APPLICATION DU SYSTEME A PARIS
En admettant que parmi les maladies zymotiques c'est la variole, la diphthérie, la fièvre typhoïde qui font le plus de victimes, il convient de rechercher les moyens de soigner, en les isolant, les malades atteints de ces diverses affections.
Variole. — Un hôpital de 100 lits suffirait aux besoins ordinaires (1).
(1) Nous prenons comme base le nombre des varioleux admis dans les hôpitaux de Paris pendant 15 ans en défalquant l'année ]870, qui a -ourni une mortalité extraordinaire. 2,000 varioleux en moyenne sont admis chaque année dans les hôpitaux de Paris.
Si nous adoptons ce chiffre modeste, c'est qu'il est bien entendu que sur les terrains qui environnent les bâtiments, des emplacements asphaltés seront prêts à recevoir des tentes ou des baraquements destinés à parer à une épidémie. Cette disposition se recommande par sa logique seule. Pour recevoir les hôtes que le fléau lui envoie, il est élémentaire, en effet, que l'hôpital ait préparé avec prévoyance les instahations dont ils auront besoin. Aucunes ne sauraient être plus pratiques et moins onéreuses.
Les baraquements prêts à être montés seront, en cas d'urgence, élevés rapidement là où des exercices, renouvelés de temps à autre, auront appris au personnel à les aménager promptement.
La recrudescence vient-elle à s'éteindre ? les constructions provisoires, une fois démontées, sont désinfectées avec soin et remisées jusqu'à ce qu'elles soient de nouveau mises en service.
Cette façon de procéder est économique et a répondu en Angleterre à toutes les éventualités. On n'est pas arrivé du premier coup à des pratiques aussi simples. Comme nous l'avons dit en traitant les dispositions prises dans certaines villes, c'est l'hôpital monumental qui a d'abord semblé nécessaire : on voulait qu'il pût abriter tous les malades atteints au cours d'une épidémie, et il semblait que Ton dût prendre pour limite du nombre de lits le chiffre de la léthalité exceptionnelle de certaines époques néfastes qui existent dans les annales de tous les grands centres.
Mais une étude plus réfléchie a amené l'abandon de ces errements, et aujourd'hui il est d'une pratique constante de bâtir une construction modeste avec des annexes tenues en réserve suffisantes pour rassurer les médical officers les plus pessimistes.
Ces annexes consistent en tentes et en baraquements.
Tentes et baraquements.
Dès le principe, la tente a été le plus employée : admise de tout temps pour l'armée, elle devait nécessairement se présenter d'abord à la pensée des autorités sanitaires : il semblait que la tente fût l'idéal de l'abri provisoire, étant d'une installation rapide et douée de toutes les qualités requises pour rem-
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plir les conditions reclierchées. Mais il faut dire qu'une expérience maintenant déjà longue a singulièrement diminué le nombre des partisans de la tente.
En campagne, le militaire la monte pour quelquesjours seulement : elle n'a pas le temps de s'avarier sous l'influence des intempéries : puis, dans l'espèce, la toile est ce qu'il y a de plus portatif. Cette qualité est négligeable alors qu'il s'agit d'hôpitaux, et surtout de tentes destinés à recevoir des man lades restant en place de longs mois et par suite se détériorant. Nousavons signalé, à l'occasion du camp de Darenth, les ravages qu'en moins d'une année les saisons avaient exercé sur la toile des tentes. Aussi bien a-t-on dû les abandonner et se résoudre à construire de spacieux bâtiments (Gore Farm Hospital, voyez annexe n° 3) pour les remplacer. D'après ce qui précède, on peut prévoir que nous donnons la préférence au baraquement sur latente.
Si on juge à propos d'employer ces dernières, elles devront être élevées de 30 à 50 centimètres au-dessus du sol, à doubles parois et munies de fenêtres et prises d'air de manière à être convenablement ventilées.
Les reproches que l'on peut adresser aux tentes ne s'appliquent plus aux baraques en bois : le montage et le démontage est facile, témoin les forains, et la désinfection du bois peut être obtenue aussi complètement qu'avec de la toile. Par contre, le baraquement est plus aisément chauffé, et, ce qui n'est pas à négliger, d'une habitation incomparablement plus agréable que celle de la tente. Nous recommandons de larges fenêtres comme dans un hôpital permanent, de manière à ce qu'il s'en ouvre une des deux côtés de chaque lit.
Il convient de suivre les règles posées pour les tentes en ce qui concerne les surélévations du plancher et l'aération.
Les frais d'établissements ne sont guère plus onéreux, s'ils le sont, que celles des tentes . Nous citerons comme exemple leLazareth Baracken, Stadt Moabit à Berhn pour 1000 malades qui n'est revenu qu'à 250,000 fr.
Maladies infectieuses et transmissihles autres que la variole: diphthérie^ scarlatine^ rougeole.
Les maladies infectieuses éruptives et la diphthérie exigent
à Paris leur isolement dans des bâtiments spéciaux. Faut-il pour cela leur consacrer à la lettre un hôpital spécial ? Ce serait peut-être dépasser les limites des réformes pratiques. Des pavillons bien isolés semblent devoir suffiire, à la condition, bien entendu, que, personnel, linge, cuisine, etc.; seront sérieusement et rigoureusement spécialisés.
Il ne faut pas que l'isolement soit borné aux malades, mais à tout ce qui les approche et qui les entoure. Le succès ne sera atteint qu'à ce prix. M. le Directeur de TAssistance publique nous a fait récemment observer que les pavillons de diphthéritiques à St-Antoine et auK Enfants-Assistés n'ont pas répondu à l'attente des hygiénistes, que la contagion s'est produite dans des parties éloignées de l'hôpital, en dehors des services auxquels était attaché le personnel du pavillon de diphthérie. Pour nous, la réponse est facile : il y a loin des mesures auxquelles nous faisons allusion à celles qui sont prises; en vérité, il n'y a rien d'étonnant aux faits de contage relevés. Sans entrer dans la critique détaillée des conditions dans lesquelles sont installés les pavillons des hôpitaux cités, nous avons la conviction qu'il n'est pas un seul cas intérieur dont on ne pourrait relever la cause en la cherchant avec attention.il suffirait, pour se mettre à l'abri de tout mécompte, de se conformer scrupuleusement à l'dbservation des mesures, si connues maintenant,mais encore si peu pratiquées, qui concernent l'isolement des infectieux.
Comme annexe de cet hôpital, il conviendrait de joindre un établissement de convalescence, surtout pour la rougeole et la scarlatine.
Fièvre typhoïde. — Cette maladie est si fréquente à Paris qu'il serait à souhaiter de lui voir consacrer un établissement tout entier.
La contagiosité de cette affection si magistralement mise en lumière par Murchison (I) ne fait pas de doute pour bien des esprits non prévenus : le typhique est facilement transportable et peut sans inconvénient traverser tout Paris, pour se rendre à un endroit donr.é. Il n'y a donc aucune objection sérieuse au projet que nous émettons. Quant aux frais, il n'y en
(1) Murchison. La fièvre typhoïde, traduit [par le D^ Lutaud. Paris, 1878. Germer-Bailiière.
aurait guère de supplémentaires pour notre hùpital de typtiiques, puisqu'il déchargerait d'autant les autres établissements de la ville.
Plithisie. — Les nouvelles théories bacillaires qui tendent à démontrer la contagiosité de la tuberculose constituent une indication positive pour l'isolement des phthisiques admis dans les hôpitaux. Nous croyons donc utile de consacrer sous forme d'annexé une note à l'isolement nosocomial de cette catégorie de malades.
L'isolement et le traitement spécial des phthisiques s'impose en se plaçant plus encore au point de vue philanthropique qu'hygiénique. On sait que les malades qui encombrent les services des hôpitaux généraux n'y sont admis le plus souvent que très difficilement et que leur séjour y est nécessairement restreint. Si la tuberculose est une affection contagieuse et transmissible, comme les Ihéories modernes semblent le démontrer, il est de toute nécessité de leur consacrer des asiles ou hôpitaux spéciaux. Il est évident, en effet, que les tuberculeux qui sont en si grand nombre dans les salles communes deviennent une source de dangers pour les autres malades.
Nous avons cru intéressant de reproduire plus loin une partie du très intéressant travail dans lequel M. Riant a exposé la situation des phthisiques en France, et l'utilité de leur consacrer des établissements spéciaux.
Transport des malades.
Nous avons traité cette intéressante question dans un chapitre spécial :
Nous y revenons néanmoins pour le compléter, et comme une suite nécessaire à lorganisation du système d'isolement des villes.
Tout hôpital doit posséder une voiture d'ambulance. L'infectieux demande à être isolé dès sa demeure et ces facilités de transport ne contribueront pas peu à le lui faire désirer.
V isolement doit être immédiat.
Ici se place un côté de notre sujet qui mérite toute l'attention des hygiénistes.
LuTAUD et HoGG, hôpitaux d'' isolement, 14
Il ne suffit pas, en effet, de rendre inofTensif le séjour de l'hôpital : lïntérèt capital, c'est de restreindre les cas de maladie et, pour atteindre ce but, l'isolement immédiat est le meilleur de tous les moyens.
Il faut donc le rendre commode, à la portée de tous, et, ce qui est plus difficile, le faire désirer.
On y est parvenu en Angleterre par l'extension aux classes aisées des mesures appliquées naguère aux seuls indigents : on a construit des cottages élégants où s'est trouvé réuni tout le confortable du /lome. Une indemnité de séjour parfois élevée prouve assez que ce n'est pas le Bureau de bienfaisance qui les y envoie. Ce n'est cependant pas un bâtiment à part : les pauvres y sont également soignés, mais seulement dans des conditions moins luxueuses.
Cette promiscuité de toutes les classes dans un pays où les démarcations sociales sont encore si accusées, prouve le point où s'élève l'esprit public lorsqu'il est suffisamment éclairé. Le respect de la santé du prochain, la crainte de compromettre celle des siens, fait que le bourgeois comme le plus modeste artisan s'exile pour le bien commun. Si le sacrifice peut paraître en somme assez ordinaire, ce qui ne l'est pas, c'est la conviction d'où elle part. Nous admirons moins fhomme qui, pour préserver sa famille, accepte l'idée d'être malade, de mourir à l'hôpital, que la popularité pour ainsi dire, de la science de l'hygiène, de la diffusion des connaissances en médecine publique.
Il est sage, à coup sur, de ne pas tabler sur une pareille situation de l'éducation en France de longtemps encore, et de réserver Fapplication des hôpitaux d'isolement payants. Ce n'est pas que les préjugés contre f hôpital y soient plus forts qu'en Angleterre, où le mot est également synonyme de misère ; mais la science spéciale dont nous nous occupons est si complètement ignorée que l'ère où elle régnera comme chez nos voisins est difficile à pré\-oir.
Hôpitaux d'isoler lent dans les petites villes.
Les mesures de précautioQ que nous recommandons trouvent leur application partout où une maladie transmissible se déclare et peut se propager. Les petites villes, d'après ce principe, ne sauraient s'en affranchir et îcs municipalités qui les négli-
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ÉTUDE SDR LES HÔPITAUX d'iSOLEMENT. 211
géraient feraient preuve de peu de zèle pour les intér<Hs de la santé publique.
Nous comprenons qu'un chef-lieu de canton de quelques milliers d'àmes hésite devant les sacrifices pécuniaires : mais plusieurs cantons peuvent se réunir et installer à frais communs un établissement où chacun participerait aux charges, en supportant sa quote-part. La scarlatine, la rougeole sont infîment plus meurtrières dans les villages qu'on ne se le figure communément : la quarantaine légale qui éloigne les enfants de l'école pendant la convalescence n'est pour ainsi dira jamais observée. Aussi est-ce cette catégorie de malades que nous voudrions voir isoler.
En Angleterre, ces petits hôpitaux existent en grand nombre, Ils ont de 4 à 6 chambres, deux par deux (pour les hommes et pour les femmes) avec un logement destiné au gardien. On choisit généralement pour l'habiter et le garder un employé municipal (cantonnier), qui prend soin de l'immeuble à la condition d'y être logé gratuitement. Le plus souvent la femme de ce gardien agit comme infirmière lorsqu'il y a des malades en traitement.
Cette combinaison est peu coûteuse et a fourni des résultats satisfaisants.
Lorsqu'il y a lieu, l'hôpital devrait posséder un emplacement préparé d'avance pour l'établissement de baraquements, dans le voisinage de la construction permanente.
C'est pour bien connaître l'utihté et l'application possible du système d'isolement dans lespetites villes que nous avons reproduit dans le cours de cet ouvrage un nombre relativement considérable de plans. Nous avons pensé être ainsi utile aux municipalités en leur donnant la relation des hôpitaux d'isolement élevés par des vihes dont la population varie de 10 à 45 mille habitants. Notre choix s'est porté sur ceux qui nous paraissaient de nature à s'approcher des conditions que l'on trouve le plus fréquemment en France. Nous souhaitons que ces indications, quelque imparfaites qu'elles soient, présentent quelque utihté, et nous espérons avoir contribué, pour notre modeste part, à hâter le moment où la médecine publique rendra à la France les services dont depuis longtemps déjà profite l'Angleterre.
En résumé, nous demandons :
A. Pour Paris :
1° Un hôpital spécial pour les varioleux ;
2" Un hôpital spécial pour les typhiques ;
3° Un hôpital spécitil pour la diphthérie ;
4° Un étai3hssement à plusieurs pavillons isolés entre eux où seraient traités les malades atteints de scarlatine et de rougeole.
5" Un ou plusieurs asiles de convalescence pour lesinfectieux où l'isolement serait rigoureusement continué juqu'à rétablissement complet.
6° Des moyens de transport et des ambulances allant chercher les malades à domicile, et faisant le service des hôpitaux aux asiles.
B. Pour les grandes villes de province :
Un ou plusieurs hôpitaux d'isolement suivant la léthalité locale auxquels serait attaché un asile de convalescence.