‹ Etude sur les hôpitaux et les ambulancesChapitre 6 sur 8 · LES AMBULANCES VOLANTES; TENTES SIMPLES ET A DOUBLES PAROIS · texte numérisé non relu

LES AMBULANCES VOLANTES; TENTES SIMPLES ET A DOUBLES PAROIS

A la rigueur nous n’aurions pas à nous occuper ici de Vambulance volante; aussi n’en parlerons-nous que pour donner leà détails indispensables qui se rattachent à notre sujet, et pour montrer qu’elle a été le point de départ des améliorations introduites dans les hôpitaux civils. Nous pouvons même avancer, sans crainte de nous tromper, qu’une étude approfondie sur les ambulances volantes amènera très-certainement à donner aux malades le maximum de bien-être possible.

Nous avons vu au début de notre travail, dans l’historique des ambulances, que les Romains en campagne avaient des terrains spécialement réservés pour les hommes et les chevaux malades ; c’était évidemment des tentes, des ambulances volantes ; nous avons ensuite cité l’établissement de celles-ci à Metz, lors de la peste de 1681.

Plus tard, en 1812, Belle et Ilennen, lors de la campagne d’Espagne, établirent aussi des ambulances volantes.

D’après Malgaigne (1), lorsque les alliés entrèrent dans Paris en 1814, l’administration hospitalière, ne sachant où loger ses blessés, transforma deux abattoirs inachevés, n’ayant ni portes ni fenêtres, en hôpitaux qui reçurent plus de 6000 blessés.

C’est là qu’on put remarquer que tandis que la mortalité atteignait 1 sur 5 à 9 pour les Français et de 1 sur 7 à 13

(1) Bulletin de l'Académie de médecine, 1862, p. 198.

pour les étrangers, dans les hôpitaux improvisés, c’est-à dire dans les abattoirs, ce chiffre n’était plus que de 1 sui 9 à 13 pour les Français et 1 sur 10 à 19 pour les étran gers.

Le chirurgien Brugman,qui construisit en 1815 des ambulances volantes, en obtint les meilleurs résultats pour le traitement de la pourriture d’hôpital, et pour combattre certaines maladies inflammatoires.

Enfin, lors de la campagne d’Orient, les Français construisirent à Varna, et cela pour la première fois, un grand hôpital sous toile, une ambulance complète. Quelques années après, ce genre d’hôpital prit une grande extension, et M. Krauss, en Hongrie, pratiqua des expériences qui, quoique nombreuses, réussirent presque toutes (1). Depuis, latente a été employée dans les guerres du Schleswig- Holstein, de la Bohême, de l’Amérique et dans la malheureuse campagne de 1870-71 ; et comme toujours les tentes ont donné d’excellents résultats, les médecins et les chirurgiens commencent aujourd’hui à en réclamer dans les jardins des hôpitaux civils, comme salles-annexes pour les opérés et même pour certains malades (2).

Dans le début on a exposé en plein air les malades et les opérés avec une grande prudence, sinon avec timidité, et seulement dans le cas d’encombrement extrême; mais à la suite de toutes les expériences, le traitement à l’air libre a été érigé en système, parce qu’on a reconnu que l’air sans cesse renouvelé, l’air neuf, joint à la douce.chaleur du so-

(1) Das Zerstreungssystem. Wien, 1861.

(2) La tente est adoptée dans un grand nombre de villes d’Allemagne et de Suisse, à Francfort-sur-le-Mein, à l’hôpital militaire, à Berlin, à l’hôpital Béthunien, à la Charité, à la clinique du professeur Langenbeck, au lazaret de la garnison, à l’hôpital catholique, etc. ; à Gottingen, à Kiel., Calsruhe à Cologne et dans d’autres villes.

leil, exerçait la plus salutaire influence sur la cicatrisation des plaies et amenait leur prompte guérison.

En outre, dans les jardins, les malades éprouvent en face de la lumière et de la verdure une satisfaction et un contentement qui réagissent sur le physique. Le moral allant mieux, l’air vif aidant, l’appétit revient, et avec lui le rétablissement complet. Ces améliorations dues à cet état de choses sont si évidentes, qu’en Allemagne et en Suisse, pour faire bénéficier des avantages de l’air pur et de la lumière aux malades, on glisse pendant les bonnes heures du jour leur lit sur des terrasses abritées par des auvents. L’hôpital-tente étant érigé en système a été amélioré : de la tente simple, on est arrivé à la tente à doubles parois, ensuite au baraquement en bois et toile, enfin au baraquement tout en bois sur un socle en briques, qui est I’hopital de l’Avenir.

1° Tentes simples, -r- C’est en Prusse où nous irons chercher les bons modèles de tentes ; du reste, à diverses époques, leur construction a été l’objet d’un règlement spécial. Voici, d’après Prager (1), une description de ce qu’elles étaient en 1862.

Ces tentes se composent d’une base rectangulaire de 62 pieds de longueur (19 m ,25) sur 24 de largeur, 4 ra ,50 (2) ; cette base est divisée en trois parties, une dans l’axe de la tente qui a 52 pieds de long et une à chaque extrémité, longue de 5 pieds. L’espace du milieu est destiné à recevoir les lits, les espaces de côté servent de logement au personnel qui soigne les malades, et à leurs ustensiles. Sur la ligne

(1) Militar-medicin. Wesen. Berlin, 1864, p. 679. Voyez aussi la brochure allemande intitulée : Vorschriften betreffend krankemelte Daracken, und Desinfektion verfahren in den Lamrethen. Berlin, 1870.

(2) Il s agit du pied prussien qui vaut environ 31 centimètres ou exactement 0 ra ,31385.

centrale, dans le sens de la longueur, sont plantes quatre poteaux de 16 pieds de hauteur, qui supportent une poutre faîtière. Le toit est couvert d’une toile à voile fortement tendue, afin que l’eau de la pluie puisse glisser sans laisser des gouttières qui laisseraient filtrer l’eau dans l’intérieur de la tente.

On emploie à cet usage de la toile à voile qui est préférable aux toiles imperméables. Celles-ci, en effet, ont l’inconvénient d’être plus lourdes, d’empêcher la ventilation et d’augmenter encore la chaleur d’une manière insupportable. Afin que la tempête n’ait pas d’action sur les tentes, les poteaux sont solidement fixés par des cordes attachées à des pieux fichés en terre. Quelquefois le sol est planchéié (1) ; mais le plus souvent il n’est recouvert que de gravier.

Dans les tentes fixes temporaires, suivant la nature du sol, on le recouvre de poussier de charbon ou de cendres, puis on recouvre le tout de gravier.

On creuse enfin, autour de la tente, une rigole d’environ 0 m ,ù5à0 m ,50 de profondeur, qui est destinée àrecevoir l’eau de pluie et qui a encore pour objet d’emmener au loin cette

(1) Depuis 1868, on a reconnu qu’il était inutile de planchéier le sol, voici l’avis adressé à l’Intendance royale à cet égard :

» Berlin, le 3 juin 1868.

» On informe l’Intendance royale que, d’accord avec le médecin de l’étatmajor général, on a pris la décision suivante :

» Non-seulement il n’est pas nécessaire de faire un plancher dans les tentes destinées aux malades, puisque les tentes ne doivent servir que temporairement; mais ce plancher est absolument inutile, surtout si lé sol sur lequel la tente est établie est surélevé et sablonneux. Ce plancher sera avantageusement remplacé par une couche de sable fortement tassé que l’on renouvellera si la tente doit servir plus de quatre semaines.

» Le ministre de la guerre ,

» Von Stosgh.

» Département d’économie militaire,

» Manu. «

eauàl’aide d’une rigole générale qui aune pente suffisante; sans cette précaution l’eau croupirait autour des tentes.

Le toit de la tente se prolonge au delà des parois latérales, pour que l’eau puisse s’écouler directement dans la rigole. Afin d’augmenter la ventilation, les toiles ont une disposition qui leur permet de se soulever sous l’action du vent, à la manière d’une soupape.

Comme nous le verrons bientôt, on peut superposer deux toiles l’une sur l’autre, afin que la tente soit moins perméable à l’humidité et aux radiations solaires, en un mot aux variations de température.

2. Tentes à doubles parois .— La charpente de ces tentes est en fer creux; notre figure 4 en montre l’ossature : c’est sur celle-ci qu’on tend une couverture en toile à voile très-

forte ; ses faces latérales en toile à voile ordinaire sont fixées Sur la tringle faîtière au moyen de courroies et de cordons, et rattachées au sol par des piquets fichés en terre; le bas de la tente est garni d’une bande en toile goudronnée.

Les faces des pignons en toile grise ordinaire sont posées à la manière de portières, qu’on soulève à volonté pour la ventilation ou pour entrer ou sortir de la tente.

Sous la couverture àvoile en toile forte, on en établit une seconde en toile ordinaire qui descend sur les faces latérales en contre-bas de 0 m ,33 centimètres des barres latérales c, c; cette toile vient se rattacher aux faces latérales pour fermer les ouvertures pratiquées sur les mêmes faces ; les ouvertures en toile sont retenues de distance en distance par des courroies en cuir ; elles servent à la ventilation de la tente, on peut les fermer à volonté par la seconde toile de la couverture pendant la nuit ou en cas de mauvais temps.

A l’aide d’un rideau semblable à ceux des pignons, on forme, à l’une des extrémités de la tente, une petite pièce qui sert de chambre aux infirmiers et de dépôt du matériel nécessaire au service de l’ambulance.

Fig. 2. — Tente à doubles parois.

Notre figure 2 montre la tente à doubles parois toute montée ; elle est assez grande pour contenir douze lits.

En somme, une tente, telle que nous venons de la décrire, et pesant environ 450 kilogrammes, se compose :

1° De deux couvertures de toile ;

*1° De trois paires de rideaux en toile à voile ordinaire,

deux pour les portières des murs pignons et l;i troisième pour la pièce des infirmiers.

3° De deux pièces de forte toile pour les murs latéraux ;

4° De l’ossature en fer creux comprenant (fig. 1) un faîtage a, six arbalétriers bb, portant sur deux barres de 1er articulées à charnières c., c, de trois poinçons d , d , supportant le faîtage a, de dix barres de fer e, e s qui, posées sur le sol, ont la partie supérieure taraudée pour porter les barres de fer articulées.

En outre, la tente est maintenue par trois cordages avec roidisseurs à chaque extrémité, trois grands piquets ferrés, trente-deux petits cordages avec roidisseurs et trente-deux petits piquets en bois, de quarante-huit petits piquets qui servent à fixer au sol les toiles formant les faces latérales de la tente, enfin, de dix glands de serrage que l’on visse à la partie supérieure des montants sur les mêmes faces et de trois drapeaux dont deux avec la croix des ambulances et un drapeau national. »

En étudiant l’ossature de ce genre de tentes à doubles parois et son économie, il est facile de se rendre compte du montage rapide de ce système de tente.

3. De la position des tentes. — Les tentes dans les villes doivent être placées dans des jardins largement ouverts ou dans des cours entourées de bâtiments peu élevés. Elles doivent être éloignées les unes des autres d’environ 15 mètres au dire du docteur Fischer (1), chirurgien en chef de l’hôpital de la Charité de Berlin ; elles doivent en outre être situées de telle façon que les courants d’air puissent circuler librement, et leur orientation doit être calculée de manière que le vent qui règne ordinairement dans la

(1) Lehrbuch der allgemeinen Kriegs-Chirurgie. Berlin, 1868.

localité emporte au loin les miasmes morbifiques, sans les rejeter d’un tente à l’autre. Le sol doit être solide et sec, ou assaini au moyen de gravier et de sable.

Si les tentes doivent servir longtemps, on doit les déplacer assez fréquemment, car le sol, quoique souvent balayé, s’imbibe assez rapidement des matières organiques, qui peuvent dégager des émanations très-préjudiciables à la salubrité du local et par suite aux malades.

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