HISTOLOGIE
L'étude des changements histologiques qui se produisent pendant que la greffe se réunit à la surface qu’elle recouvre offre un intérêt tout spécial et a été faite d’une façon très complète à la clinique de Bâle par le D' Garré.
Il est à remarquer tout d’abord que les deux surfaces vives sont toujours séparées par une couche intermédiaire. Plus ou moins haute, quelquefois imperceptible, d’autres fois assez épaisse, exceptionnellement nulle, elle est surtout formée par un réticulum fibrineux à mailles inégales et à travées dont l’épaisseur et la consistance varient en augmentant vers le tissu basilaire, nous appellerons ainsi les tissus sur lesquels on a placé les greffes. Dans ces mailles sont compris un grand nombre de globules rouges. Cet exsudat est le résultat de l’hémorragie déterminée par l’ablation des bourgeons charnus. Plus il est mince, plus la réunion est rapide.
Dès les premières heures il se manifesta dans le tissu basilaire une vitalité très grande qui se traduit par des phénomènes de multiplication dans les cellules conjonctives et dans l’endothelium des vaisseaux. Dans la partie superficielle, principalement autour des vaisseaux se manifestent des cellules migratrices qui ne tardent pas à envahir l’exsudat et l’émailent d’une façon plus ou moins régulière.
Cependant la greffe ne change pas, la vie étant moins vive chez elle en raison de sa nutrition peu abondante. Toutefois, vers la neuvième heure on peut déjà voir quelques-unes de ces cellules à noyaux multipies s’insinuer dans la greffe, surtout suivant le trajet des anciens vaisseaux, en quittant l’exsudat où elles commencent à montrer des divisions nucléaires.
Bientôt dans la couche intermédiaire viennent s'ajouter d’autres éléments: ce sont de grosses cellules à un seul noyau (fibroblastiques). Elles augmentent rapidement et vers la fin de la première journée (22 heures) elles sont assez nombreuses. À cette époque également on peut déjà voir la couche cornée de la greffe se ramollir. Cet état s’accentue dans les jours suivants et bientôt cette couche tombe par lambeaux ne laissant à de certains endroits que quelques cellules pour recouvrir le sommet des papilles. La partie superficielle de la couche de Malpighi dégénère donc également. Par places il se forme des cavités hystiques plus ou moins sphériques, à parois inégales, occupant la couche cornée et les cellules épithéliales superficielles, et contenant des produits hyalins venus de cellules dégénérées. Ces cavités sont quelquefois très voisines les unes des autres et sont en rapport avec la chute de Ia partie superficielle de la greffe.
Les globules rouges ne tardent pas à se flétrir et à disparaître, tandis que les fibroblastes se multiplient et égalent en nombre les cellules rondes multinucléaires, dès le troisième jour, alors que ces dernières n’augmentaient plus dès la fin du premier jour.
Les cellules rondes qui tendent à envahir la greffe et à s’in-
sinuer dans les anciens vaisseaux paraissent en rapport avec
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la nutrition pendant que les fibroblastes semblent jouer un erand rôle dans l’organisation de l’exsudat.
Celui-ci s'organise peu à peu et vers la fin du troisième jour on perçoit déjà des vaisseaux formés d’une seule assise de cellules et des éperons qui affectent une direction verticale. Ces nouvelles formations paraissent mettre en relation la greffe avec le tissu basilaire. Dès ce moment en effet la greffe témoigne une vitalité plus grande par des divisions nucléaires; aux endroits où l’épithelium intéressé par la section touche l’exsudat, il envoie dans celui-ci des bourgeons cellulaires et lorsqu'il repose sur le tissu basilaire il se moule exactement sur lui, repousse la couche exsudative.
A cette époque presque toutes les cellules embryonnaires sont flétries et la couche cornée commence à se réparer, mais, chose remarquable, les anciens vaisseaux des papilles subissent par place une dégénérescence hyaline. Cette active organisation se poursuit et vers le dixième jour la couche intermédiaire remplacée par uue trame conjonctive très délicate, qui s’est formée d’une façon imperceptible, n’est plus guère reconnaissable que par quelques amas de cellules fibroblastiques et quelques rares cellules géantes. Les vaisseaux de nouvelle formation venus des anciens vaisseaux du tissu basilaire traversent toute la couche intermédiaire pour aboutir tout près de l’épithelium sans offrir toutefois les anastomoses régulières qu'on trouve dans les papilles normales de la peau. A mesure que ces Jeunes vaisseaux augmentent, les anciens dégénèrent et sont comblés par des proliférations épithéliales.
Au 45° jour, il n’y a plus trace de l’exsudat, la greffe est plus transparente, la ligne de démarcation entre elle et le tissu basilaire est une ligne droite, qui n’offre pas de corps pa-
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pillaires ; l’épithelium est normal, mais formé d’un très petit nombre de couches, la pellicule cornée est très mince. Le tissu conjonctif sous-épithelial est parcouru par des vaisseaux droits et obliques et on rencontre par place de petits nids de cellules rondes surtout autour des vaisseaux, avec de jeunes cellules épithéliales et quelques cellules géantes. Dans la greffe on voit aussi des espaces ronds et allongés, vides ou à contenu homogène, bordés d’un endothelium et offrant l’apparence de vaisseaux lymphatiques ; mais il est probable que ce sont des anciens vaisseaux.
Les canaux vasculaires sont de nouvelle formation, à lumière de diamètre moyen et à contours minces. Cependant par endroits on voit nettement quelques-uns de ces jeunes vaisseaux s’aboucher dans un ancien. |
Le tissu basilaire est formé de tissu cellulaire à couches parallèles avec des vaisseaux horizontaux et verticaux.
Après quatre mois et deux ans et demi on ne voit plus rien de l’exsudat, le tissu basilaire est normal, les papilles se sont reformées; mais la vascularisation semble un peu moins active que dans la peau normale. Dans le cas où il s’est produit des ulcérations, le processus pathologique est indiqué par des amas de cellules rondes.
Il ressort donc clairement de cette étude que la vascularisation de la greffe se rétablit surtout au moyen de vaisseaux de nouvelle formation, puisque des anciens, la plus grande partie dégénère et qu’un petit nombre seulement reprend ses fonctions après le troisième jour; que de plus la partie essentiellement importante de la greffe est formée par les couches profondes de l’épiderme qui prolifèrent rapidement et s’adaptent aux inégalités du tissu basilaire; qu’enfin la couche inter--
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médiaire retarde la guérison, si elle est trop importante, et comme elle est remplacée par du tissu conjonctif nouveau, elle doit favoriser la rétraction en raison directe de son abondance.
Dans les ulcères de jambe, la récidive n’est pas rare. Thiersch l’attribuait à la puissance rétractile du tissu conjonctif, mais celle-ci n’est pas en jeu. La cause réelle est un processus pathologique qui a pour effet de provoquer un exsudat sanguin entre la greffe et la couche basiïlaire à lasuite duquel il se produit une irritation qui se manifeste par une infiltration de cellules rondes.