‹ Étude sur les hématomyéliesChapitre 21 sur 150 · ÉLONGATION · texte numérisé non relu

ÉLONGATION

quement. On avait dû faire des applications multiples de forceps ; l’un des modèles classiques ne suffisant pas, on en avait cherché un autre. — Malgré cela l’auteur ne pense pas que ces traumatismes suffisent à expliquer l'hématomyélie. On ne saurait assurément nier le rôle possible des altérations vasculaires, mais il semble bien, néanmoins, que les applications de forceps, surtout faites avec une telle persévérance, aient eu, dans l’espèce, une part déterminante dans les accidents.

b. Élongation des racines médullaires. — Les recherches physiologiques nombreuses qui ont porté sur les altérations de la moelle après arrachement d’un nerf périphérique ne signalent pas l’hématomyélie, soit que cet accident n’entràt pas dans le cadre des études que les auteurs se proposaient, soit que les animaux aient été sacrifiés trop tardivement. Les expérimentateurs, M. Hayem entre autres (V. Archives de Physiologte, 1873) recherchaient surtout l’état des cellules de la substance grise, et les autopsies n'étaient faites que plusieurs semaines, ou même plusieurs mois après le traumatisme. Rien d'étonnant, en pareil cas, que le foyer médullaire produit par l’arrachement ait eu le temps de se modifier.

Néanmoins ce foyer médullaire existe presque toujours, car la rupture survient, sauf exception, non pas sur le trajet du tronc nerveux étiré, mais sur ses racines, souvent à leur émergence médullaire, souvent aussi dans l'intérieur de la moelle — c’est ce qu'ont montré expérimentalement Gillette, Gussenbauer, Weir-Mitchell, Tarchanoft. Brown-Séquard, Debove et Laborde, Dana,

Braun, etc. On trouve alors, suivant le point de la rupture, une déchirure du tissu avec hémorragie plus ou moins abondante, soit sous la pie-mère, soit dans la moelle elle-même.

En clinique, ces hémorragies médullaires consécutives à l’élongation ont été vues par Pribram, par Rumpf; elles ont été diagnostiquées, de par l’évolution des symptômes, par différents auteurs.

Le professeur Pribram, de Prague, fait de l’extension forcée des deux jambes pour une double contracture des fléchisseurs de la jambe. Mort dans le collapsus ; hémorragie sur les sciatiques et dans la moelle. |

Rumpf rapporte (en 1884) le cas d'un tabétique, chez lequel l’élongation bilatérale modérée du sciatique avait produit un épanchement sanguin de 3 centimètres de haut dans le huitième segment dorsal.

De telles lésions médullaires ont pu être invoquées pour expliquer la pathogénie de certaines paralysies du membre supérieur (1).

4 I] nous reste maintenant à signaler un dernier groupe d’hématomyéliés ‘traumatiques, l'un des plus contestés. Il correspond à un grand nombre de cas, diagnostiqués commotion médullaire. Ce terme englobe actuellement des lésions très différentes, entre lesquelles le départ n’est pas fait.

On peut cependant admettre que dans la commotion médullaire, dans cette suspension brusque, et le plus

(4) Voir Prerre Duvaz et GEORGES GuiLLAIN, Archives générales de Médecine, 1898, IT, p. 143; Maziv, Revue de Chirurgie, 1899.11, p. 436: JoLy, Berliner klinische Wochenschrift, 1897, no 12, p. 241.

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souvent transitoire, des fonctions de la moelle, qui accompagne certains traumatismes, des hémorragies peuvent survenir.

Ces hémorragies se distinguent de celles que nous signalions dans les deux premiers paragraphes de ces hématomyélies traumatiques, d’abord par leur abondance, beaucoup moindre — il s’agit le plus souvent de simples extravasations capillaires — et surtout par leur pathogénie. Cette pathogénie sera expliquée à propos de l’anatomie pathologique, il nous suffit de dire pour l'instant qu'elles ne sont pas dues, comme les grands foyers traumatiques, à des ruptures des vaisseaux de la moelle par élongation, mais à des ruptures de capillaires dilatés par la stase.

Ces hémorragies sont prouvées par diverses obser-

vations et par des expériences. M. Schmaus, qui a consacré depuis 1890 une série de travaux cliniques êt expérimentaux à la commotion, a rencontré des hémorragies. [l ne leur accorde qu’une part très restreinte dans la pathogénie des accidents, parce qu’il met en première ligne d’autres lésions dont il a eu le mérite de mentionner la fréquence, mais il ne nie pas la possibilité de ces hémorragies, etla grande majorité des auteurs partagent actuellement cette opinion.

MM. Gussenbauer, Benda, Stolper, dont on trouvera le résumé des observations, les ont admises; et Benda, entre autres dit, en parlant des traumatismes de la moelle :

« On peut supposer des cas curables, qui ne parviennent pas au contrôle du médecin, et il est même permis de se demander si quelques-uns de ces phéno-

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mènes que l’on voit apparaître à la suite de traumatismes modérés, si ces contractures, ces douleurs rhumatismales, ces paresthésies transitoires, ne relèvent pas d’une hémorragie médullaire légère, et guérie spontanément (1) »?

Ce serait, semble-t-il, dans ce groupe des commotions médullaires qu’il faudrait ranger les hémorragies consécutives à la /ulguration, aux décharges électriques violentes, si leur existence était démontrée. Malheureusement, si de nombreux observateurs ont noté, à cette occasion, de la congestion des vaisseaux de la moelle, on n’a jusqu'ici signalé des hémorragies que dans le cerveau, le mésencéphale et le bulbe. Soit chez les suppliciés exécutés à New-Vork par l'électricité, soit chez les individus frappés par la foudre, la moelle a paru indemne. — C’est, par exemple, ce qui ressort du travail de Dürck, dans le Münchener medic. Wochenschrift, 1895, n° 31, dont l'observation personnelle, très complète au point de vue clinique et anatomo-pathologique, est accompagnée d’une riche bibliographie. Les récents mémoires de MM. Prévost et Battelli, dans le Journal de Physiologie et de Pathologie générale, 1899, ne nous ont pas donné d'indications sur ce point.

B. — Hémalomyélies spontanées.

Parmi les cas d’hématomyélie que l’on a décrits comme spontanés, il en est assurément plusieurs dont la cause nous échappe entièrement. Mais, pour le plus grand

(1) Bexpa, Deutsche medicinisché Wochenschrift, 1896, p. 711.

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