OBSERVATION TI
(Prise dans le service de M. le professeur Heydenreich).
Il s’agit d’un enfant de 17 mois qui fut admis à l'hôpital de Nancy, le 18 mars 1889. Au mois de novembre 1888, il s’était brûlé en tombant sur un fourneau chauffé au rouge. Parmi les cicatrices multiples qu’il offrait, la plus grave, au point de vue fonctionnel, était une grosse bride siégeant à la face palmaire de la main gauche et ayant pour effet d’empêcher absolument le mouvement d’abduction du pouce et de maintenir ce doigt dans une position telle que l'extrémité de sa phalangette, qui était légèrement fléchie, correspondait à l’extrémité supérieure de la première phalange de l’annulaire ; le bord interne de la première phalange du pouce était fortement appliqué contre le bord palmaire du deuxième métacarpien. :
25 mars 1889, après chloroformisation du petit malade, excision du tissu cicatriciel et abduction complète du pouce. La perte de substance résultant de cette excision et de l’écartement du pouce était sensible surtout en deux points : 1° au niveau de l’espace interdigital, entre le pouce et l'index ; 2 dans le creux de la main entre la base de l’'éminence thénar et l’éminence hypothénar.
Entre ces deux zônes la plaie avait peu de largeur. Il semble qu’une autoplastie par glissement permettrait de combler la perte de substance du creux de la main à condition qu’on n’hésitât pas à rendre plus large encore la perte de substance de l’espace interdigital. On pratiqua donc cette autoplastie en se réservant d'appliquer des greffes dans l’espace interdigital.
10 avril 1889, seconde opération, toujours avec l’aide de la chloroformisation. La cicatrisation était complète au creux de Ja main; mais il existait au fond de l’espace interdigital, entre le pouce et l'index, une plaie bourgeonnante figurant un carré d’environ 13 millimètres de côté. Cette surface fut raclée avec une curette et quatre petites greffes prises sur le bras gauche de l'enfant y furent placées. On dut prendre quatre greffes malgré le peu d’étendue de la surface à greffer ; en effet cette surface offrait, après le raclage, une disposition en entonnoir irrégulier, et une greffe n'aurait pu s'appliquer étroitement contre elle.
Sur quatre greffes ainsi appliquées, les deux plus petites se détachèrent ; mais les deux plus importantes restèrent en place et Le résultat fut tellement favorable que le 5 juin le pouce arrive à s’écarter de l’index autant que du côté sain et qu'il est pour ainsi dire impossible de distinguer la surface greffée d’avec la peau voisine.
Cependant l'intervention chirurgicale ne devait pas se borner là. Si le résultat fourni par la greffe était favorable, il n’en était pas ainsi de, l’opération autoplastique pratiquée le 25 mars. Dans le creux de la main la difformité s'était reproduite et si le pouce après la seconde opération s’écartait librement de l'index, il restait ramené dans la situation d’opposition et ne pouvait être écarté en dehors.
Le 13 mai, une nouvelle opération fut entreprise. Le tissu cicatriciel fut enlevé du creux de la main; j’obtins ainsi une plaie à direction oblique de haut en bas et de dedans en dehors, mesurant 20 millimètres de long et 10 millimètres de large; cette plaie se retrécissait légèrement vers son extrémité postéro-interne. Elle était très vasculaire et pour arrêter l'écoulement sanguin, on dut toucher plusieurs points au thermocautère. Néanmoins les greffes furent immédiatement appliquées, le professeur Heydenreich en plaça deux. prises comme les précédentes sur le bras gauche.
Ces greffes prirent racine, bien que le sixième jour l’enfant, très indocile, eût réussi à arracher son pansement. La surface greffée a subi une légère rétraction : ses dimensions au lieu d’atteindre 20 et10 millimètres ne sont plus que de 17 et 9 millimètres. Cette légère rétraction s’est produite dès les premiers jours; une fois la cicatrisation achevée, les dimensions de la surface greffée n’ont pas changé. Malgré cela, le résultat est excellent. Le pouce peut être écarté librement au dehors, un peu moins toutefois que du côté sain ; d'autre part, l’aspect de la surface greffée tend de plus en plus à se rapprocher de la peau voisine.
SAS Eyes
11 janvier 1890. Nous avons reçu le petit malade opéré par M. Heydenreich. Le résultat n’a pas changé et reste excellent. Dans le sillon interdigital, il est absolument impossible de distinguer la’ surface greffée. À la paume de la main on voit encore la greffe sous forme d’un tissu plus ou moins dur tenant le milieu entre la peau normale et le tissu cicatriciel; les contours sont peu nets et les mensurations assez difficiles à faire nous donnent une longueur de 17 millimètres et une largeur de 9 millimètres. La rétraction n’a donc bien pas augmenté.