ROLE DU FROID
auteurs allemands. Une observation de M. Massot, recueillie à Lyon dans le service du professeur Mayet, et rapportée dans la thèse de M. Hayem, est à cet égard tout à fait caractéristique.
Près de ces cas se rangent ceux où l’on a pu invoquer l'influence du /roid. A plusieurs reprises, on a signalé le fait d'individus frappés de paraplégie en entrant dans l’eau, aux bains de mer. L’observation de M. Boinet, présentée en 1891 au Congrès de Marseille de l’Association française pour l’'Avancement des Sciences, a été suivie d’autopsie: il s'agissait d'une hématomyélie vraie, sans trace de myélite. Nous avons pu observer à la Salpétrière. à la consultation de M. le professeur Raymond, un cas que l’on pourrait superposer à celui de M. Boinet, avec cette différence que l’évolution s'était faite favorablement.
Ce rôle du froid a été mis de plus en lumière par des recherches expérimentales récentes de M. Hochhaus (1).
Cet auteur placait sur la région lombaire, préalablement rasée, de lapins, une capsule de cuivre contenant de l’acide carbonique liquide; en d'autres termes, il provoquait une réfrigération locale extrêmement énergique.
Quatre minutes après le début de l'application commençaient des convulsions, qui disparaissaient au bout de cinq minutes si on avait éloigné l'agent réfrigérant. A ce moment se produisait de la paraplégie, qui durait quelques instants ou quelques heures, puis disparaissait. i
Mais si on maintenait la capsule de cuivre en contact
(1) Hocunaus, Congrès allemand de médecine interne, Wiesbaden, 1897
MALADIES HÉMORRAGIQUES 43
avec la région lombaire de l'animal, il se faisait assez rapidement des lésions définitives ; et après une application de vingt minutes, les animaux ne guérissaient plus de leur paralysie des membres inférieurs et des sphinc: ters. À l’autopsie, on pouvait constater de l’hyperémie diffuse et des hémorragies importantes, surtout des cornes postérieures. Il y avait aussi, ce qui n’a, dans l'espèce, qu’un intérêt secondaire, des nécroses commençantes de la substance grise, et surtout des fibres à myéline des cordons blancs.
C’est aussi de cette manière que doivent agir les émotions. Aucun cas d’hématomyélie de cette nature n'a été vérifié par l’autopsie, mais, on a vu, dans les secousses morales, des paraplégies brusques survenir chez des sujets non hystériques, et l’on sait de plus que Williamson a pu, chez une domestique qui avait vu un malheur arriver à l’enfant confié à sa garde, et qui avait contracté de ce fait un diabète mortel, mettre en évidence de petits foyers hémorragiques du bulbe.
Enfin, une dernière cause de congestion locale, toute passive celle-là, s’est rencontrée chez des individus qui avaient gardé pendant longtemps une position mettant obstacle au reflux du sang veineux. Tel est le cas de Duriau, noté déjà à la page 4 de notre historique (plafonnier qui pendant plusieurs mois avait travaillé sans cesse les bras relevés). Tel aussi celui de cet ouvrier ébéniste, observé par Koester en 1898, frappé de paraplégie après plusieurs heures de travail à genoux, fortement courbé en avant.
2 Les hématomyélies dans les maladies hémorra-
gipares se bornent jusqu'ici à un cas de Sinclair,
44 ÉTIOLOGIE
dans l’hémophilie, à un autre de M. Steflen, dans le purpura infectieux chez un enfant (1), à des ACC dents paraplégiques dans le scorbut, pour lesquels nous n'avons pas trouvé d’autopsie mentionnée, à quelques cas de variole hémorragique, déjà signalés dans le chapitre des hématomyélies secondaires aux myéhtes, et enfin aux lésions hémorragiques de l’anémie pernicieuse.
Nous aurons, à propos de l’anatomie pathologique, l’occasion d'indiquer à quelles intéressantes discussions pathogéniques ces hémorragies des anémies graves ont pu donner lieu ; il nous suffit pour l'instant d’en signaler l'existence, et de faire remarquer qu’elles constituent le plus souvent des trouvailles d’autopsie, leur importance étant trop minime pour donner des symptômes pendant la vie. On en trouvera la bibliographie à la fin de ce chapitre et les observations importantes, parmi celles réunies dans ce travail.
3° Les altérations vasculatres sont loin de présenter, dans l’étiologie des hématom yélies, la même importance que dans celle des hémorragies cérébrales.
Les anévrysmes miliaires avaient été rencontrés par Liouville en 1872; depuis, leur existence n’a pas été signalée, du moins parmi les cas d’hémorragies médullaires. Hebold a bien signalé en 1895 des hémorragies multiples par ruptures d’anévrysmes de la moelle, présentant quelques analogies avec les anévrysmes miliaires, mais il y avait cette particularité qu’une thrombose tuberculeuse des sinus cérébraux avait précédé
(1) SrerrEN, voir observation 12.
tous les autres symptômes, et que l'examen anatomique de ces anévrysmes les faisait considérer comme des lésions consécutives à la stase.
L'athérome est par contre infiniment plus fréquent — et il est peu d'observations d’hématomyélies spontanées, ou même traumatiques, où on ne le trouve signalé. Nous reviendrons à la fin de ce chapitre sur cette constatation.
Nous avons déjà, à propos des myélites chroniques et
de la syphilis spinale, montré la part possible des altérations vasculaires consécutives à cette infection.
Enfin certains auteurs, Boedeker, Jestkoff entre autres, ont insisté sur le rôle fréquent de l'alcool, comme facteur de la fragilité des vaisseaux. Leurs observations montraient d'importantes hémorragies médullaires survenues sans cause, où à la suite d’un traumatisme insignifiant, chez d'anciens alcooliques qui présentaient peu d’athérome. Un malade de Jestkoff était de plus un aliéné, et l’auteur fait ressortir l’analogie entre la fragilité vasculaire extrême qu'il avait manifestée, et la fragilité osseuse de certains aliénés