‹ Etude sur les hymnes de Synésius de CyrèneChapitre 11 sur 13 · U VJ — U U · texte numérisé non relu

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(1) Vers 1, 7, 8, 9 (édit. de Flach 1875).

(2) Dans les hymnes VII, VIII et IX, Synésius a employé un vers anapestique de trois pieds, tantôt catalectique, tantôt acatalectique :

IIpwTo; vdtJLOv £upd[JLav (1)

'Tîto Atopiov àpjjLoyàv (2)

IIoXurjpaTS xu8i[i.e (3) rov£xuoi[jL£ IlapOévou (4)

\j \y — vu — — —

Les hymnes I et II sont écrits en vers iambiques dimètres catalectiques. La forme usitée ici est le vers connu sous le nom à'anacréontiqiie:

Soçîa Se tj.01 TrapeiT) (5) Xopôç à^GiTwv àvàxToov (6) L'hymne V est un vers anapestique dimètre catalectique, qu'on peut consi-

(1) /Ii/mne VU, v. 1.

(2) Ihjmne VIII, v. 1.

(3) Hymne IX, v. 1.

(4) //j/m.nc Vn, V. .'{.

(.i) Hymne I, v. '■V.\.

Beaucoup de ces mètres, employés isolément dans de longues œuvres, jamais variés, jamais rompus, contribuent assurément à l'impression de monotonie qui se dégage parfois des hymnes de Synésius. Le poète a reçu et accepté toutes faites des habitudes poétiques contre lesquelles il eut été méritoire de réagir. En même temps qu'il s'efforçait de suivre les traces des grands poètes de la période classique, il se laissait dominer par toutes les influences de son temps. La langueur mièvre des Alexandrins, l'indécision, l'obscurité des uns, l'outrance des autres, il accepte tout, et ne juge point avec assez de sévérité les œuvres qui l'entourent.

On ne saurait mieux résumer les caractères marquants de ces chants, avec leurs qualités et leurs défauts, que par le rapprochement moderne qu'a esquissé M. Yillemain : <( Cette couleur de métaphysique religieuse, dit-il, qui est la poésie de la pensée, donne à ses accents un charme d'originalité sans lequel il n'y a point de génie. L'évêque grec du IV^ siècle ressemble quelquefois dans ses chants à quelquesuns de ces métaphysiciens rêveurs et poètes que la liberté religieuse a fait naître dans l'Allemagne moderne. Ce rapprochement ne doit pas étonner : le rapport de la situation morale a fait disparaître la distance des siècles. La satiété et le besoin de croyances, l'affaiblissement d'un ancien culte, l'enthousiasme solitaire substitué aux engagements d'une croyance vieillie et bientôt insuffisante comme elle; enfin l'adoption d'une foi nouvelle où l'esprit, ébloui par la fatigue, croit souvent retrouver ses propres idées et se fixe dans une règle qu'il transforme à sa manière, tel est le travail intérieur,

dérer comme formé soit 4e trois spondées et demi, soit de deux anapestes, au dernier desquels il manque un demi-pied :

'TfXVWtJLSV xoupov vÙ[JLÇa$,

NiJ[J.çaç où vu[ji.<psu6£i(jaç (1) c'est-à-dire :

Enfin rtiymne VI est composé en vers phaléciens :

^u/àç xai [xsXéwv à'pyxs vouaouç (2)

nXouTOU /.al Tîsvia; aXaXxs xfjpa; (3)

\y 1^ — yj — v/

(1) Hymne F, v. 1 et 2.

(2) Hymne VI, v. 28.

(3) Hymne VI, v. 30.

G 8 CIlAMThE V

la révolution morale [)ar lafiucllo ont passé plusieurs (Je ces écrivains allemands tour «ù lour à toui' incrédules, déistes vA catholiques (1) ».

M. Druon a rapproché le génie poétique de Synésius de celui d'un poète moderne qui ollre en effet, avec l'éveque de Ptolémaïs, plusieurs points de contact: Lamartine. Chez l'un et chez l'autre, l'imagination a toute i ampleur, toute l'abondance, toute la douceur de la poésie orientale. Ce caractère, qui marque très distinctement la forme lyrique de Synésius, est aussi Fun des plus profonds des Méditations et des IJar- 7nonies. On sait d'ailleurs qu'un critique contemporain (2) s'est plu à mettre en regard quelques poèmes de Lamartine et quelques passages des Védas, entre lesquels l'analogie est curieuse. A quinze siècles d'intervalle, la même source naturelle de la pensée se retrouve dans deux poètes si profondément séparés par leur éducation, par leurs croyances et par les circonstances de leur époque et de leur vie. Le déroulement majestueux des strophes, l'intensité de l'inspiration, l'ivresse d'abstraction, les élans du cœur et de l'esprit, ont, dans les deux génies, la même pureté et la même sincérité. Voici un exemple caractéristique, cité par M. Druon :

Hoov aXjaa j3a)v£V^

'EtcI aroi>ç xoXtuo'j;, OBsv à *hiiy^.ç,

Boopéei Tiavà.

Ai6h,ç oupav'la ' k

Kiyu^aii. xaxà vàç • riaya pis oiSou, OBsv é^£yJJ^r^y

Nsuo-ov Tipoyovcj) ^

<1>(i)tI |jLt,Y'?ivai (3).

(1) Villemain, Tableau de l'éloquence chrétienne au IV^ siècle, p. 219.

(2) M. Jules Lcmaîtrc.

Ci) lll/mnelU v. 706 sq.

Je te cherche partout, j'aspire à toi, Je faime ! Mon àme est un rayon de lumière et d'amour, Qui, du foyer divin détaché pour un jour, De désirs dévorants loin de toi consumée, Brûle de remonter à sa source enflammée (1).

... Que je m'élance enfin Vers cet être inconnu, mon principe et ma fin (2).

... Dans le sein de Dieu, ta source et ta patrie, Affranchi pour jamais de tes liens mortels^ Vas- tu jouir enfin de tes droits éternels? (3)

Il faut d'ailleurs se souvenir que Synésius et Lamartine ont puisé une grande part de leur inspiration à la môme source platonicienne. Nous avons signalé plus haut quelquesunes des traces qu'a laissées dans les Hymnes la pensée de Platon. Ces mêfnes traces ne sont point rares dans les poèmes de Lamartine, et la Mort de Socrate par exemple n'est guère, par endroits, qu'une transposition du Phédon. La similitude des tendances intellectuelles aboutit ainsi, chez les deux poètes, par une voie toute naturelle, à la similitude des expressions et des formes lyriques.

Jusque dans ses imperfections, jusque dans ses faiblesses, la poésie de Synésius a quelque chose de séduisant. Le poète s'y dévoile avec tant de confiance qu'on ne peut lui reprocher les nonchalances de sa pensée. Il se livre tout entier, souriant et bon, tel qu'il fut dans sa vie publique, et ce n'est pas un des charmes les moins frappants de cette œuvre que d'y retrouver, dans les méditations du poète, l'abandon amical, la sollicitude et le vaste amour qui furent l'inspiration et la conduite de sa vie.

(1) Lamartine, Premières Méditations, La Prière.

(2) Lamartine, Premières Méditations^ U Immortalité.

(3) Lamartine, Premières Méditations, L'Immortalité.

Si elle ne possède point les qualités éclatantes et définitives des grands monuments littéraires, l'œuvre poétique de Synésius n'en demeure pas moins, par beaucoup de côtés, un des témoignages les plus curieux de l' ed'ort lyrique d'un siècle obscur et tourmenté. Par une sorte de synthèse instinctive, le poète condense et résume dans ses hymnes toutes les influences flottantes qui font naître, de l'hellénisme mourant, une conception et un labeur nouveaux. Par là surtout, cette œuvre est d'un intérêt presque unique, car aucun des poêles chrétiens de cette époque n'a accusé, avec autant de précision, la grande part qui, dans l'épanouissement de la religion nouvelle, revenait au mysticisme alexandrin. Synésius lui-même y apparaît avec plus de vérité, plus de sincérité, plus d'abandon, que dans la plupart de ses autres œuvres. Son âme se livre tout entière et sans réserve. En toute simplicité, et sans critique, il donne asile à toutes ses pensées, à toutes ses tendances, à toutes les formes diverses de sa foi.

Mais il semble bien qu'en réalité, des influences variées que nous avons eu à noter dans les Hymnes^ la plus réelle et la plus féconde soit celle de la philosophie. Quelles que soient les affirmations ou les intentions du poète, il demeure ici le philosophe néo-platonicien qui se nourrissait des enseignements d'Hypatie. La forme chrétienne des poèmes n'est, au total, qu'une concession faite à son temps, à ses amis, à sa charge épiscopale. P]lle reste une forme conventionnelle, voulue, arbitraire, sous laquelle s'agitent, se mêlent, se combinent, toutes les traditions spirituelles des anciens âges. Elle est en somme si peu réelle que, pour vouloir en envelopper sa philosophie, Synésius la déchire à chaque

pas : les erreurs de termes, les incertitudes du dogme étalé^ les défaillances de l'orthodoxie, dévoilent, à chaque strophe, l'indécision du poète et Tindiscipline de son inspiration. Tout cela montre à quel point, et malgré la prédominance des idées nouvelles, la vieille philosophie païenne restait vivante encore, à quel point elle séduisait encore les esprits les plus cultivés, que les dogmes populaires du christianisme rehutaient, et qui ne trouvaient qu'en elle un aliment digne de leur pensée. Synésius n'a point échappé à cette domination spirituelle. Grec et païen, il ne s'est point délivré des traditions qui survivent encore dans ces derniers âges de rhellénisme. Sa poésie s'est elle-même abandonnée à tous les courants de la décadence et a donné le spectacle étrange d'une forme empruntée et timide, où le génie antique n'est pas parvenu à disparaître tout entier, mais oii la pensée païenne crève, à tout instant, l'enveloppe artificielle et fragile dont on a voulu la recouvrir.

Il y a donc, en somme, deux hommes bien distincts, dans ce poète, celui qui est et celui qui veut être, celui qui pense et celui qui cherche, le philosophe et l'évêque. On peut suivre, au cours de ces poèmes ardents, le déroulement du combat moral que se livrent perpétuellement la pensée platonicienne et la forme chrétienne. Tout l'effort de Synésius, qui sent confusément l'opposition des deux tendances, a été de voiler cet antagonisme, et d'apporter ici, dans cette lutte constante, ce profond souci d'éclectisme, de sagesse et de tolérance, qui le poussait à unir et à confondre dans le même amour et la même estime les conceptions les plus contraires et les métaphysiques les plus ennemies.

Cela suffirait déjà à donner aux hymnes de Synésius un irilérêt spécial et profond. Mais leur valeur poétique ellemême leur assure d'autres mérites encore. En réalité, dans la littérature expirante d'un siècle confus, Synésius a jeté une vigueur et un éclat qu'elle n'avait plus connus depuis longtemps. Avec lui, le vieux génie grec reparaissait et revivait; exilé de la terre hellène, il redescendait en quelque sorte dans l'imagination enthousiaste d'un évêque chrétien, et il n'est point de spectacle plus touchant que celui de ce vieillard du v' siècle, qui, laborieusement, infatigablement, s'étudiait à ressusciter, au milieu d'une époque nouvelle

el d'une socicUé transi'oi'moo, l;i philosopfiio cl la poésio anli(|iics. Au-delà des noml)r(;ux leproclKîs que Ton peut adresser à ce lyrisme souvent enllé, exagéré, aiiiliciel, audelà des im[)erfeclions de la conception et de; l'expression poétique, il faut reconnaîti'e à Synésius d'admirables dons qui lui assurent une haute place dans la hiérarchie des poètes. A côté des hymnes de Grégoire de Nazianze, les hymnes de Synésius constituent la première réalisation lyrique de la théologie chrétienne. IlpwTo; v6jj.ov s'jpoijav sTzl cro'', dit le poète avec fierté. Kt c'est avec raison qu'il se fait gloire de cette innovation; car elle apportait, au milieu des querelles dogmatiques, l'écho éloquent d'un mysticisme qui brisait le cadre étroit des formules ecclésiastiques.

Dans toute l'œuvre de Synésius, ces quelques hymnes forment, en ce sens, une part précieuse. On a pu apporter plus d'intérêt, plus de recherche, plus d'attention, à ses lettres ou à ses traités. Nous, estimons au contraire que les Hijmues constituent la partie fondamentale de l'œuvre entière, et celle dont Tétude peut être à la fois la plus féconde et la plus aisée. Le génie multiple, complexe et fuyant de Synésius s'y révèle avec plus de simplicité et plus de clarté. On saisit ici, en toute intelligence, la genèse des influences qui ont marqué le développement de la pensée du grand philosophe, et les inspirations qui l'ont nourrie. Voir Synésius à travers les Hymnes^ c'est le voir sous son véritable aspect, avec sa métaphysique confuse et sa théologie vacillante; c'est le retrouver, avec plus d'abandon que partout ailleurs, dans le secret et l'évolution de son labeur. Et cela suffit sans doute pour donner aux Hymnes une place importante, non seulement dans l'œuvre de Synésius, mais aussi dans l'histoire littéraire et philosophique du v'' siècle.

Les éditions et les traductions

Comme toutes les œuvres antiques, Tœuvre poétique de Synésius a son histoire ; mais celle-là est particulièrement tourmentée et complexe. Il ne peut venir à l'esprit de retracer, jusque dans ses détails les plus infimes, cette destinée qui, en définitive, ressemble à celle de beaucoup d'autres œuvres de la même époque ; mais il est nécessaire cependant d'en marquer les étapes essentielles et les points de repère les plus saillants.

En 1553, Turnèbe donna une édition des Opuscula Synesii (i). Pour la première fois, les œuvres principales de Synésius étaient livrées au public. Ce fut le point de départ des éditions, qui, à partir de ce moment, se succèdent à intervalles rapprochés.

En 1567, Guil. Canterus publia la première édition des Hymnes, en grec et en latin. Quatre traités de Synésius se trouvaient joints à cette édition.

L'année suivante, en 1568, Henri Estienne donnait, sous un format très réduit, une nouvelle édition des Hymnes de Synésius, auxquels se trouvaient joints quelques odes de Grégoire de Nazianze. Une traduction latine de François Portus accompagnait le texte grec. Voici d'ailleurs le titre complet de l'ouvrage :

Synesii Cyrenxi, eplscopi Ptolemaïdis, Hymni, vario lyricorum versuum génère. Gregorii Nazianzeni Odce aliquot : grœce. Utrmsque in lucem nunc primum prodeuntihus latinam interpretationem adjunxit Fi\ Portus Creiensis, et Epistolam ad Philologos Grœcamprœmisit.

A cette édition in-32 succéda, deux ans après, en 1570, chez le même imprimeur, une édition in-8°, sans modification sensible. Elle se trouvait seulement augmentée d'un hymne de Jean Damascène.

En 1581, paraissait, à Paris, chez Gilles Beys, en un petit volume in-12, les Euvres poétiques de Courtin de Cissé. A la suite

(1) Paris, in-folio,

de ses propres œuvres, le poète avait placé une traduction, on vers françciis, dos hymnes de révoque de Ptolémaïs. Cotte seconde partie du volume portait le titre suivant : Las Hymnes d(t Synèsn, cyrcnean evesque de Ptolémœlde, traduits de yrec en Français, par laques de Couriln de Cissé, genlilhomme percheron.

La traduction du « gentilhomme percheron » n'est remarquable ni par sa fidélité ni par son élégance. Elle marquait du moins une tentative originale, et elle mérite, pour cela même, une pl;ice spéciale dans Thistoire des Hymnes. Voici, par exemple, comment Gourtin de Cissé a transposé en français Thymne V de Synésius :

Mon âme ores il te faut

Chanter d'un désir plus chaut

Le Fils de l'Epouse sainte

De l'Epouse non conjointe

D'un mariage mortel

Conseil du Père éternel,

Divinité, notre garde

Naissance de Christ trop tarde.

L'admirable enfantement

De la Vierge a saintement

Produit la forme de l'homme,

Qui entre ceux que consomme

La mort de son hras vaincueur

Est descendu épancheur

De la clarté fontaineuse.

Cete race bien-heureuse

Sçait ineffable comment

Le siècle racine prent.

Tu es diuine lumière

Rayluisant avec le Père

Qui perçant le cours ombreux

De ce fardeau ténébreux,

Fais luire tes saintes fiâmes

Dedans les célestes âmes.

Tu es du monde l'auteur,

Tu donne aux astres splendeur,

Sacré support tu embrasse

Les centres de cette masse

Tu es des hommes guidon

Le flambeau du iour, surgeon

De la clarté pérennelle,

Par toi fait sa course inelle.

La Lune à l'œil de toreau

Chasse le nuiteux manteau.

Par toi les fruits nouveaux croissent

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