BOUCHARD
à Chacune l'hypothèse pathogénique qui satisfaisait son esprit, il parvint à cette conclusion que tous les cas d’hématomyélie spontanée jusque-là rapportés devaient être mis sur le compte d’une myélite — et par conséquent que l’hématomyélie primitive n'existait, ni comme entité clinique réunissant tous ces cas, ce qui était certain, nicomme variété quelconque, ce qui était assurément très absolu.
Il dépassait en tout cas, sinon la conception personnelle de Charcot, tout au moins l'esprit de son enseignement.
Ce fut M. le professeur Bouchard qui eut le grand mérite de montrer l’excès de cette doctrine. Dans le Dictionnaire Encyclopédique de Dechambre, ‘article Moelle, paru en 1874, il écrivait :
« Nous admettons que l’encéphalite spontanée primitive ou celle qui se développe secondairement, au voisinage par exemple d’un tubercule méningé, peuvent produire l’extravasation ; nous n'avons donc aucun motif de nier la possibilité d’une myélite hémorragipare ; mais l'interprétation n’est pas applicable à tous les faits. Ainsi, au lieu d’une simplification, nous rencontrons une complication nouvelle...
« Un fait est mis hors de doute par l'observation de MM. Charcot et Bourneville, c’est l'existence d'une myélite parenchymateuse notoire chez un malade mort à la fin du huitième jour après le début d’une hémorragie de la moelle. Mais une semblable myélite a été vue par W. Müller comme conséquence d’un traumatisme qui n'avait pu exercer sur la moelle une influence irritative aussi considérable que la dilacération très étendue de cet
organe par le foyer apoplectique.
19 GOLDTAMMER. — EICHHORST
« On peut donc se demander si la myélite observée par M. Charcot, et caractérisée surtout par le gonflement du cylindre d’axe et la tuméfaction des cellules multipolaires, n’est pas l'effet plutôt que la cause de l’hémorragie.
« D'autre part un fait est mis également hors de doute par l’observation de M. Liouville, c’est la présence d’anévrysmes miliaires dans un foyer d’'hématomyélie.
« Ce qui nous empêche encore d'accepter cette distinction fondamentale entre les hémorragies de la moelle et les hémorragies de l’encéphale, c’est qu’on trouve quelquefois la même lésion simultanément dans les deux organes ; l’extravasation dans la moelle a été observée en même temps que le ramollissement du bulbe (Grisolle) et le ramollissement du cerveau (Hutin). L’hémorragie à occupé à la fois la moelle et le cerveau (Saccheo, Jaccoud).
« Admettons donc qu'il existe plusieurs espèces d’hémorragies dans l'épaisseur de la moelle (1). » ;
Les faits allaient montrer à leur tour la solidité de ces conclusions, qu'après plus de vingt-cinq ans, le temps n’a pas entamées. |
En 1875 Goldtammer publiait un cas d’hématomyélie spontanée au sens le plus absolu du mot, chez lequel on avait trouvé à l'autopsie un épaississement et une dégénérescence graisseuse des parois vasculaires au point lésé (2).
Puis en 1876, les Charité- Annalen contenaient un cas
(1) Boucuaro, Dictionnaire Dechambre, article Moeze, 2° série, tome VIT, p. 784, 1874.
(2) Voir observation 5.
VALEUR DES HÉMATOMVÉLIES TRAUMATIQUES 13
d'Eichhorst, observé deux années auparavant, et qui présentait de grandes analogies avec celui qui en 1864 avait été pour Levier l'occasion de sa thèse inaugurale. I s'agissait de même d’une jeune fille devenue paraplégique à la suite de l'arrêt des règles. La mort avait été précédée de phénomènes fébriles qui eussent donné le change pour une myélite, si l’autopsie n'avait montré, par l’examen microscopique, que des lésions vasculaires avaient eu pour conséquence l’hémorragie, et celle-ci, à son tour, pour conséquence diverses modifications inflammatoires du tissu nerveux adjacent.
Au reste la question de l’hématomvélie était jugée. En même temps que se perfectionnaient les connaissances sur les myélites, hémorragiques ou autres, l'étude des hématomyélies s’enrichissait chaque jour de documents nouveaux, ayant trait à des hémorragies produites en tissu sain, c’est-à-dire sans myélite primitive. Un certain nombre de ces faits concernaient à la vérité des cas de traumatisme, mais nous verrons plus loin, dans la partie étiologique, que les traumatismes, ou tout au moins certaines classes de traumatismes, produisent des accidents hémorragiques dont l’évolution et les conséquences, distinctes du traumatisme qui leur à donné naissance, justifient amplement la dénomination d’hématomyélie. Il n’y a aucun avantage à les séparer radicalement des cas dits « spontanés » comme l’avaient fait les partisans de l’hématomyélite, et il existe, entre ces deux variétés d’hémorragies médullaires, d’incontestables traits communs, ainsi qu’on l’avait vu depuis longtemps.
Aussi le professeur Leyden en 1874, le professeur Erb en 1876 les réunissaient-ils dans les articles qu'ils