‹ Etude sur les hôpitaux et les ambulancesChapitre 7 sur 8 · TENTES-BARAQUES · texte numérisé non relu

TENTES-BARAQUES

Comme l’indique leur nom, les tentes-baraques tiennent le milieu entre la tente et la baraque proprement dite ; nous décrirons bientôt celle-ci.

On distingue deux sortes de tentes-baraques, l’une qui se rapproche beaucoup de la tente simple, en diffère seu-, lementparun toit léger analogue à ceux qu’on adopte pour les hangars ou les marchés publics. De chaque côté pignon de ces tentes, il existe de grandes ouvertures servant pour la ventilation; ces ouvertures sont quelquefois protégées par une sorte d’auvent : elles sont fermées par des portières en toile, ou par des lés de même étoffe qu’on roule comme des stores. Les faces longitudinales sont également fermées par des toiles fixées par le haut à l’aide de liteaux de bois cloués sur la toile et sur la charpente ; on peut relever ces toiles latérales à la manière des stores à l’italienne; notre figure 3 montre un spécimen de ces tentes-baraques et fait voir un store relevé.

Le deuxième genre de ces tentes ressemble beaucoup plus aux baraques, puisque la toiture et les faces latérales sont en planches superposées ou disposées de toute autre

Fig. 4. — Tente-baraque (deuxième type).

formé parles versants des murs goutteraux, et ce n’est que dans le bas qu’on pose des rideaux en forme de portières,

notre figure 4 fait voir la disposition de ce genre de tentesbaraques, et nos figures 3 et 4 montrent l’ouverture pratiquée sur le faîtage des tentes.

les hôpitaux temporaires.

Nous ne nous sommes occupé jusqu’ici que du baraquement appliqué aux ambulances temporaires; mais il est bien évident que dans un temps plus ou moins éloigné, non-seulement dans un but économique, mais surtout dans l’intérêt des malades, l’application du baraquement sera faite aux hôpitaux temporaires. Ce sera certainement dans quelques années le seul hôpital vraiment hygiénique et salutaire, Y hôpital philanthropique , si l’on veut bien nous permettre cette expression.

L’Américain, peuple essentiellement pratique, a transformé en hôpitaux permanents un certain nombre d’ambulances, construites lors de la guerre de Sécession ; et quoique ces hôpitaux de bois soient brûlés tous les cinq à six ans, le prix de revient d’un lit varie entre 450 et 550 francs au maximum (1).

Ce système d’hôpital temporaire offre, en outre, l’avantage de brûler la contagion , comme le disent les Américains dans leur langage pittoresque.

En France, on a tenté divers essais dans cette même voie; M. le docteur Le Fort a eu beaucoup de peine à obtenir de l’Assistance publique l’annexion de tentes-baraques aux services hospitaliers, il l’a vivement réclamé dès 1867

(1) Tandis qu’à Paris, les lits reviennent dans les hôpitaux, les asiles ou les hospices, à 25, 30 et 40 000 francs ; au nouvel Hôtel-Dieu, 450 lits coûteront, avec le mobilier compris, près de 40 millions, soit environ 90 000 francs le lit.

et rftèmc en 1868; l’éminent professeur se plaignait avec raison de voir Paris distancé par Berlin. Voici comment il s’exprimait dans la Gazette hebdomadaire (1) : « Cette année, j’aurais désiré ne pas voir plus longtemps Paris en arrière de Berlin dans la voie du progrès, et j’avais demandé, il y a quelques mois, au directeur général de l’Assistance publique de transférer mon service, à l’hôpital Cochin, sous une tente qu’il était facile d’élever dans une vaste prairie renfermée dans l’enceinte de l’hôpital. M. Ilusson, par un sentiment de défiance que je regrette, mais que je ne saurais blâmer, n’a pas cru pouvoir accéder à mon désir, et il a craint d’engager '* trop fortement sa responsabilité dans une tentative qui heurte de front nos habitudes et nos préjugés. J’espère cependant que nous pourrons voir bientôt les hôpitaux d’été, en vigueur depuis longtemps en Bussie et depuis quelques années en Allemagne, s’introduire à Paris. » *

Depuis 1868, le docteur Le Fort a obtenu de l’Assistance publique de faire des essais, dont quelques chirurgiens ont pu contester la grande importance des résultats, mais qui n’ont pas moins donné, au dire de tous, des résultats efficaces, très-certains; cette année même encore, M. le professeur Le Fort poursuit au même hôpital Cochin ses études sur les hôpitaux en plein air.

Des tentatives analogues à celles du docteur Le Fort,mais plus étendues, en ce sens qu’elles étaient prolongées pendant tout l’hiver, ont été faites dans les jardins de l’hôpital Saint-Louis; mais les constructions mal comprises n’ont pas donné des résultats satisfaisants, car les baraques étaient glaciales en hiver, tandis qu’en été il régnait dans 1 intérieur de ces baraquements une chaleur insupportable.

(1) N° 34, p. 533, 21 août 1868.

En Prusse, le docteur Esse a été chargé par l’administration de pratiquer des essais de baraquements américains. C’est dans ce but qu’il fit construire deux baraques, l’une à l’hôpital militaire de Berlin, l’autre à l’hospice de la Charité de la même ville ; et M. Esse a donné dans un ouvrage (1) la description de ses baraques, ainsi que les résultats des expériences qu’il a entreprises.

Le plan du lazaret-baraque (fig. 5) comprend en a deux poêles calorifères, dont notre figure 7 montre un ensemble

Fig. 5. — Plan du lazaret-baraque. Hospice de la Charité de Berlin. (Échelle de O" 1 ,005 pour mètre.)

à grande échelle ; en b, une salle de bains avec deux water-closets; en c, une chambre pour les infirmiers; en d, des galeries couvertes, dans l’une desquelles, celle du fond, on place six lits dans la belle saison.

Notre figure 6 montre la coupe de ce lazaret, dans laquelle on aperçoit à gauche la porte de la salle de bains, à droite et à gauche les galeries couvertes servant de promenoirs pour les malades ; ces galeries sont protégées par des stores entoiles grises. Au milieu de la salle, il y a deux poêles en faïence, qui servent non-seulement au chauffage de la salle, mais encore à sa ventilation (fig. 7).

(1) Die Krankenhaüser ilire Einrichlung utul Verwaltung, von D r E H. Esse. Berlin, 1868.

L’air chaud s’échappe de l’enveloppe en faïence par des bouches de chaleur pratiquées d’un côté au milieu de la hauteur du poêle et de l’autre côté à sa partie supérieure. L’air chaud qui se répand dans la baraque et qui s’y est vicié s’introduit dans le vide qui enveloppe la salle, car la

Fig. 6, — Coupe du lazaret-baraque. Hospice de la Charité à Berlin.

baraque est à doubles parois, et cette évacuation s’accomplit par des orifices placés près du plancher; cet air chaud vicié traverse donc la salle sous le plancher et se rend dans un tuyau d’appel c,d, qui est enfermé avec le poêle dans l’enveloppe en faïence, ce qui contribue à activer le tirage.

Le combustible se trouve dans le foyer a, le tuyau de la fumée b est contourné en serpentin.

Cette disposition présente donc le double avantage de purifier l’intérieur de la baraque, et d’en empêcher le refroidissement en l’entourant d’une couche d’air chaud toujours en mouvement.

La toiture de ce lazaret est en ardoise avec triple lattis en planches, afin de rendre plus difficiles les variations de température.

Fig. 7. — Poêle calorifère en faïence d’un lazaret-baraque.

Tel est dans toute sa simplicité le premier mode de baraquement qui pourrait servir d’hôpital temporaire.

Voici un deuxième type (fig. 8 et 9) de baraquement prussien qui pourrait également servir pour le même

usage ; mais nous dirons que le système de ventilation qui se fait au moyen de vasistas placés dans les portes et les fenêtres ne vaut pas celui que nous venons de décrire pré-

Fig. 8. — Moitié de plan d’un baraquement prussien (deuxième type). (Échelle de 0 m ,005 pour mètre.)

cédemment et qui est appliqué au lazaret-baraque ; mais nous devons ajouter qu’un pavillon pour quarante lits ne coûte qu’environ 7800 francs, soit 195 francs le lit.

Chaque pavillon est élevé au-dessus du sol de quatre à

Fig. 9. — Élévation d’un baraquement prussien (deuxième type). (Échelle de 0,005 pour mètre.)

cinq marches, il est isolé. Sa hauteur moyenne est de 4 m ,20, ce qui fait que chaque malade a 28 à 29 mètres cubes d’air.

En a (fig. 8) sont les poêles, en b, les fourneaux de cuisine et les tisaneries, en c, les water-closets, en d , la porte d’entrée.

La figure 9 montre la moitié de l’élévation de ce baraquement.

Si nous étudions maintenant la ventilation des hôpitaux et des ambulances, nous sommes obligé de reconnaître que jusqu’à ce jour on a plus fait pour le chauffage et la ventilation des prisons que pour celles des hôpitaux ; on a donc pris plus de soin des malfaiteurs que des pauvres malades. En effet, nous ne connaissons pas dans notre pays aucun établissement hospitalier qui soit ventilé d’une manière complète et constante.

A Paris on a bien pratiqué des essais fort dispendieux à l’hôpital Beaujon, à Necker et dans quelques pavillons de Lariboisière, mais ils n’ont rien donné de bien concluant, malgré les conclusions des rapporteurs.

De tout ce fatras de documents officiels, un seul fait se dégage, c’est que les ingénieurs, armés de formules et d’équations, ne sont arrivés qu’à calculer la vitesse de Pair et à discuter seulement la supériorité de l’appel sur l’insufflation ; ils ont également déterminé la largeur des gaines et des orifices, mais ils n’ont rien donné, absolument rien donné de pratique et de concluant. D’où nous pouvons conclure que les hommes, éminents du reste, qui se sont occupés de la question ne savent, comme on dit vulgairement, à quel saint se vouer pour résoudre cette question d’une extrême délicatesse. Espérons que de tous ces efforts on trouvera un jour une bonne solution, sinon parfaite.

Nous sommes aussi obligés dé reconnaître que dans certaines conditions la ventilation des hôpitaux ne comporte pas de solution, et voici pourquoi : on aura beau renou-

voler l’air, si le milieu dans lequel l’on puise cet air est impur, dans une grande ville par exemple, on ne donnera jamais que de l’air impur aux malades ; ce qui nous amène à dire encore : il faut créer de petits hôpitaux dans la banlieue des grandes villes.

Ce genre d’hôpital est de beaucoup plus salutaire (1).

Nous ne parlerons pas du mobilier des hôpitaux temporaires, il doit être des plus simples, en sapin rouge, car l’odeur résineuse de ce bois éloigné les insectes et puiifie même l’air de la salle des malades ; les tables ont 70 de hauteur, les tables de nuit ont 0 m ,80 de hauteur sur 0 m ,45 de largeur, elles sont formées de quatre montants en sapin

reliés entre eux par des planches de même bois ; nous n’insisterons pas davantage sur le mobilier; mais nous donnerons, dans notre figure 10, un lit de baraquement prussien dont la forme des plus simples est très-commode ; nous l’avons coté, afin de faciliter sa construction à ceux qui en auraient besoin.

(1) Les quelques idées qui précèdent ont été émises dans notre Traité complet théorique et pratique du chauffage et de la ventilation, auquel nous renverrons ceux de nos lecteurs qui désireraient des renseignements plus mportants sur la ventilation des hôpitaux, p. 219 et suivantes.

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