre 433).

Lorsque le texte des gestes sera solidement établi, on pourra étudier dans quelle mesure le cursus s'y trouve : j’en ai noté certains cas dans certaines recensions des gestes de Sébastien et de Nérée. M. Lejay en a trouvé dans

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