HISTORIQUE
C'est en 1746 que le premier hôpital d'infectieux, The Highgate Small Pox Hospital, fut institué. Plus tard, en 1802, .on songea à traiter isolément les autres maladies transmissibles, et dans ce but The London Fever Hospital fut érigé.
On confondait dans ces mêmes salles les malades atteints de scarlatine, de fièvre à rechute (relapsing fever), de fièvre typhoïde, etc., et cette promiscuité n'était guère faite pour encourager le nouveau système. Le personnel incessamment décimé et la propagation au dehors favorisée par le manque absolu de précautions prises par les allants et venants, jetèrent le discrédit sur ces institutions. Aussi, malgré les épidémies redoutables de variole qui sévirent depuis le commencement du siècle, faut-il arriver à 1870-71 pour voir ce genre d'hôpital de nouveau en faveur.
C'est que pendant cette période, des travaux considérables, parmi lesquels nous citerons tout particulièrement ceux de Murchison (1) en 1862, avaient paru, et les études de nombreux savants s'étaient tournées vers l'hygiène nosocomiale. On reconnaissait graduellement toute l'importance de l'aération des salles, de l'enlèvement des immondices, de la pureté de l'eau, de l'isolement des individus atteints de maladies transmissibles de nature différente.
La contagiosité de nombre de ces dernières devenait déplus en plus incontestable et les faits démontraient avec éclat la
(1) La fièvre typhoïde, par Charles Murchison, traduit par le D"^ Lutaud, Paris, Germer-Baillière, 1878.
ETUDE SUR LES HOPITAUX D ISOLEMENT. &â
justesse de ces découvertes. Murchisonau London Fever Hospital faisait descendre en peu d'années les cas de contagion intérieure à une proportion de 1 pour 346 malades, alors qu'elle s'était toujours maintenue à l pour 40 environ.
Devant ces résultats, l'Etat ne resta pas indifférent. En 1863, le D"" Bristowe et M. Holmes furent chargés de présenter au Conseil Privé un rapport sur les progrès à réaliser en matière d'hôpitaux d'isolement.
Ce travail intéressant à plus d'un point de vue expose la situation telle qu'elle existait à cette époque et se termine par des conseils judicieux et de puissantes exhortations en faveur de nombreuses réformes.
Les pouvoirs publics surent profiter dans une certaine mesure de ces enseignements et promulguèrent, en 1866, une loi (T/ie 5aniïari/Acf) attribuant aux municipalités le droit de construire et d'entretenir des hôpitaux pour les malades atteints d'affections contagieuses.
L'année suivante, la ville de Londres était autorisée, par une clause spéciale introduitedanslaloi des pauvres [Poor LawAct) à créer un Conseil des Asiles métropolitains {Metropolitan Asylums Board), afin d'organiser l'hospitalisation des malades atteints de maladies transmissibles.
Sans entrer dans les détails fort complexes de l'administration de l'assistance publique en Angleterre, quelques explications sont nécessaires pour l'intelligence de ce qui va suivre concernant ce Conseil des Asiles.
Comme pour les départements français, les comtés ont à leur charge les aliénés et les indigents. Les arrondissements municipaux (districts) contribuent pour leur quote-part à l'entretien des asiles. Mais les districts de villes (Boroughs) assez importants pour utiliser un ou plusieurs asiles à eux seuls, les font construire à leurs frais et administrer par un conseil communal, recouvrant ainsi leur indépendance en se libérant de tout contrôle de la part du Conseil de comté ou départemental. C'est ainsi que la ville de Londres jouit d'un conseil autonome, composé des délégués de tous les districts ou arrondissements,et qui a nom Conseil des Asiles métropolitains.
Les mesures adoptées par ce Conseil pour l'isolement des infectieux, et particulièrement des varioleux, présentent des particularités extrêmement curieuses. Nous nous en occuperons avec tout le développement qu'elles méritent.
En 1871, le département de la Santé publique du Conseil privé élaborait un Mémorandum à l'usage des autorités municipales désirant construire des hôpitaux spéciaux. Cette instruction fait ressortir le danger de la contagion et offre gratuitement les services des médecins et des architectes de l'Etat en promettant une sanction libérale des emprunts que les corps municipaux jugeraient à propos de prélever.
La législation s'enrichit, en 1874, du Sanitary Laios Amendement Act et enfin de la grande loi de 1S75, The Public Health Act, qui peut passer pour le code de la médecine publique en Angleterre. Tout ce qui concerne les mesures à prendre contres les maladies contagieuses y a été prévu, et plusieurs chapitres y sont consacrés.
En 1876, nouveau mémorandum, émanant cette fois du Conseil du gouvernement local, auquel les attributions du Conseil Privé concernant l'hygiène publique avaient été transférées l'année précédente. La sollicitude que montrait le pouvoir central pour ces questions devait porter ses fruits. Le rapport de 1879 sur la situation générale constate l'existence d'établissements spéciaux dans le ressort de 296 autorités sanitaires de districts sur les 1593 qui fonctionnent en Angleterre. Beaucoup sans doute de ces étabhssements, sont incomplets et provisoires, mais ces efforts, quelque faibles qu'ils soient, prouvent le terrain gagné sur l'indifférence si générale en matière d'hygiène.
Il convient de faire la part des sérieuses difficultés que les municipalités rencontrent dans l'exécution de leurs projets. Plus l'attention publique est attirée vers les dangers de la contagion et plus il est difficile de trouver un emplacement convenable pour ce genre d'installation. Non seulement les propriétaires se refusent à céder leur terrain afin de ne pas déprécier les biens fonciers qu'ils peuvent posséder à proximité, mais encore il n'est pas d'obstacles de tous genres qui ne soient suscités par les mitoyens et les voisins.
En 1881, le Local Government Board, afin de se rendre un compte exact de la situation, fit procéder à une enquête portant spécialement sur les hôpitaux d'infectieux de province. Le D"" Thorne Thorne (1), inspecteur attaché à ce département, en visita un grand nombre, consignant minutieusement tous les détails de construction et d'administration qu'il a pu relever. Le travail auquel se livra cet hygiéniste distingué est venu compléter heureusement une deuxième enquête sur les hôpitaux d'infectieux de Londres par une commission nommée par le gouvernement. Formée en novembre 1881, celle-ci publia ses travaux enjuillet 1882 (2), après avoir consacré 32 séances à recueillir les dépositions des hommes les plus compétents en matière sanitaire.
Les documents réunis à cette occasion présentent un intérêt de premier ordre et nous y avons largement puisé. Dans l'impossibilité où nous étions de visiter tous les hôpitaux spéciaux de l'Angleterre, ils nous ont permis d'élargir ce travail et de joindre aux faits dont nous avons été personnellement témoin, l'exposition de la situation générale des établissements d'infectieux en Angleterre.
(1) Tenth annual report of the Local Govemment Board. Supplément:
(2) Report of the commissioners appointed to inquire respecting Small Pox and Fever Hospilals. Spottiswoode Londres, 1882.